Devant le Bataclan, tristesse, désolation et messages d’espoir
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Devant le Bataclan, tristesse, désolation et messages d’espoir

"La manifestation a servi à quoi ? A presque rien. Ça va toujours recommencer", pense un Français devant la salle de concert

Bougies allumées en mémoire des victimes des attentats de Paris du 13 novembre 2015 (Crédit : AFP)
Bougies allumées en mémoire des victimes des attentats de Paris du 13 novembre 2015 (Crédit : AFP)

Une rose à la main, les Parisiens continuaient dimanche d’affluer vers le Bataclan pour rendre hommage aux victimes des attentats de vendredi à Paris. En famille, à vélo, en prenant des selfies ou en allumant une bougie, ils ressentaient le besoin de « toucher du doigt » ce qui s’est passé.

« Je vais rester un moment. Il fallait être sur les lieux », confie Hervé, 38 ans, à l’AFP, aux côtés de son fils de six ans.

« Il faut sortir, il ne faut pas rester chez soi. Il faut aller regarder, toucher du doigt ce qui s’est passé », ajoute-t-il, animé par « un mélange de tristesse et de désolation ».

Derrière des barrières, il est venu se recueillir, comme de nombreux Parisiens et quelques touristes en ce dimanche ensoleillé, près de la salle de concerts où au moins 89 personnes ont perdu la vie vendredi soir. A quelques mètres, des militaires patrouillent.

« C’est affreux. Comment la nature peut engendrer des êtres comme ça ? », se demande-t-il, lui qui vit dans le quartier et passe tous les jours en voiture devant l’établissement. « Ça aurait pu être moi », dit-il, le regard dans le vide.

Lucas, chauffeur de taxi de 28 ans, partage le même sentiment. « Je sors assez souvent, alors je me dis que j’aurais pu y être aussi malheureusement ».

Après avoir déposé un bouquet de roses, il explique ressentir beaucoup de « tristesse » et aussi « un sentiment d’insécurité ». « On a un peu peur, on se demande ce que va être l’avenir ».

« Vous ne tuerez pas notre liberté »

Deux jours après le drame, la devanture du Bataclan affichait toujours le nom du groupe qui se produisait sur scène lors de l’attaque – « Eagles of death metal » – et l’entrée était toujours cachée par une grande bâche blanche aux caméras des camions-régie des télévisions venues du monde entier.

Par terre, des bouquets de fleurs et des messages de solidarité dans toutes les langues : « Vous ne tuerez pas notre liberté », « la vie est précieuse, la mort précoce douloureuse », « Force à la France, nous n’avons pas peur ».

Michel Atangana-Sola, 69 ans, a interrompu sa balade dominicale à vélo pour venir se recueillir quelques instants.

« Le 11 janvier (après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, ndlr), j’étais allé manifester. C’était très émouvant. Je me suis dit ‘Plus jamais ça !’ Je ne croyais pas revivre un tel événement à Paris », déclare-t-il. « Mais là, ce qui s’est passé, c’est au-dessus de ma pensée. Je suis très touché ».

« La manifestation a servi à quoi ? A presque rien. Ça va toujours recommencer », pense-t-il. « Pour l’instant, j’ai l’impression qu’il n’y a pas de solution ».

Mais s’il avoue ses craintes, il lance aussi un message d’espoir. « Il ne faut pas se laisser abattre. Le plus important, c’est l’esprit d’amour, aimer son prochain », conclut-il.

Le quartier des attentats : un Paris populaire et branché

Le quartier de l’est de Paris touché vendredi par les attentats, près des places de la Bastille et de la République, est un quartier à la riche histoire ouvrière, aujourd’hui encore populaire mais aussi branché.

« C’est à la fois un quartier jeune, branché bobo (bourgeois-bohème) mais aussi rempli de souvenirs historiques et aux populations très diversifiées », indique à l’AFP Alain Rustenholz, auteur de « Paris Ouvrier » (Editions Parigramme).

La maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, en évoquant samedi les quartiers frappés par les attentats meurtriers la veille, avait parlé de « ce Paris qu’on aime, ce Paris populaire, ce Paris très ouvert, ce Paris heureux de partager les cultures du monde ».

Capture d’écran de la maire de Paris Anne Hidalgo (Crédit : https://twitter.com/Anne_Hidalgo)
Capture d’écran de la maire de Paris Anne Hidalgo (Crédit : https://twitter.com/Anne_Hidalgo)

La rue de la Fontaine-au-Roi, où a eu lieu l’une des fusillades contre les clients d’un café, a abrité « l’une des dernières barricades de la Commune de Paris », indique l’historien. C’est là que le chansonnier Jean-Baptiste Clément rencontre une infirmière et composera pour elle la chanson symbole de cette révolte ouvrière de 1871, « Le Temps des Cerises ».

C’est de la place de la Bastille, où s’érigeait la prison symbole du pouvoir absolu prise d’assaut le 14 juillet 1789, que débutent toujours les grandes manifestations syndicales.

Boulevard Voltaire, c’est au gymnase Japy, en 1899, que l’Internationale est adoptée comme l’hymne ouvrier. Non loin de là, la Maison des Métallos accueillait les brigades internationales partant défendre la République espagnole en 1936.

« Cela a amené beaucoup de gens. C’est là qu’on s’amuse, c’est là qu’on boit »

Les violences policières au métro Charonne en 1962, lors d’une manifestation contre la guerre en Algérie (9 morts) donneront lieu à une immense manifestation. En 1988, Dulcie September est assassinée dans l’arrondissement voisin où cette militante anti-apartheid avait installé le bureau de l’ANC de Nelson Mandela.

Depuis une dizaine d’années, le quartier s’est gentrifié, ajoute Alain Faure, professeur d’histoire à l’université de Nanterre. Une population +branchée+ s’y est installée et « a transformé le quartier par petits bouts et petites touches ».

« Cela a amené beaucoup de gens. C’est là qu’on s’amuse, c’est là qu’on boit », dit-il.

Cette gentrification « donne le ton, donne une image », ajoute M. Faure, mais malgré tout « ce n’est pas la grande bourgeoisie qui habite là. Dans les immeubles anciens en tout cas, il peut rester beaucoup d’une population ancienne de descendance ouvrière, voire immigrée, qu’on ne voit pas. Paris, c’est souvent très mélangé ».

Le Bataclan, la salle de spectacle où 89 personnes ont été tuées lors d’un concert rock, était à l’origine un café-concert ouvert en 1864. Dans son communiqué de revendication, le groupe Etat islamique affirme que les kamikazes ont pris pour cible cette salle « où étaient réunis des centaines d’idolâtres dans une fête de perversité ».

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