Devant Netanyahu, May dénonce les implantations, « obstacles » à la paix
Rechercher

Devant Netanyahu, May dénonce les implantations, « obstacles » à la paix

A Naplouse, environ 4 000 manifestants ont brûlé des mannequins à l'effigie de Balfour et de la Première ministre britannique

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pose avec la Première ministre britannique Theresa May à l'extérieur du 10 Downing street à Londres le 2 novembre 2017. (Crédit : AFP / Daniel Leal-Olivas)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pose avec la Première ministre britannique Theresa May à l'extérieur du 10 Downing street à Londres le 2 novembre 2017. (Crédit : AFP / Daniel Leal-Olivas)

La Première ministre britannique Theresa May a dénoncé jeudi l’établissement d’implantations dans les Territoires palestiniens, « obstacles » selon elle à la paix au Proche-Orient, en recevant son homologue israélien Benjamin Netanyahu à l’occasion du centenaire de la déclaration Balfour.

Lors d’un dîner donné en hommage au document, par lequel Londres apportait son soutien à « l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif », Mme May a dit être attachée à une solution à deux Etats.

« Il faudra que chaque partie fasse des compromis pour qu’existe une chance réaliste d’atteindre ce but, et cela comprend la fin de la construction de nouvelles colonies et la fin des bravades palestiniennes », a-t-elle déclaré.

Plus tôt dans la journée, Mme May a reçu Benjamin Netanyahu au 10, Downing Street, pour des entretiens, avant lesquels elle a dit vouloir parler « de ce que nous considérons comme des obstacles et des difficultés dans ce processus, notamment les colonies illégales ».

Son homologue israélien a, lui aussi, souligné son attachement au processus de paix. « Israël est engagé pour la paix, je suis engagé pour la paix », a-t-il déclaré. Mais il a appelé les Palestiniens à « accepter, cent ans après la déclaration Balfour, l’État juif ».

« Quand ils le feront, la route vers la paix sera infiniment plus courte », a-t-il estimé. « La paix deviendra alors possible ».

Publiée le 2 novembre 1917, la déclaration Balfour est un texte de 67 mots signé par le ministre britannique des Affaires étrangères de l’époque, Arthur Balfour, dans lequel il affirme que « le gouvernement britannique considère favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif ».

Lord Arthur James Balfour, secrétaire aux Affaires étrangères du Royaume-Uni en 1917, et le texte de la déclaration qui porte son nom et soutient l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. (Crédit : Domaine public/Wikipédia)
Lord Arthur James Balfour, secrétaire aux Affaires étrangères du Royaume-Uni en 1917, et le texte de la déclaration qui porte son nom et soutient l’établissement d’un foyer national juif en Palestine. (Crédit : Domaine public/Wikipédia)

En Israël, ce texte est considéré comme la préfiguration de la création de l’État hébreu en 1948. Pour les Palestiniens, en revanche, il marque le début d’une « catastrophe ».

Des Palestiniens dans la rue pour fustiger la déclaration Balfour

A l’occasion de son centenaire, des milliers de Palestiniens ont manifesté jeudi en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est.

Des Palestiniens marquent les 100 ans de la Déclaration Balfour à Ramallah, le 2 novembre 2017 (Crédit : Flash 90)
Des Palestiniens marquent les 100 ans de la Déclaration Balfour à Ramallah, le 2 novembre 2017 (Crédit : Flash 90)

Ces manifestants ont marché jusqu’à une représentation britannique en brandissant drapeaux et banderoles hostiles à la « promesse de Balfour ». « L’héritage de Balfour, c’est l’apartheid », pouvait-on lire sur l’une d’elles.

A Naplouse, environ 4 000 manifestants se sont ainsi rassemblés et certains ont scandé « Colonisateurs britanniques, nous voulons que vous vous excusiez » et des mannequins à l’effigie de Balfour et de la Première ministre britannique Theresa May ont été brûlés.

Outre Ramallah, un autre rassemblement palestinien de protestation a eu lieu jeudi dans la bande de Gaza, où des femmes voilées ont tenu des pancartes dénonçant la déclaration Balfour comme « une confiscation des droits de (leur) peuple ». Une grande banderole demandait aussi à Londres de « corriger (cette) erreur historique ».

