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La nomination de Doron Almog à la tête de l’Agence juive saluée

L'ancien militaire, qui a ouvert un centre de rééducation en 2003, a été choisi à l’unanimité par la commission ; il reprend le poste laissé vacant par Isaac Herzog en 2021

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Le président par intérim de l'Agence juive pour Israël, Yaakov Hagoel, à gauche, serre la main du candidat au poste, Doron Almog, devant le siège de l'organisation à Jérusalem, le 16 juin 2022. (Crédit : Agence juive)
Le président par intérim de l'Agence juive pour Israël, Yaakov Hagoel, à gauche, serre la main du candidat au poste, Doron Almog, devant le siège de l'organisation à Jérusalem, le 16 juin 2022. (Crédit : Agence juive)

L’ancien général de Tsahal, Doron Almog, a été nommé jeudi président de l’Agence juive pour Israël, mettant fin à une impasse de plus d’un an durant laquelle l’organe semi-gouvernemental a été dirigé par un chef intérimaire, après l’accession à la présidence d’Israël de son précédent titulaire, Isaac Herzog.

Cette nomination doit être entérinée lors d’un vote du conseil d’administration prévu le 10 juillet à Jérusalem, « avec la participation de centaines de dirigeants de la communauté juive du monde entier », a précisé l’agence dans un communiqué, ce qui ne devrait être qu’une formalité. Il devrait officiellement entrer en fonction en septembre.

Almog, 71 ans, ancien chef du Commandement du sud de Tsahal, était largement considéré comme un candidat consensuel, doté de références impeccables, dont un prix Israël pour l’ensemble de sa carrière. Depuis qu’il a quitté l’armée, il a consacré sa vie à la gestion d’un village de réhabilitation pour les personnes handicapées physiques et mentales dans le désert du Néguev.

En 2016, il a reçu le prix d’Israël, plus importante reconnaissance du pays, pour sa contribution à la société et à l’Etat d’Israël.

« Doron Almog représente tout ce qu’il y a de beau en Israël », a déclaré jeudi soir le Premier ministre israélien Naftali Bennet. « Doron représente l’héroïsme militaire et l’héroïsme civil, un amour profond pour le peuple d’Israël, pour la terre et pour les êtres humains », a-t-il ajouté.

« C’est pourquoi j’ai été heureux de lui remettre le prix Israël pour l’œuvre de sa vie. »

Les nombreuses tentatives pour trouver un successeur à Herzog avaient jusqu’alors été infructueuses, faute de réunir les neuf votes sur 10 nécessaires au sein de la commission de sélection. Almog a été choisi à l’unanimité par la commission, a confirmé un porte-parole de l’Agence juive.

L’Agence juive, qui a joué un rôle capital dans la création de l’Etat d’Israël en 1948, est chargée de l’immigration juive et d’éducation juive dans les communautés de la diaspora depuis sa création en 1929.

Son président est élu pour quatre ans par une commission composée de représentants du judaïsme dans la diaspora, qui reçoit traditionnellement les recommandations du Premier ministre.

« Je suis fier et me réjouis de cette nomination et de la confiance qui m’est portée », a déclaré Almog après sa nomination. « En travaillant ensemble, nous maintiendrons le flambeau et serons fiers de notre travail afin d’assurer un avenir plein d’espoir pour les générations futures. »

Si sa candidature est approuvée, Almog entrera en fonction alors que l’organisation paragouvernementale connait une période de turbulences ; elle a pour mission d’encourager et de faciliter l’immigration en Israël, à la lumière de la vague massive en provenance de l’ancienne Union soviétique à la suite de l’invasion brutale de l’Ukraine par la Russie.

Selon le ministère de l’Immigration et de l’Intégration, plus de 25 000 personnes ont immigré d’Ukraine et de Russie en Israël cette semaine, ce qui est la plus grande vague de ces trente dernières années.

Parallèlement à ces efforts, l’Agence juive a également intensifié ses préparatifs pour faire venir des milliers d’Éthiopiens en Israël après que la Haute Cour de justice a levé une injonction qui bloquait leur immigration depuis novembre.

« Nous sommes dans une période importante avec un nombre croissant de nouveaux immigrants du monde entier, et je suis sûre que Doron contribuera grandement au monde juif et à la réalisation des politiques d’immigration et d’intégration de ce gouvernement », a déclaré la ministre de l’Immigration et de l’Intégration, Pnina Tamano-Shata, dans un communiqué.

Le président de l’Organisation sioniste mondiale, Yaakov Hagoel, a été président par intérim de l’Agence juive au cours de l’année écoulée, un poste parfois en conflit avec son autre rôle – plus politique – de chef du Likud mondial.

« J’adresse mes félicitations à Almog pour sa nomination et je suis certain qu’il dirigera l’Agence juive avec le même dévouement et la même détermination que ses prédécesseurs », a déclaré Hagoel dans un communiqué.

Les Fédérations juives d’Amérique du Nord, qui ont proposé la candidature d’Almog à la présidence de l’Agence juive, ont déclaré qu’elles se réjouissaient de travailler avec lui dans ses nouvelles fonctions.

« Nous sommes très heureux de commencer à travailler en étroite collaboration avec Doron, un professionnel très admiré qui a consacré sa vie au peuple juif, au Tikkun Olam et à l’autonomisation des plus vulnérables de la société israélienne, des valeurs que notre communauté juive nord-américaine chérit profondément », a déclaré le groupe.

Michael Siegal, président sortant du Conseil des gouverneurs de l’Agence juive, a vanté les mérites d’Almog.

