Élections dans les implantations : un « rabbin-arbitre » ignore les électeurs
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Élections dans les implantations : un « rabbin-arbitre » ignore les électeurs

Le grand rabbin de Safed, choisi comme arbitre par le président du conseil régional de Samarie Dagan et son prédécesseur Mesika, a accordé sa préférence au premier

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

De gauche à droite, le président du conseil régional de Samarie Yossi Dagan, le grand rabbin de Safed Shmuel Eliyahu et l'ancien président du conseil régional de Samarie Gershon Mesika. (Crédit : Yossi Zeliger, Yonatan Sindel et Miriam Alster/Flash90)
De gauche à droite, le président du conseil régional de Samarie Yossi Dagan, le grand rabbin de Safed Shmuel Eliyahu et l'ancien président du conseil régional de Samarie Gershon Mesika. (Crédit : Yossi Zeliger, Yonatan Sindel et Miriam Alster/Flash90)

Un éminent rabbin orthodoxe s’est prononcé mardi en faveur du maintien du président actuel du Conseil régional de Samarie à la tête de l’instance qui gère 31 implantations en Cisjordanie et a demandé à son compétiteur de retirer sa candidature.

Les élections auront lieu comme prévu mais elles devraient n’être qu’une formalité, les sondages qui ont été réalisés jusqu’à présent n’ayant même pas pris en compte le troisième candidat.

Tandis que le grand rabbin de Safed, Shmuel Eliyahu, a reconnu les contributions apportées par le président actuel du conseil Yossi Dagan, mais également celles de son prédécesseur Gershon Mesika, il a conclu qu’il serait inapproprié que Dagan se retire « au beau milieu d’une grande dynamique d’actions » entraînée par ses relations étroites avec divers ministres du gouvernement.

Dagan et Mesika avaient convenu d’autoriser Eliyahu à assumer un rôle d’arbitre et à choisir le prochain président du conseil régional plutôt que de permettre aux résidents de faire leur choix lors du scrutin prévu le 30 octobre.

Certains membres du conseil régional ont critiqué cet accord d’arbitrage, qui les prive dans les faits de leur capacité à choisir leur prochain dirigeant.

Dagan est à la tête du Conseil de Samarie depuis le mois de mai 2015, lorsqu’il avait remplacé Mesika qui avait quitté ses fonctions après être devenu témoin de l’accusation dans une enquête de corruption majeure.

Le président du Conseil de Samarie Yossi Dagan s’exprime durant une manifestation contre l’éviction prévue de l’avant-poste d’Amona, devant la Knesset, le 30 janvier 2017 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Mesika, qui n’a jamais été inculpé pour son implication dans le scandale, avait annoncé le mois dernier qu’il se présenterait au poste qu’il avait été contraint d’abandonner il y a trois ans.

Selon un accord d’une page entre Dagan et Mesika, les deux hommes avaient consenti à ce que « la décision prise par l’arbitre fera force d’obligation pour les deux parties et aucune ne pourra faire valoir que ses déclarations et ses arguments n’ont pas été correctement compris ».

La chaîne Hadashot a fait savoir dimanche que Dagan, qui, selon les observateurs, avait l’avantage en tant que président actuel, avait accepté le pacte après que Mesika a menacé d’attirer l’attention sur l’usage ostensible par Dagan des fonds du conseil pour financer des voyages à l’étranger, avec pour objectif d’améliorer son image publique.

Mesika s’était également indigné des querelles survenues entre Dagan et le Premier ministre Benjamin Netanyahu qui, selon lui, ont porté préjudice au mouvement pro-implantations.

L’accord aura aidé à éviter une campagne électorale qui semblait destinée à devenir abjecte après que Mesika a lié Dagan à l’enquête pour corruption qui avait entraîné sa propre démission lors d’une interview accordée à la télévision, quelques jours seulement après avoir annoncé sa candidature.

Le dirigeant du Conseil régional de Samarie Gershon Mesika, le 7 février 2014 (Crédit photo: Hadas Parush / Flash90)

Mesika avait fait part de son intention de se présenter au poste au mois de juin, après que le procureur général Avichai Mandelblit et le procureur de l’Etat Shai Nitzan l’ont appelé à ne pas le faire en raison de son passé mouvementé.

Au mois de décembre 2014, la police avait brièvement arrêté Mesika, soupçonné de vol de la part d’un responsable public, de fraude et de faux. Cinq mois plus tard, il avait signé un accord dans lequel il acceptait de devenir témoin de l’accusation afin d’éviter les charges à son encontre.

La police avait indiqué à ce moment-là qu’une enquête sous couverture d’un an avait révélé un système en labyrinthe grâce auquel des politiciens octroyaient des fonds publics et des faveurs aux instances locales et à d’autres groupes, ainsi qu’à leurs membres, en échange de pots-de-vins.