Les Palestiniens participent à une marche le 2 novembre 2017 dans le centre de la ville de Ramallah en Cisjordanie pour protester contre le 100ème anniversaire de la déclaration britannique Balfour, qui a contribué à la création d'Israël et au conflit israélo-palestinien. (Crédit : AFP/ABBAS MOMANI)
Les Palestiniens participent à une marche le 2 novembre 2017 dans le centre de la ville de Ramallah en Cisjordanie pour protester contre le 100ème anniversaire de la déclaration britannique Balfour, qui a contribué à la création d’Israël et au conflit israélo-palestinien. (Crédit : AFP/ABBAS MOMANI)

Une troisième manifestation s’est tenue devant le consulat britannique à Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville sainte occupée et annexée par Israël.

Dans une tribune publiée par le quotidien The Guardian, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a pour sa part estimé que « la création d’une patrie pour un peuple » avait « résulté dans la spoliation et la persécution continuelle d’un autre ».

« Tant que l’Etat d’Israël continue d’être célébré et récompensé, plutôt que d’être tenu responsable (…) de ses violations répétées du droit international, cela ne l’incitera pas à mettre fin à l’occupation », a-t-il ajouté.

Le grand mufti de Jérusalem Muhammad Ahmad Hussein (premier à droite) assiste à une manifestation devant le consulat britannique à Jérusalem-Est, marquant le centenaire de la décélération Balfour. (Crédit : AFP)
Le grand mufti de Jérusalem Muhammad Ahmad Hussein (premier à droite) assiste à une manifestation devant le consulat britannique à Jérusalem-Est, marquant le centenaire de la décélération Balfour. (Crédit : AFP)

Lors du dîner avec M. Netanyahu, Theresa May a affirmé qu’elle ne s’excuserait « certainement pas ». « Nous sommes fiers d’avoir joué un rôle pionnier dans la création de l’Etat d’Israël », a-t-elle ajouté.

Mais elle a également jugé que l’une des mises en garde contenues dans le texte, à savoir que les droits des communautés non juives devraient être protégées, n’avait pas été prise compte.

« Malheureusement, Balfour reste une entreprise inachevée, car sa vision fondamentale d’une coexistence pacifique est toujours inaccomplie », a déclaré Mme May.

La dirigeante a également mis en garde contre « une forme pernicieuse d’antisémitisme qui utilise la critique des actions du gouvernement israélien comme une justification méprisable pour remettre en question le droit même d’Israël à exister ».

Le dîner a eu lieu sans le chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn, qui a décliné l’invitation pour cause « d’autres engagements », a indiqué son parti.

Cette absence risque de ne pas passer inaperçue alors que le parti d’opposition a dû gérer ces dernières années des accusations d’antisémitisme et que M. Corbyn lui-même a été critiqué pour avoir rencontré des membres du Hezbollah et du Hamas, qu’il a qualifiés d’amis.

Le parlementaire Jeremy Corbyn parlant lors de l'événement «No More War» à Parliament Square en 2014 (Photo: Hej JMaill, CC-BY, via wikipedia)
Le parlementaire Jeremy Corbyn parlant lors de l’événement «No More War» à Parliament Square en 2014 (Photo: Hej JMaill, CC-BY, via wikipedia)

Iran : ‘Corriger l’accord’

Lors de sa visite à Downing Street, Benjamin Netanyahu a par ailleurs adressé une mise en garde contre la « menace » que pose selon lui l’Iran, « déterminée à dominer la région et à développer des armes nucléaires ».

Il a appelé à « corriger l’accord » sur le nucléaire iranien, qui présente selon lui plusieurs « défauts ». Il a néanmoins indiqué qu’il ne souhaitait pas « éliminer l’accord », une position en retrait de celle qu’il avait défendue en septembre, quand il avait demandé aux grandes puissances de « réviser ou annuler » celui-ci.

« Nous restons attachés à cet accord », a répondu Theresa May.

Le président américain Donald Trump, lui, avait refusé le 13 octobre de « certifier » l’accord sur le nucléaire iranien, plaidé pour son durcissement par le Congrès et menacé d’en retirer les Etats-Unis si ses demandes n’étaient pas satisfaites.

Conclu en juillet 2015 entre Téhéran et les cinq membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne, cet accord prévoit une levée progressive et conditionnelle des sanctions internationales contre l’Iran qui s’engage en échange à limiter son programme nucléaire à des usages civils et à ne pas se doter de l’arme atomique pendant un certain laps de temps.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...