D’Irak vers la Syrie, des Kurdes partent défendre leur « patrie »
« Il est de notre devoir, en tant que Kurdes, de ne compter que sur nous-mêmes et sur notre force, pas sur l'Amérique ou quiconque d'autre », déclare un Kurde irakien
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Comme des dizaines d’autres Kurdes irakiens, Rounak Majid monte à bord d’un bus qui s’apprête à parcourir plusieurs centaines de kilomètres. Sa destination : la Syrie, où elle entend soutenir sa communauté face à l’offensive du gouvernement d’Ahmad al-Sharaa.
« Nous partons pour le Rojava [territoire semi-autonome kurde dans le nord-est de la Syrie, NDLR] afin de défendre chaque centimètre de la terre du Kurdistan », lance l’enseignante de 58 ans.
« Chacun de nous peut défendre sa patrie à sa façon, même si cela signifie prendre les armes », estime Majid, rencontrée par l’AFP à Souleimaniyeh.
Mardi, une vingtaine de bus ont pris la route dans cette ville de l’est de l’Irak, malgré le froid et la neige, après l’appel lancé par les forces kurdes à leurs « frères » de Syrie et des autres pays, « à s’unifier et rejoindre les rangs de la résistance ».
Déterminé à étendre son autorité sur l’ensemble de la Syrie depuis la chute du dictateur Bachar al-Assad en décembre 2024, le président syrien a annoncé dimanche un accord obtenu avec les Kurdes sous la pression militaire.
Il vise à intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l’État, ce qui porte un coup aux espoirs d’autonomie de cette minorité, qui avait instauré une zone autonome dans le nord et le nord-est du pays au cours de la guerre civile (2011-2024).
L’armée syrienne a pris le contrôle des provinces de Raqqa et de Deir ez-Zor (nord et nord-est) et a massé des troupes aux abords des localités kurdes de la province d’Hassaké, où se sont désormais repliés les combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS).
« Injustice »
Abu Bakr Haldani, un ancien membre du Parlement régional du Kurdistan, se rend lui aussi en Syrie pour apporter un « soutien moral » et appelle à ce que « tous les efforts politiques, moraux, matériels et diplomatiques soient menés pour que l’injustice subie par notre peuple cesse ».
Non loin, alors qu’une femme enlace son mari pour lui dire au revoir, de jeunes hommes font le V de la victoire et scandent des slogans pro-kurdes.
« Il est de notre devoir, en tant que Kurdes, de ne compter que sur nous-mêmes et sur notre force, pas sur l’Amérique ou quiconque d’autre », déclare quant à lui Adel Ahmad, qui n’a pour tout bagage qu’un sac à dos.
De nombreux Kurdes se sentent en effet abandonnés par les États-Unis, qui les soutenaient dans leur combat contre le groupe terroriste sunnite État islamique (EI), avant de soutenir les efforts de centralisation du président syrien – également connu sous le nom ‘Abu Mohammed al-Jolani, chef du groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS), l’ex branche d’Al-Qaïda en Syrie.
« Nous n’aimons ni les guerres, ni les problèmes, mais ils nous ont toujours été imposés », regrette Ahmad, 68 ans, combattant kurde à la retraite.
Répartis entre la Syrie, l’Irak, l’Iran et la Turquie, les Kurdes affirment que leurs tentatives d’établir un État indépendant ont systématiquement été réprimées par les puissances régionales et internationales tout au long de leur histoire.
À Souleimaniyeh, on trouve également des Kurdes irakiens et iraniens qui montent dans les bus, comme Sayed Bagheri, 27 ans, originaire de Kermanshah, en Iran.
« Les Kurdes ne forment qu’un seul peuple », dit-il, « et sont réunis autour d’une seule cause » qu’il faut à tout prix « soutenir ».
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