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Deux factions arabes sur trois devraient entrer à la Knesset

Selon les sondages de sortie des urnes, Raam et Hadash-Taal devraient intégrer le parlement ; les partis ont indiqué être déterminés à s'opposer au "fascisme" d'extrême-droite

Les membres de "la liste arabe unie" à leur siège, dans la ville de Shefaram, lors de l'annonce des élections générales israéliennes, le 1er novembre 2022. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)
Les membres de "la liste arabe unie" à leur siège, dans la ville de Shefaram, lors de l'annonce des élections générales israéliennes, le 1er novembre 2022. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Les sondages de sortie des urnes diffusés mardi soir ont indiqué que deux partis arabes sur trois devraient obtenir suffisamment de suffrages pour entrer à la Knesset, le troisième se trouvant juste en-dessous du seuil électoral, alors même que certains députés et électeurs se sont engagés à s’opposer à l’extrême-droite à l’issue du scrutin et que d’autres ont indiqué être troublés par la démonstration de force de cette dernière.

Les sondages de sortie des urnes – qui ont pu s’avérer être inexacts dans le passé – ont révélé que l’alliance Hadash-Taal et le parti Raam pourraient remporter quatre à cinq sièges, et qu’il pourrait manquer quelques milliers de votes à la faction Balad pour atteindre le seuil de représentation électorale au parlement, un seuil fixé à 3,25%.

Les enquêtes d’opinion prédisent également une légère majorité pour le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu, ce qui lui permettrait de former un gouvernement avec le soutien de la formation d’extrême-droite HaTzionout HaDatit, qui gagnerait 14 à 15 sièges. Ce parti – et notamment son numéro deux, Itamar Ben Gvir – a un programme violemment anti-arabe.

Si les formations arabes semblent échapper au scénario cauchemardesque d’une absence totale de représentation à la Knesset, la perspective d’un Netanyahu qui s’appuiera sur l’extrême-droite pour reprendre le pouvoir inquiète les citoyens arabes, qui se disent préoccupés pour leur avenir.

Ben Gvir, qui dirige la faction Otzma Yehudit, a appelé à « l’expulsion » des citoyens « déloyaux » et il a annoncé qu’il réclamerait le portefeuille de la Sécurité intérieure, qui supervise la police, lors des négociations de coalition.

Dans la ville de Shefa Amr, au siège de Balad, l’humeur est sombre – même après que le chef du parti, Sami Abou Shahadeh, a prédit que ce dernier remporterait finalement suffisamment de suffrages pour entrer à la Knesset, malgré les mauvais présages des sondages de sortie des urnes.

Le chef du parti Balad, le député Sami Abu Shehadeh, arrive à un bureau de vote à Jaffa, le 1er novembre 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Prenant la parole après la diffusion des sondages de sortie des urnes, Abou Shahadeh dit penser que les enquêtes d’opinion ont sous-estimé Balad dans le passé.

S’il devait entrer à la Knesset, Balad prendrait quatre sièges aux autres partis. Le bloc de Netanyahu et le bloc formé par la coalition sortante pourraient alors se trouver sans majorité.

Deux partisans de Balad, présents au siège et qui refusent de donner leur identité, affirment ne pas être « surpris » par la démonstration de force d’Otzma Yehudit, indiquant que la faction d’extrême-droite reflète « le mode de pensée de la majorité juive ».

Bouran, âgée de 38 ans, qui vit jute à côté de Shefa Amr et qui soutient Balad, note que « chaque année, on voit le gouvernement glisser un peu plus à droite ».

« Il n’y a plus de ‘gauche sioniste », il n’y a que la droite et l’extrême-droite. Nous n’avons donc pas peur de Ben Gvir », dit-elle.

Elle ajoute que le principal objectif poursuivi par Balad est « de faire entrer un discours au nom des nouvelles générations, un discours qui puisse leur montrer qu’il y a un mouvement national palestinien en Israël ».