« Le fait que nous ayons obtenu les dix voix indique que nous avons fait du bon travail en présentant un excellent candidat », a déclaré Siegal au téléphone au Times of Israel peu après la nomination d’Almog.

Pourtant, après 17 présidents ashkénazes à la tête de l’Agence juive depuis sa fondation, beaucoup espéraient que le prochain chef de l’organisation apporterait une touche de diversité à son poste.

« Aurait-il été plus agréable d’avoir une femme ? Aurait-il été plus agréable d’avoir quelqu’un de plus jeune ? Oui. Tout cela est vrai, mais vous devez faire avec les candidats que vous avez », a déclaré Siegal.

« Cet homme a une carrière distinguée, il se soucie des branches les plus vulnérables de la société israélienne, il a de grandes capacités de collecte de fonds et apporte un niveau de crédibilité certain dans la société israélienne. Je ne saurais dire que quelqu’un d’autre que lui pourrait apporter un tel niveau de qualifications à ce poste. Pour autant, il est vrai qu’il ne remplit pas la case diversité de la société actuelle », a-t-il déclaré.

« Mais nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre le candidat parfait. Il ne s’est pas présenté en un an. Almog est un excellent représentant des choses qui importent à l’Agence juive, à savoir la société civile israélienne, le rapprochement des Juifs du monde entier avec Israël et l’alyah », a ajouté Siegal, en utilisant le terme en hébreu pour l’immigration en Israël.

Siegal a noté qu’au cours de l’année écoulée, un certain nombre de femmes et de candidats séfarades ont été considérés, mais que pour différentes raisons, ils n’ont pas été retenu.

« Aucune de ces personnes n’était un candidat parfait. S’ils l’avaient été, ils auraient été choisis », a-t-il déclaré.

Un peu ironiquement, Siegal a noté que Doron Almog était en réalité unique par rapport aux autres candidats et aux anciens dirigeants de l’Agence juive, tous presque exclusivement issus du monde politique.

« Doron Almog n’est pas un politicien ! Oubliez l’aspect diversité ! », a déclaré Siegal en riant.

Parmi les autres candidats qui auraient été envisagés pour le poste on compte le ministre du Logement et de la Construction, Zeev Elkin et le vice-ministre des Affaires étrangères, Idan Roll. L’ancien diplomate Mark Regev aurait également été dans la course. Au cours de l’année écoulée, plusieurs noms ont été évoqués, notamment celui de Ruth Calderon, ancienne membre de la Knesset du parti Yesh Atid et spécialiste de la Bible, celui de Danny Danon, ancien ministre du Likud, et celui d’Omer Yankelevich, ancien ministre du parti Kakhol lavan.

Almog a déclaré qu’il avait été sollicité pour le poste il y a seulement trois semaines de cela.

« J’ai été surpris par la proposition il y a trois semaines de cela. Ce n’était pas dans mes plans, mais j’ai fait une ‘évaluation de la situation’ avec ma femme et nous avons décidé d’accepter, d’assumer une mission de plus pour l’État d’Israël », a-t-il déclaré à la radio de l’armée.

« L’Agence juive est un atout stratégique et la relation entre l’État d’Israël et la Diaspora est une relation stratégique – la moitié du peuple [juif] vit encore en Diaspora. Notre travail consiste à atteindre chaque Juif dans le monde et à lui tendre la main », a déclaré Almog.

Le processus de sélection du remplaçant de Herzog a été entaché à plusieurs reprises par des fuites à caractère politique provenant du comité de nomination, les noms des candidats et les délibérations les concernant ayant été communiqués aux journalistes dans le but d’influencer les débats.

« Beaucoup de choses au sein de notre comité n’ont pas été tenues confidentielles, ce qui est regrettable », a déclaré Siegal.

Il a déclaré que cela a incité la commission à contrôler plus étroitement les informations avant le vote de jeudi, même si un certain nombre de noms de candidats potentiels ont été divulgués à divers médias.

Almog s’est enrôlé dans Tsahal en 1969, servant dans le bataillon de reconnaissance de la brigade des parachutistes – notamment lors du célèbre raid de 1976 sur Entebbe – et a gravi les échelons de l’armée au cours des trois décennies et demie suivantes jusqu’au poste de chef du Commandement  du ud, avant de prendre sa retraite en 2003.

Après avoir quitté les rangs de l’armée, Almog, dont le fils est mort de la la maladie de Castleman, avait fondé et dirigé le centre de réadaptation ALEH Negev, un village de rééducation pour enfants et adultes handicapés dans le sud d’Israël, en grande partie grâce à son expérience personnelle de la prise en charge de son fils Eran.

Doron Almog remet une médaille à un enfant d’ALEH Jérusalem lors du marathon de Jérusalem. (Crédit: Aleh)

Doron Almog a été au centre d’une controverse internationale en 2005, après que des militants palestiniens du Royaume-Uni ont obtenu d’un tribunal qu’il émette un mandat d’arrêt à son encontre pour son rôle dans la démolition d’une maison palestinienne dans la bande de Gaza, qui, selon eux, constituait un crime de guerre.

Almog a été informé du mandat d’arrêt après son arrivée au Royaume-Uni avec son épouse. Pour éviter tout incident, il est resté dans l’avion et est rentré en Israël. Le mandat d’arrêt a, par la suite, été annulé.

Selon Siegal, Almog sera opérationnel de suite. Il s’occupera en priorité  des vagues d’immigration des suites des guerres en Ukraine et en Éthiopie.

« Pour le moment, seules ces deux choses ont été portées à notre connaissance », a-t-il dit. « Qui sait ce qui viendra par la suite ? »

L’AFP a contribué à cet article.

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