Dore Gold peut-il rendre son importance à la diplomatie israélienne ?
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Dore Gold peut-il rendre son importance à la diplomatie israélienne ?

Les avis des experts divergent sur les conséquences qu’aura la nomination de Gold au ministère des Affaires étrangères

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Dore Gold (Crédit : Moshe Shai/Flash90)
Dore Gold (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Par moment, il semblerait que les hauts et les bas que le ministère des Affaires étrangères a vécus au cours des derniers mois étaient la volonté du ciel. Peut-être que quelqu’un lui a jeté une vieille malédiction afin qu’il puisse vivre des temps plus intéressants aujourd’hui.

Ou cela pourrait être plus simplement les conséquences des calculs complexes de coalition d’Israël et des diverses stratégies politiques du Premier ministre Benjamin Netanyahu qui a placé le corps diplomatique d’Israël au milieu de la guerre entre des conflits d’intérêts.

Alors que le 34e gouvernement d’Israël a finalement été finalisé lundi, le ministère des Affaires étrangères semble toujours souffrir d’un vide de leadership. Il y a du moins une grave confusion quant à savoir qui va façonner la politique étrangère d’Israël, et surtout, sur la façon dont il ou elle le fera.

Refusant de nommer un ministre des Affaires étrangères à temps plein, Netanyahu a gardé le travail pour lui-même et a nommé Tzipi Hotovely au poste d’adjoint. Il a chargé le ministre de l’Intérieur, Silvan Shalom, de mener les futurs pourparlers de paix avec les Palestiniens, a nommé Naftali Bennett au poste de ministre de la Diaspora et Gilad Erdan à la Diplomatie publique et aux Affaires stratégiques.

Lundi, Netanyahu a annoncé qu’il avait renvoyé le directeur général du ministère des Affaires étrangères, Nissim Ben Shitrit – un diplomate professionnel pourvu d’une expérience professionnelle d’un demi-siècle – et pour le remplacer par son confident de longue date, Dore Gold.

Bien que la nomination de Gold soit une surprise, certains diplomates israéliens sont persuadés que cela pourrait améliorer leur position – et cela, malgré le fait que Gold soit un outsider qui n’a jamais travaillé au ministère des Affaires étrangères.

Certains experts ont affirmé que Netanyahu a nommé un béni oui-oui pour contrôler Hotovely. La nouvelle ministre adjointe des Affaires étrangères est une opposante à la solution à deux Etats et a appelé à l’annexion de la Cisjordanie – une position inacceptable pour les dignitaires étrangers qu’elle est censée accueillir au titre de sa position, et Netanyahu en a conscience.

Placer Gold à la tête du ministère pourrait être un moyen d’assurer que sa vision (d’un Etat palestinien démilitarisé) l’emporte sur l’idéal d’Hotovely d’une solution à un Etat.

La députée Tzipi Hotovely (Crédit : Abir Sultan/Flash 90)
La députée Tzipi Hotovely (Crédit : Abir Sultan/Flash 90)

De toute évidence, la manœuvre de Netanyahu démontre qu’il n’espère plus garder le portefeuille des Affaires étrangères – tant convoité – pour un futur partenaire de coalition (si jamais cela a été le cas). S’il avait vraiment voulu Isaac Herzog au poste de ministre des Affaires étrangères, il n’aurait pas mis Gold à la tête du ministère. Plutôt que de conserver la place au chaud pour quelqu’un d’autre, il semblerait que Netanyahu ait l’intention d’être un ministre des Affaires étrangères actif qui contrôle au jour le jour les rouages du ministère.

Les critiques ont été prompts à suggérer que les positions ancrées à droite bien connues du grand public de Gold sont susceptibles d’éroder davantage la position d’Israël dans la communauté internationale.

Gold « est considéré comme ayant des vues relativement bellicistes sur la question palestinienne et n’a jamais exprimé publiquement son soutien à la solution à deux Etats, à la création d’un Etat palestinien ou au discours de 2009 de Netanyahu prononcé à l’Université Bar-Ilan, dans lequel le Premier ministre s’est déclaré être en faveur de la solution à deux Etats », selon le quotidien de gauche Haaretz.

La droite, bien sûr, a célébré la nomination de Gold. En nommant « un autre nationaliste fort » aux côtés d’Hotovely, Netanyahu a confirmé que le nouveau gouvernement poursuivra des politiques de droite, a écrit Tzvi Ben Gedalyahu dans la presse juive.

« Aussi bien Gold qu’Hotovely sont religieux, ce qui place le ministère des Affaires étrangères dans un solide domaine national-religieux, un [ministère] qui va être beaucoup plus compliqué [à gérer] pour le secrétaire d’Etat américain John Kerry. »

Ancien ambassadeur d’Israël aux Nations unies et actuellement président du Centre de Jérusalem pour les affaires publiques, Gold a été un membre de longue date du cercle intime de Netanyahu.

Il a servi comme conseiller en politique étrangère durant le premier mandat de Netanyahu en tant que Premier ministre (1996-1997) et de nouveau à partir de 2013 jusqu’à ce qu’à ce que les dernières élections soient convoquées.

« Au cours de la période pendant laquelle Benjamin Netanyahu a été chef de l’opposition israélienne, Gold a contribué à forger la relation entre la direction du parti du Likud et le royaume hachémite de Jordanie en réponse aux liens stratégiques qui fleurissaient entre le gouvernement travailliste d’Israël et l’OLP sous Yasser Arafat », selon une biographie publiée sur le site de Gold.

