Djibouti rompt à son tour ses relations diplomatiques avec l’Iran
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Djibouti rompt à son tour ses relations diplomatiques avec l’Iran

Les diplomates iraniens en poste en Arabie sont retournés à Téhéran ; Manifestations de milices chiites contre l'Arabie saoudite

Mahamoud Ali Youssouf (Crédit : Capture d’écran YouTube)
Mahamoud Ali Youssouf (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Djibouti a annoncé à son tour mercredi la rupture de ses relations diplomatiques avec l’Iran, confronté à une grave crise diplomatique avec l’Arabie saoudite après l’exécution d’un dignitaire chiite saoudien.

Le ministre djiboutien des Affaires étrangères, Mahamoud Ali Youssouf, « a rompu les liens diplomatiques avec l’Iran », a annoncé le gouvernement djiboutien dans un communiqué.

Petit pays de la Corne de l’Afrique, à l’entrée de la mer Rouge et du Golfe d’Aden, Djibouti dispose d’une position stratégique dans la région entre le continent africain et la péninsule arabique.

Il est situé juste en face du Yémen, où une coalition arabe menée par l’Arabie saoudite intervient depuis mars 2015 pour repousser des rebelles chiites Houthis, soutenus par l’Iran.

L’annonce de Djibouti fait suite à la décision dimanche par l’Arabie saoudite de rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran. Ryad a été imité par Bahreïn et le Soudan. Les Émirats arabes unis ont eux décidé de réduire leurs relations diplomatiques avec Téhéran, et le Koweït a rappelé son ambassadeur en Iran.

Les diplomates iraniens en poste en Arabie sont retournés à Téhéran

Les diplomates iraniens en poste en Arabie saoudite ont quitté mercredi ce pays qui a rompu ses relations avec Téhéran après des attaques contre des représentations diplomatiques saoudiennes en Iran, a annoncé l’agence officielle SPA.

Les personnels de l’ambassade d’Iran à Ryad et du consulat de Jeddah (ouest) sont repartis vers leur pays « à bord d’un avion privé iranien », a précisé l’agence saoudienne SPA.

En Iran, la chaîne de télévision d’Etat IRIB a ensuite montré des images d’un avion sur le tarmac de l’aéroport Mehrabad à Téhéran.

Elle a précisé que 54 diplomates iraniens et leurs familles étaient à bord, et qu’ils ont été accueillis par un vice-ministre iranien des Affaires étrangères.

Les diplomates saoudiens et leurs familles, postés en Iran, étaient retournés mardi en Arabie saoudite.

La crise entre les deux pays a éclaté après l’exécution samedi dernier en Arabie d’un dignitaire chiite, Nimr al-Nimr, condamné pour « terrorisme ». Sa mise à mort a entraîné des manifestations et des attaques contre l’ambassade et un consulat saoudiens en Iran.

Nimr al-Nimr (Crédit : capture d’écran MEMRI/YouTube)
Nimr al-Nimr (Crédit : capture d’écran MEMRI/YouTube)

Commentant ces attaques, l’ambassadeur iranien en Arabie saoudite Hossein Sadeghi les a qualifiées « d’inacceptables ». « Nous devons en tirer une leçon: certes, il faut préserver le droit de protester, mais un tel acte ne devrait pas se produire », a-t-il dit.

Irak : la crise Iran/Arabie réveille les craintes d’une nouvelle guerre civile

Des attaques contre des lieux de culte au sud de Bagdad réveillent les craintes d’une escalade des tensions entre sunnites et chiites et d’un retour de la guerre civile qui avait ensanglanté l’Irak il y a une décennie.

Frontalier à la fois de l’Iran et de l’Arabie saoudite, l’Irak est majoritairement chiite mais compte une importante minorité sunnite. Ces deux communautés s’étaient violemment affrontées en 2006 et 2007, mais les experts estiment improbable le retour de telles violences à grande échelle.

L’inquiétude a cependant grandi après l’exécution samedi par les autorités saoudiennes du chef religieux chiite saoudien Nimr Baqer al-Nimr qui a provoqué la colère dans le monde chiite. Deux mosquées sunnites ont été visées par des attentats à la bombe à Hilla et Iskandariya (sud) faisant deux morts, un civil déplacé et un muezzin.

Iskandariya est située dans une région mixte où cohabitent sunnites et chiites et qui avait été surnommée « le triangle de la mort » dans les années 2000 en raison des violences inter-confessionnelles.

La nature des deux attaques et les lieux visés évoquent les moments sombres de la guerre civile qui avait coûté la vie a des dizaines de milliers de personnes entre 2006 et 2007.

Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi, un chiite, a d’ailleurs averti dimanche du potentiel déstabilisateur de la crise diplomatique entre les deux puissances rivales du Moyen-Orient, le royaume saoudien sunnite et l’Iran chiite, après l’exécution de Nimr.

