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Doron Almog rencontre le Mouvement Réformé, suscitant la colère des haredim

Le futur président de l'Agence juive a parlé en termes élogieux du judaïsme réformé lors de son premier shabbat suscitant une condamnation immédiate de la part des ultra-orthodoxes

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

De droite à gauche, le rabbin Leah Muhlstein, Yaron Shavit, Didi Almog, le président présumé de l'Agence juive Doron Almog, le président de l'Union pour la réforme du judaïsme Rick Jacobs, le ministre des Affaires de la Diaspora Nachman Shai, Yair Lotstein, le rabbin et député Gilad Kariv et la directrice du Mouvement Réformé et Progressiste juif en Israël Anna Kislanski lors de la conférence biennale du Mouvement Réformé au kibboutz Shefayim, le 17 juin 2022. (Crédit: Mouvement Réformé)
De droite à gauche, le rabbin Leah Muhlstein, Yaron Shavit, Didi Almog, le président présumé de l'Agence juive Doron Almog, le président de l'Union pour la réforme du judaïsme Rick Jacobs, le ministre des Affaires de la Diaspora Nachman Shai, Yair Lotstein, le rabbin et député Gilad Kariv et la directrice du Mouvement Réformé et Progressiste juif en Israël Anna Kislanski lors de la conférence biennale du Mouvement Réformé au kibboutz Shefayim, le 17 juin 2022. (Crédit: Mouvement Réformé)

Tout juste nommé à la tête de l’Agence juive, Doron Almog a passé shabbat à la conférence biennale du Mouvement Réformé israélien qui s’est tenu aux abords de Tel Aviv, suscitant de vives critiques de la part des groupes et dirigeants ultra-orthodoxes.

Doron Almog, qui a été désigné jeudi pour prendre la tête de l’Agence juive, a parlé en termes élogieux du judaïsme réformé au cours de l’événement, soulignant les liens de sa famille avec le mouvement : sa fille ayant célébré sa bat mitzvah dans une synagogue réformée.

La décision d’Almog d’apparaître publiquement à la conférence biennale du judaïsme réformé semble indiquer une intention d’améliorer les liens entre l’Agence juive et les courants progressistes du judaïsme, qui ont été quelque peu tendus pendant le mandat de près d’un an du président par intérim, Yaakov Hagoel.

Samedi soir, Almog s’est adressé à plus d’un millier de rabbins réformés et dirigeants laïcs d’Israël et des États-Unis qui ont participé à la conférence au kibboutz Shefayim, au nord de Tel Aviv, en évoquant ses expériences avec le Mouvement Réformé et en donnant un aperçu de la philosophie qui le guidera dans son nouveau rôle.

« Notre fille, le Dr Nitzan Almog, qui a maintenant 43 ans, a dit qu’elle voulait faire une alyah à la Torah », a déclaré Almog, suscitant des applaudissements et des cris de soutien de l’auditoire. Il faisait référence à la coutume d’appeler un membre de la congrégation pour prononcer une bénédiction avant et après la récitation de chaque passage de la section hebdomadaire – la paracha –  lorsqu’ils atteignent l’âge de la bar ou de la bat mitzvah – 13 ans pour les garçons et 12 ans pour les filles.

« Aucun de nous ne connaissait de communauté ou de synagogues réformées. Mais [Nitzan] en a trouvé une. Nous vivions alors à Rishon Lezion. Lorsqu’elle est montée à la Torah, nous étions à ses côtés. Ce fut une immense joie. La photo de notre fille Nitzan portant un châle de prière est toujours accrochée dans notre maison », a déclaré Almog.

Lors de sa participation à la conférence, Almog a reçu en cadeau un exemplaire du livre de prières du Mouvement Réformé, « Tefilat Haadam », qui signifie « la prière de l’homme ».

« ‘La prière de l’homme’ est un vœu qu’un homme se fait à lui-même. J’ai fait deux vœux de ce genre dans ma vie. L’un à côté du char de mon frère Eran – que sa mémoire soit bénie – pendant la guerre de Kippour : ne jamais laisser un homme derrière soi. L’autre, que j’ai exigé des centaines de parachutistes qui se trouvaient près de la tombe de Hannah Szenes – pour les plus faibles d’entre nous, de toujours rester des êtres humains », a déclaré Almog. Le frère d’Almog, alors commandant de char, a été tué pendant la guerre en 1973.