Originaire du Connecticut, Gold a également servi comme envoyé spécial auprès de l’Autorité palestinienne, de l’Égypte, de la Jordanie « et d’autres [pays] dans le monde arabe ».

Certaines sources diplomatiques affirment que Gold, qui a un doctorat de l’université de Columbia, est parfait pour ce travail : son anglais est impeccable et il a une solide compréhension des nombreux défis de la politique étrangère d’Israël.

Ce n’est pas un visage inconnu au ministère des Affaires étrangères. « Bien sûr, c’était une nomination politique [quand il a servi comme ambassadeur à l’ONU], mais il était encore dans le système », a déclaré un ancien diplomate de haut rang. « Au fil des années, son Centre de Jérusalem a interagi avec nous sur un certain nombre de questions. Ce n’est pas un inconnu. »

D’autres ont fait valoir que Gold – dont le passage au poste d’ambassadeur à la fin des années 1990 n’a duré qu’un an et demi – a été éloigné du ministère des Affaires étrangères tellement longtemps qu’il ne saura pas faire tourner le ministère efficacement.

Après tout, l’emploi principal de Gold ne sera pas d’agir en porte-parole d’Israël. Son rôle en tant que directeur général du ministère des Affaires étrangères est d’être en charge d’une énorme bureaucratie qui traite de beaucoup de tâches parfois ingrates, telles que l’Union des travailleurs du ministère – et sa lutte pour des salaires plus élevés – ou l’organisation de missions de secours dans des pays lointains.

L’ancien ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman a indiqué qu’il n’avait pas de problème en soi avec la nomination de Gold, mais a déploré le fait que la position d’Israël sur un Etat palestinien n’était pas claire, se référant au fait que Netanyahu s’est dit attaché à une solution à deux Etats tandis qu’Hotovely et Silvan Shalom, le nouvel homme des pourparlers palestiniens, ne le sont pas.

Le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman à une conférence pour les ambassadeurs israéliens et des représentants en Europe, au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 4 janvier 2015. (Crédit : Hadas Parush / Flash90)
Le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman à une conférence pour les ambassadeurs israéliens et les représentants en Europe, au ministère des Affaires étrangères, à Jérusalem, le 4 janvier 2015 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

« Les nominations et les décisions ne remplacent pas une politique claire », a déclaré Liberman lundi.

Il a déploré la nomination d’un directeur général « qui est très proche du Premier ministre et qui travaille directement au-dessus de la ministre-adjointe des Affaires étrangères ».

Il a également fustigé Netanyahu pour avoir « remis la plupart des responsabilités du ministère des Affaires étrangères à d’autres ministères et à d’autres personnes ».

Liberman n’a installé aucun de ses proches autour de lui durant ses six années en tant que ministre (bien qu’il avait voulu donner un poste à son conseiller Sharon Shalom).

Selon la loi, chaque nouveau ministre des Affaires étrangères a le droit de remplacer le directeur général par une personne de son choix. Et la plupart des ministres des Affaires étrangères de ces dernières années n’ont pas hésité à renvoyer le titulaire du poste et à nommer un de leurs associés.

En 2006, par exemple, Tzipi Livni a nommé Aaron Abramovich, qui n’avait aucune expérience en politique étrangère. Dans les années 1980, le ministre des Affaires étrangères, Shimon Peres, avait nommé son protégé Yossi Beilin.

En plaçant Gold à ce poste, Netanyahu ne sape pas l’autorité du ministère mais agit plutôt comme un ministre des Affaires étrangères nommant ses propres personnes pour s’assurer qu’il contrôle pleinement les bureaux du ministère.

« Le ministère des Affaires étrangères se plaint toujours qu’il a été mis à l’écart », a indiqué un diplomate, se référant au fait que la responsabilité des pourparlers de paix avec les Palestiniens, les relations avec les États-Unis et la Turquie, et d’autres questions stratégiques, ont été sous-traitées par d’autres ministères ces dernières années.

« Maintenant, quand une personne est proche du Premier ministre et a sa confiance, il dirige le bureau. Ceci est un réel avantage. »

Pour la première fois depuis de nombreuses années, le Premier ministre n’a pas donné le ministère des Affaires étrangères à un parti différent et peut donc plus facilement l’utiliser pour faire progresser ses initiatives politiques, indique ce diplomate.

Liberman, par exemple, avait une vision différente de la façon dont Jérusalem devait aborder le processus de paix, ce qui explique pourquoi Netanyahu a retiré le dossier palestinien des responsabilités du ministère des Affaires étrangères.

« Maintenant, le Premier ministre peut regarder le ministère des Affaires étrangères et savoir qu’il va faire ce qu’il veut parce que le directeur général est l’un de ses hommes », a déclaré le diplomate.

Pourtant nommer un étranger comporte aussi son lot d’inconvénients, la nomination de Gold permettra de s’assurer que l’échelon professionnel du ministère de parler de la même voix que son échelon politique, a ajouté le diplomate. « Cela nous rendra plus significatifs que nous ne l’avons été au cours de ces dernières années. »

Une autre source du ministère des Affaires étrangères a convenu que, bien que les prédécesseurs de Gold aient une longue carrière diplomatique dans leur CV, le directeur général entrant a l’avantage d’avoir l’autorité de quelqu’un de très proche du Premier ministre.

Que la nomination de Gold soit bénéfique au ministère dépendra des intentions de Netanyahu, a analysé la source.

« Si Netanyahu utilise Gold pour activer le ministère des Affaires étrangères en son nom, il va le rendre plus important. Si la mission de Gold est de maîtriser et de mieux contrôler le ministère, alors, ce sera tout à fait le contraire qui arrivera. »

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