EAU et Bahreïn : Il faut « une seule voix » avec Israël sur le nucléaire de l’Iran
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EAU et Bahreïn : Il faut « une seule voix » avec Israël sur le nucléaire de l’Iran

S'adressant à Gabi Ashkenazi, les ministres des pays du Golfe affirment que Jérusalem et ses nouveaux alliés peuvent ensemble "exercer une plus grande influence sur les États-Unis"

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi (2e à gauche) s'adresse à ses homologues du Bahreïn et des Émirats lors de la conférence de l'INSS, le 26 janvier 2021. (Autorisation de l'INSS)
Le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi (2e à gauche) s'adresse à ses homologues du Bahreïn et des Émirats lors de la conférence de l'INSS, le 26 janvier 2021. (Autorisation de l'INSS)

Les Émirats arabes unis et le Bahreïn ont appelé mardi à un effort coordonné avec Israël pour faire pression sur la nouvelle administration américaine au sujet de l’Iran.

S’exprimant aux côtés du ministre israélien des Affaires étrangères, Gabi Ashkenazi, le ministre bahreïni des Affaires étrangères, Abdullatif bin Rashed Alzayani, a souligné l’inquiétude que partagent les pays concernant le programme nucléaire de Téhéran, les missiles balistiques et les activités au Moyen-Orient.

« Une position régionale commune sur ces questions exercera une plus grande influence sur les États-Unis », a déclaré M. Alzayani.

Les ministres des Affaires étrangères de Bahreïn et d’Israël et le ministre d’État des Affaires étrangères des Émirats arabes unis se sont exprimés le premier jour de la 14e conférence internationale annuelle de l’Institute for National Security Studies, [INSS], qui se tient virtuellement cette année en raison des restrictions imposées par la COVID-19. La table ronde était animée par le directeur général (à la retraite) de l’INSS, Amos Yadlin.

Le président américain Joe Biden a fait part de son désir de réintégrer le plan d’action global commun de 2015, [JCPOA], tandis qu’Israël fait pression pour que tout retour à l’accord inclue de nouvelles limitations au programme de missiles balistiques de l’Iran et un soutien au terrorisme et à la déstabilisation dans le monde.

Le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, (à droite), salue le ministre bahreïni de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme Zayed R. Alzayani à Jérusalem, le 2 décembre 2020. (Shlomi Amsalem/GPO)

Le ministre des Affaires étrangères de la République islamique a averti la semaine dernière que son pays n’accepterait pas de changements aux termes du pacte de 2015, qui ne traite actuellement pas du programme de missiles de l’Iran ni de ses mandataires régionaux.

« Nous devons répondre au programme de missiles de l’Iran », a poursuivi M. Alzayani, « à son soutien à ses mandataires dans la région, et à son ingérence dans les affaires intérieures des États de la région, afin d’apporter une paix et une stabilité plus larges au Moyen-Orient ».

Le JCPOA a été signé par l’Iran et six puissances mondiales connues sous le nom de P5+1 en 2015. Le président Trump a unilatéralement retiré les États-Unis de l’accord en 2018, optant plutôt pour un effort de sanctions « à pression maximale ».

L’un des « échecs » du JCPOA, a affirmé mardi le ministre d’Etat des Affaires étrangères des Émirats Arabes Unis, Anwar Gargash, est « l’absence d’une voix régionale en son sein ».

L’Iran a rédigé des conditions pour le retour au respect de l’accord nucléaire, dont l’une est qu’aucun nouveau signataire – à savoir les Etats arabes du Golfe – ne peut être ajouté à l’accord.

Depuis 2019, Téhéran ne respect plus la plupart des limites fixées par l’accord en réponse à l’abandon par Washington de la levée des sanctions et au fait que les autres parties à l’accord n’ont pas compensé. Il enrichit désormais l’uranium à 20 %, ce qui est très proche des niveaux de qualité militaire.

Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn cherchent tous à dissuader l’administration Biden de revenir au JCPOA sous sa forme initiale.