Les remarques d’Almog et sa participation à la conférence ont suscité une condamnation immédiate de la part de groupes et de politiciens ultra-orthodoxes, .

Le député haredi Yitzhak Pindrus, a qualifié de « honteuse et décevante » la participation d’Almog à l’événement organisé par le Mouvement Réformé.

Le député de Yahadout HaTorah Yitzhak Pindrus lors d’une commission à la Knesset, le 25 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pindrus, qui ne s’identifie pas personnellement comme sioniste et dont le parti Yahadout HaTorah est officiellement non sioniste, a ajouté que le judaïsme réformé « cache un programme antisioniste ».

« Je demande à Almog de retirer ses remarques et sa tentative de s’attirer les faveurs de ceux qui travaillent contre lui et contre le droit du peuple juif à exister sur notre terre », a déclaré Pindrus dans un communiqué.

Pindrus est connu pour ses remarques controversées, notamment en appelant à faire exploser la Cour suprême et en qualifiant les femmes qui se convertissent au judaïsme dans le cadre d’un programme de conversion approuvé par les rabbins dans l’armée de shiksas, un terme péjoratif pour les femmes non juives.

Le Centre Liba, une organisation haredi qui, entre autres, s’oppose farouchement et souvent violemment aux offices de prière dirigés par des Femmes au Mur occidental, a accusé Almog de vouloir « imposer à l’ensemble du peuple [juif] une contorsion anti-traditionnelle ».

Le Centre Liba a été au cœur des tensions entre les juifs progressistes et le président par intérim de l’Agence juive, Hagoel, qui est également à la tête de l’Organisation sioniste mondiale (OSM). En sa qualité de président de l’OSM, Hagoel a approuvé un événement conjoint avec le Centre Liba, au cours duquel les militants de l’organisation haredit ont attaqué des membres des Femmes du Mur qui dirigeaient un service de prière exclusivement féminin au Mur occidental.

Le partenariat de Hagoel avec le groupe extrémiste a suscité une large condamnation de la part des organisations juives du monde entier, y compris de l’Agence juive elle-même. L’OSM a ensuite présenté ses excuses pour sa collaboration avec le Centre Liba et s’est engagée à éviter de tels partenariats à l’avenir.

Dans une déclaration, l’ancien chef du mouvement conservateur, ou Massorti, en Israël et actuel vice-président de l’OSM, Yizhar Hess – un rival politique de Hagoel – a fustigé les groupes haredim pour leurs « dénonciations immédiates » d’Almog, affirmant que leurs commentaires « témoignaient de l’ignorance, de la stupidité ou – malheureusement – de la méchanceté ».

« L’Agence juive est le bras exécutif du mouvement sioniste et elle représente l’ensemble du peuple juif, dont des millions sont adeptes du judaïsme réformé et conservateur », a-t-il déclaré.

Almog a été désigné pour prendre les rênes de l’Agence juive en Israël la semaine dernière, à l’issue d’une recherche de près d’un an pour remplacer Isaac Herzog, qui a quitté l’organisation pour devenir président d’Israël.

Almog, 71 ans, ancien chef du Commandement du sud de Tsahal, était largement considéré comme un candidat consensuel, doté de références impeccables, dont un prix Israël pour l’ensemble de sa carrière. Depuis qu’il a quitté l’armée, il a consacré sa vie à la gestion d’un village de réhabilitation pour les personnes handicapées physiques et mentales dans le désert du Néguev.

Les nombreuses tentatives pour trouver un successeur à Herzog avaient jusqu’alors été infructueuses, faute de réunir les neuf votes sur 10 nécessaires au sein de la commission de sélection. Almog a été choisi à l’unanimité par la commission, a confirmé un porte-parole de l’Agence juive.

Cette nomination doit être entérinée lors d’un vote du conseil d’administration prévu le 10 juillet à Jérusalem, « avec la participation de centaines de dirigeants de la communauté juive du monde entier », a précisé l’agence dans un communiqué, ce qui ne devrait être qu’une formalité. Il devrait officiellement entrer en fonction en septembre.

« Je suis fier et me réjouis de cette nomination et de la confiance qui m’est portée », a déclaré Almog après sa nomination. « En travaillant ensemble, nous maintiendrons le flambeau et serons fiers de notre travail afin d’assurer un avenir plein d’espoir pour les générations futures. »

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