Le chef de Hadash-Taal, Ayman Odeh, met son bulletin dans l’urne dans un bureau de vote de Hafia, le 1er novembre 2022. (Crédit : Roni Ofer/Flash90)

Au quartier-général de l’alliance Hadash-Taal, l’état d’esprit qui domine semble être qu’un gouvernement Netanyahu qui comprendrait en son sein des extrémistes de droite représenterait une rupture terrible avec le statu-quo.

Selon un membre du parti, les soutiens de Hadash-Taal ont le sentiment que les sondages de sortie des urnes sont un avant-goût des choses effrayantes qui pourraient survenir sous l’autorité d’un Netanyahu renforcé par les extrémistes.

Le chef du parti Ayman Odeh déclare, lors d’un entretien accordé à la Douzième chaîne après la diffusion des sondages de sortie des urnes, avoir la conviction que son parti gagnera un siège de plus que les quatre ou cinq prédits dans les enquêtes d’opinion.

Il promet aussi de s’opposer à l’extrême-droite.

« Le kahanisme s’incarne dorénavant dans 15% du public israélien », explique-t-il, se référant à l’idéologie de feu le rabbin extrémiste Meir Kahane, le chef spirituel de Ben Gvir.

« Nous nous opposerons au fascisme et au racisme », ajoute Odeh.

Dans la soirée, Odeh avait déjà encouragé ses partisans à se rendre dans les bureaux, disant que « soit ces ordures [l’extrême-droite] célèbreront la défaite de notre peuple, soit notre peuple retournera la situation ».

Malgré son animosité à l’égard de Netanyahu et de ses alliés, Odeh estime, lundi, que le Premier ministre Yair Lapid, qui est à la tête du bloc anti-Netanyahu, « ne mérite pas notre recommandation ». Une coalition dirigée par Lapid aurait très certainement besoin du soutien de Hadash-Taal pour rallier une majorité.

Le leader du parti Raam, Mansour Abbas, dans son siège de campagne dans la ville arabe israélienne de Tamra, lors de l’annonce des résultats des élections, le 1er novembre 2022. (Crédit : Flash90)

Le député Mansour Abbas, le chef de Raam, semble de son côté nerveux, mardi soir, malgré sa performance relativement forte dans les sondages de sortie des urnes. Il met en garde : Les résultats « ne sont pas définitifs » et le nombre de sièges attribués « peut encore monter ou baisser ».

La faction d’Abbas fait partie du gouvernement actuel et elle a rejeté l’hypothèse de rejoindre une coalition placée sous la houlette de Netanyahu après avoir, dans le passé, envisagé cette possibilité.

Si les sondages s’avèrent être dans le juste, Netanyahu n’aura pas besoin du soutien de la faction Raam pour former un gouvernement et il n’aura que peu d’intérêt à rechercher un partenariat avec le parti islamiste. Raam a été pris régulièrement pour cible par Netanyahu et par ses alliés, même si l’ex-Premier ministre avait courtisé la formation avant le dernier scrutin.

La participation électorale dans la communauté arabe a été d’environ 58% – plus élevée que prévu et plus élevée, également, que lors des dernières élections, tout en restant en-deçà de la moyenne nationale de 71,3 %. La participation électorale dans son ensemble a été la plus forte depuis 2015, avec 4 843 023 bulletins jetés dans les urnes de tout le pays.

Alors que Balad flirte actuellement avec le seuil électoral, Netanyahu, pour sa part, répète des accusations infondées portant sur des irrégularités électorales dans certains bureaux de vote des communautés arabes, affirmant qu’il attend « le décompte réel, pas ce décompte falsifié que quelqu’un tente actuellement de subvertir en utilisant des violences ou des intimidations ».

La commission électorale indique en réponse n’avoir aucun élément laissant penser à des irrégularités dans les communautés arabes. La police, elle aussi, rejette ces accusations.

« Dans la mesure où le décompte des votes n’a fait que commencer, il n’y a aucune justification à ces rumeurs infondées de ‘falsifications’ présumées dans une communauté ou dans une autre », souligne la commission.

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