Le ministre d’État des Affaires étrangères des Émirats Arabes Unis, Anwar Gargash, s’adresse aux journalistes à Dubaï, aux Émirats Arabes Unis, le lundi 18 juin 2018. (AP/Jon Gambrell)

Alzayani a suggéré que les termes de l’accord doivent être modifiés à la lumière de la signature des Accords d’Abraham de 2020, les accords négociés par les Etats-Unis qui ont normalisé les relations entre Israël et les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Maroc et le Soudan.

« Tout accord futur avec l’Iran devra refléter la nouvelle réalité de la région et devra être accepté par tous les États de la région ».

Ashkenazi, un ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, a convenu que les accords « renforcent la voix régionale » et a souligné l’importance de maintenir une option militaire crédible dans la politique d’Israël envers l’Iran.

Il a également mis en garde contre une « politique de confrontation dans la presse » afin d’influencer l’administration Biden, appelant plutôt à une « conversation professionnelle, réelle, transparente… pour tendre vers une situation dans laquelle les préoccupations d’Israël » sont clairement exposées aux hauts fonctionnaires américains.

Les ministres du Golfe ont également discuté de leur soutien à une solution à deux États entre Israël et les Palestiniens.

Ils ont fait valoir que les accords d’Abraham stimuleraient les progrès de la paix israélo-palestinienne. Le pacte « a créé une incitation à de tels progrès et a mis un frein à des étapes qui auraient inversé le processus », a déclaré M. Alzayani.

En échange de relations officielles avec les Émirats arabes unis, Israël a accepté de suspendre les plans d’annexion de grandes parties de la Cisjordanie dans le cadre du plan de paix israélo-palestinien élaboré par l’administration Trump. Cette décision a créé un fossé entre Abou Dhabi et Ramallah, qui considérait la normalisation avec Israël comme prématurée étant donné l’absence d’un accord de paix israélo-palestinien, bien que les Émirats arabes unis disent être toujours acquis à la cause palestinienne.

« Après 40 à 50 ans, nous sommes arrivés à la conclusion que notre désengagement d’Israël n’était pas efficace, mais que nous pouvions plutôt répondre plus efficacement à nos désaccords avec elle par le dialogue, l’interaction, la confiance et le compromis », a expliqué M. Gargash.

Le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdullah bin Zayed Al-Nahyan, le président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Abdullatif al-Zayani, et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, s’entretiennent lors de la cérémonie de signature des accords d’Abraham, à la Maison Blanche à Washington, DC, le 15 septembre 2020. (Avi Ohayon / GPO)

Les fruits de la paix

Les diplomates ont exposé leurs visions pour la prochaine étape du processus de normalisation entre Israël et ses nouveaux partenaires du Golfe. M. Gargash a souligné l’importance de donner « un sens à la paix pour le citoyen moyen – liberté de mouvement et plus de possibilités », ajoutant que les ÉAU étaient impatients d’accueillir davantage de touristes israéliens.

Plus de 70 000 Israéliens ont visité les Émirats arabes unis, a déclaré M. Ashkenazi. Le Washington Post a rapporté que plus de 150 restaurants émiratis ont commencé à servir de la nourriture casher.

M. Alzayani s’est montré plus prudent, avertissant que la paix exige de la patience et que les gouvernements doivent créer un environnement dans lequel les relations peuvent se développer de manière organique.

Plus de 1 000 entreprises israéliennes et du Golfe sont impliquées dans une sorte de collaboration, a révélé M. Ashkenazi, et les trois nations sont en train de rédiger plus de 40 accords qui serviront de base pratique à une coopération future.

Le premier ambassadeur d’Israël aux Émirats Arabes Unis, Eitan Naeh, a déclaré au Times of Israel que les liens croissants avec le Golfe auraient des ramifications économiques étendues, et qu’il s’attendait à ce que le commerce avec le Golfe fasse baisser le coût de la vie en Israël.

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