L’enquête avait pris pour cible un certain nombre de responsables de haut-rang de la formation Yisrael Beytenu, quelques mois avant les élections générales de 2015, et le leader du parti Avigdor Liberman avait accusé les forces de l’ordre de pratiquer une chasse aux sorcières continue contre lui.

« Il y a eu une erreur. J’ai assumé mes responsabilités, j’ai démissionné et je suis rentré chez moi pendant trois ans », avait confié Mesika au Times of Israel le mois dernier. « Maintenant, je suis prêt à revenir et à continuer le travail formidable que j’ai fait – plus de travail que n’importe quel autre président du conseil n’a été en mesure d’accomplir ».

Mesika et Dagan ont été populaires durant leurs mandats respectifs auprès des habitants d’implantation du nord de la Cisjordanie. Mesika est considéré comme un vétéran chevronné dont le leadership a entraîné une importante augmentation de la population des 30 communautés et plus qu’il a représentées de 2007 à 2015. Dagan a l’image d’une étoile montante, non seulement dans le mouvement pro-implantations mais également dans la politique nationale au sens large en raison de son influence significative au sein du parti du Likud.

Pour sa part, le grand rabbin de Safed, le rabbin Eliyahu est une personnalité très respectée, quoique controversée.

Fils du grand rabbin séfarade d’Israël, le rabbin Mordechai Eliyahu, il a dirigé l’équipe de rabbins dont le rôle a été déterminant dans la condamnation, au mois de juillet 2017, du chef de la communauté de Safed, Ezra Sheinberg, pour une série de crimes sexuels commis à l’encontre de huit femmes différentes. Eliyahu a toutefois également été critiqué pour des propos condamnant la communauté homosexuelle, la présence des femmes au sein de l’armée et la vente d’appartements à des non-Juifs.

Dans son annonce de mardi, dans laquelle il a fait part de son soutien à Dagan, Eliyahu a expliqué que sa décision « n’a pas été motivée par la sphère politique… mais plutôt par la parole de Dieu », dont la loi exige que la paix s’installe entre des individus en conflit.

Alors qu’Eliyahu a décidé que Dagan continuerait à assumer ses fonctions au poste de président du conseil, certains habitants du nord de la Cisjordanie ont rejeté son autorité.

Shai Gilboa, militant s’exprimant au nom des résidents laïcs de l’implantation de Migdalim, a ainsi estimé qu’il était « inacceptable que le chef d’un conseil soit élu par un rabbin et non par les habitants ».

Paul Golovanevsky. (Capture d’écran/YouTube)

Il a fustigé Mesika et Dagan, disant que le premier n’était parvenu à éviter la prison qu’en devenant témoin de l’accusation tandis que le dernier était son adjoint à cette période et qu’il était donc pleinement conscient du scandale qui était en train de se dérouler.

Gilboa a affirmé qu’un troisième candidat aux élections, Paul Golovanevsky, était en train de gagner le soutien des résidents, notamment des laïcs qui se sont sentis négligés par les religieux Dagan et Mesika.

Golovanevsky a déclaré au Times of Israel que Dagan avait utilisé sa position pour améliorer son image personnelle plutôt que pour se mettre au service des habitants du nord de la Cisjordanie. Il a promis de servir tous les résidents sur un pied d’égalité et a appelé d’autres candidats à se présenter également à ses côtés.

Toutefois, Golovanevsky reste largement inconnu dans le nord de la Cisjordanie et il n’est pas considéré comme un challenger plausible pour Dagan ou pour Mesika.

Répondant à la décision prise par Eliyahu, Mesika a indiqué qu’il respectait grandement le rabbin et qu’il acceptait de quitter la course à la présidence du conseil.

« Je continuerai à travailler pour renforcer les implantations sur la terre d’Israël et en Samarie en particulier en tant que citoyen privé », a-t-il expliqué dans une déclaration faite mercredi.

L’équipe de campagne de Dagan a émis un court communiqué, affirmant que ce dernier « est certain que Gershon Mesika continuera à mettre ses nombreux talents au service de la population juive ».

Un ancien responsable du conseil régional qui avait travaillé avec Dagan et Mesika a indiqué que ce dernier n’avait pas véritablement l’intention de l’emporter mais qu’il tentait d’améliorer son image, indéfectiblement liée à l’enquête de corruption impliquant le parti Yisrael Beytenu.

« En s’inclinant respectueusement, il est possible que les gens se souviennent davantage de lui pour son humilité que pour autre chose », a dit l’ancien responsable qui a demandé l’anonymat.

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