Le Premier ministre irakien Haider Al-Abadi (Crédit : CC BY 2.0)
Le Premier ministre irakien Haider Al-Abadi (Crédit : CC BY 2.0)

Ces inquiétudes sont partagées par les habitants des quartiers mixtes, comme Ali Hamza, 27 ans, qui vit près de l’une des deux mosquées détruites. « Plusieurs familles craignent la résurgence des violences comme celles de la guerre civile », témoigne-t-il.

Aucun groupe n’a revendiqué jusqu’ici les attentats contre les deux mosquées et le lien avec l’exécution de cheikh Nimr n’est pas établi.

« Quelques personnes veulent allumer une étincelle pour relancer la guerre entre les Irakiens et nous devons les empêcher car ces actes ne servent que les ennemis », a affirmé Mohammed Abdelfattah, un dignitaire religieux de Hilla.

Mais les experts jugent improbable un tel scénario car le contexte a changé en une décennie.

« Les chiites ont clairement gagné la guerre civile et le nombre de sunnites voulant encore s’engager dans une guerre perdue est en déclin », estime Michael Knights du Washington Institute.

Il souligne que « l’uniformisation confessionnelle » a été fortement engagée par la guerre civile, réduisant les disparités sociales entre les différentes communautés et rendant moins probable (des opérations de) « nettoyage communautaire ».

Outre les nombreuses pertes civiles, le conflit avait provoqué le déplacement de plus de quatre millions de personnes, remodelant la carte confessionnelle du pays peuplé à 65 % de chiites.

De plus, l’émergence il y a deux ans du groupe jihadiste Etat islamique (EI) et le fait que des milices chiites aient été mobilisées pour le combattre ont pratiquement anéanti tout pouvoir sunnite en Irak, selon des analystes.

L’influence de l’Arabie saoudite sur les tribus de la vaste province sunnite d’Al-Anbar a ainsi diminué, relève Ayham Kamel, directeur du Proche-Orient et de l’Afrique du nord à Eurasia Group.

Sur le plan géopolitique, toute tentative saoudienne de mener une guerre par procuration en Irak « conduirait à un conflit par extension avec les Etats-Unis », qui soutiennent fortement Bagdad, prévient M. Knights.

Selon cet expert, la Syrie, en guerre depuis plus de quatre ans, et le Yémen, empêtré lui aussi dans un conflit civil depuis plusieurs mois, se prêtent mieux à la lutte d’influence entre l’Iran et le royaume saoudien.

Dans ce contexte, Bagdad cherche à tenter de jouer un rôle de médiateur pour contribuer à atténuer l’escalade entre l’Iran et l’Arabie saoudite.

Le chef de la diplomatie irakienne Ibrahim al-Jaafari a ainsi affirmé mercredi à Téhéran que l’Irak, « qui a de bonnes relations avec l’Iran et les pays arabes », travaillait à faire baisser les tensions entre Ryad et Téhéran afin de ne « pas entraîner la région dans une guerre qui ne pourrait pas avoir de vainqueur ». « Nous devons rechercher l’unité », a-t-il déclaré.

Manifestations de milices chiites contre l’Arabie saoudite

Deux mille membres et sympathisants des puissantes milices chiites irakiennes ont manifesté mercredi à Bagdad pour protester contre l’exécution par l’Arabie saoudite d’un religieux chiite.

Les miliciens, vêtus d’uniforme, brandissaient des banderoles avec le portrait de Nimr al-Nimr, un opposant saoudien dont l’exécution samedi a provoqué des manifestations et des violences de musulmans chiites dans plusieurs pays du Moyen-Orient, dont l’Irak, un pays majoritairement chiite.

La plupart des grands groupes de la force paramilitaire des Hached al-Chaabi (Unités de mobilisation populaire) étaient représentés, dont les Ketaëb Hezbollah (Brigades du Parti de Dieu), l’organisation Badr et Asaib Ahl al-Haq (La Ligue des vertueux).

« Nombreux sont ceux qui disent que (le cas de) cheikh al-Nimr ne concerne que l’Arabie saoudite (…) et que les Irakiens devraient s’occuper de leurs propres affaires », a lancé un des manifestants, Mohammed al-Mandalawi.

« Mais lorsqu’il s’agit de religion, il n’y a pas de frontières », a-t-il ajouté.

« Nos demandes au gouvernement irakien sont claires », a dit Maytham al-Allaq, un chef de la milice Waad Allah, parlant de « l’expulsion de l’ambassadeur saoudien d’Irak » et du « rappel de l’ambassadeur d’Irak de Ryad ».

L’Arabie saoudite avait rouvert mi-décembre à Bagdad son ambassade, fermée 25 ans plus tôt lors de la rupture des relations diplomatiques avec le régime de Saddam Hussein dont les forces avaient envahi le Koweït.

En visite mercredi en Iran, le chef de la diplomatie irakienne Ibrahim al-Jaafari a affirmé que son pays avait de « bonnes relations avec l’Iran et les pays arabes », et travaillait à faire baisser les tensions entre Ryad et Téhéran.

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