Elections : Les règles de transparence sur Facebook s’appliqueront à la mi-mars
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Elections : Les règles de transparence sur Facebook s’appliqueront à la mi-mars

Un haut-responsable a aussi précisé que l'entreprise n'avait pas d'auditeur chargé de rechercher les contenus problématiques relatif au vote du 9 avril

Sean Evins, de Facebook, explique le fonctionnement des publicités politiques transparentes dans les bureaux de Facebook Israel, à Tel Aviv, le 26 février 2019. (Crédit : Facebook)
Sean Evins, de Facebook, explique le fonctionnement des publicités politiques transparentes dans les bureaux de Facebook Israel, à Tel Aviv, le 26 février 2019. (Crédit : Facebook)

Facebook s’est refusé mardi à donner une date précise pour la mise en oeuvre de son outil de transparence en ternes de promotion politique, qui contraint les sponsors de publicité à rendre publique leur identité.

Lors d’une conférence de presse qui a eu lieu à Tel Aviv, les responsables du géant des réseaux sociaux se sont contentés de dire que l’outil serait activé vers « la mi-mars », soit environ seulement trois semaines avant le scrutin prévu le 9 avril.

Au début du mois – et seulement quelques semaines après qu’il a été révélé que l’agence de sécurité du Shin Bet disposait de renseignements prouvant qu’un pays étranger avait l’intention d’influencer le scrutin du mois d’avril via des interventions sur internet – la commission centrale électorale avait demandé à Facebook de faire avancer son programme de lancement d’outils et de restrictions en Israël, avec pour objectif de prévenir toute ingérence depuis un pays étranger et à améliorer la transparence des publicités de campagne.

Cette requête est, à l’évidence, restée lettre morte.

Jordana Cutler, cheffe du bureau chargé de la Politique au sein de Facebook Israël, a indiqué lors de la conférence de presse que la compagnie avait eu initialement l’intention de lancer les outils de transparence seulement au mois de novembre, et que la mi-mars représentait un changement significatif.

La cheffe de la Politique et des Communications de Facebook Jordana Cutler, à gauche, et la chercheuse de l’Institut israélien de la Démocratie (IDI) Tehilla Shwartz Altshuler lors du programme de l’ère de l’information de l’IDI, le 18 janvier 2018 (Crédit : Oded Antman)

« Nous devons faire les choses correctement », a ajouté Sean Evins, qui dirige depuis Londres le département chargé de la politique pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique de Facebook.

« Nous devons faire des recherches, gérer des questions de langage et la manière dont fonctionnent les autorisations. Nous devons nous assurer de notre conformité à la loi électorale. Nous n’avons pas de solution toute faite. Nous devons penser aux menaces potentielles et les prendre en compte en fabriquant le produit. C’est un processus très complexe », a-t-il noté.

« Tous les pays ont leurs propres nuances. Nous parlons aux instances gouvernementales et nous faisons nos propres recherches sur la manière dont Facebook est utilisé dans le pays concerné en particulier », a-t-il poursuivi.

Evins a également confirmé qu’aucun auditeur n’était employé pour repérer spécifiquement les contenus problématiques liés aux élections israéliennes comme cela été le cas, par milliers, pour les scrutins qui ont pu avoir lieu dans d’autres pays du monde.

Cette photo de dossier du 16 juillet 2013 montre un panneau au siège social de Facebook à Menlo Park, Californie. (AP Photo/Ben Margot)

Les auditeurs doivent être autorisés par une organisation externe et formés par l’entreprise, a-t-il précisé.

« Aujourd’hui, nous avons un partenaire d’audit mais nous avons d’autres types de contrôle pour les informations mensongères », a-t-il ajouté.

Evins était venu en Israël au mois d’août pour y rencontrer la commission centrale électorale ainsi qu’au mois de novembre. Au début du mois de février, la directrice des élections de l’entreprise, Katie Harbeth, s’était également rendue au sein de l’Etat juif.

Le président de la Commission électorale centrale, le juge de la Cour suprême Hanan Melcer (à gauche) rencontre la directrice des élections de Facebook, Katie Harbeth, le 3 février 2019. (Autorisation)

Lors de la conférence de presse de mardi, la compagnie n’a pas voulu répondre sur la quantité ou les contenus des faux profils israéliens liés aux élections qui ont pu être supprimés ou non, conseillant aux médias de « le demander au gouvernement ».

« Aujourd’hui, nous bloquons un million de faux comptes par jour dans le monde », a dit Evins. Pour autant, il n’a pas précisé qui ces utilisateurs fictifs tentaient d’influencer, ou sur quel sujet.

Cutler a rejeté les propos tenus au mois d’octobre par Erez Tidhar de l’administration de cyber-sécurité nationale, qui relève du bureau du Premier ministre, devant la commission des Sciences et de la technologie de la Knesset, disant qu’ils étaient « incorrects ».

Tidhar avait déclaré aux députés que des milliers de faux profils Facebook créés pour propager des informations mensongères au sujet des candidats politiques israéliens avaient été supprimés à la requête de l’agence ainsi qu’un « grand nombre d’avatars [profils sur les réseaux sociaux] créée pour tenter d’influencer l’opinion publique et de manipuler les élections ».

Cutler a affirmé avec insistance que ces faits étaient erronés et elle a ajouté que le seul interlocuteur lié aux élections au sein du gouvernement, pour Facebook, était le docteur Haim Wismonsky, directeur de l’unité de cyber-sécurité au bureau du Procureur de l’Etat.

« Nous ne donnons pas les chiffres des requêtes de suppression de profils du gouvernement. Les contenus sont très variés. Ils sont parfois relatifs au terrorisme, aux incitations à la violence ou à la protection de l’enfance », a-t-elle commenté.

Erez Tidhar, chef de l’Unité des protections individuelles de la Direction nationale du cyber, s’exprimant devant la Commission scientifique et technologique de la Knesset, le 15 octobre 2018. (Capture d’écran)

Interrogée sur les contenus liés au scrutin, elle a expliqué qu’elle ne ferait pas de commentaires.

L’outil de transparence appliqué à la publicité et qui a d’ores et déjà été développé pour les Etats-Unis, le Brésil, l’Ukraine et le Royaume-Uni, permet aux utilisateurs de Facebook de connaître l’identité du financeur d’une publicité commanditée.

Les publicités politiques seront intégrées pendant sept ans dans une bibliothèque accessible au public contenant des données sur l’activité de la publicité – sa mise en ligne potentielle et les dates auxquelles elle a été active, la somme dépensée pour la réaliser et le pays qui l’a commanditée.

L’outil de transparence garantira que les publicités politiques ne pourront être placées que par des Israéliens, a dit Evins.

« Toute publicité parlant d’un candidat, d’un parti politique ou de l’élection en elle-même en utilisant un slogan ou un logo » constitue une publicité politique, a-t-il précisé.

Exemple d’une publicité transparente sur Facebook qui dit « Parrainé : Financé par Elizabeth Rose », le 26 février 2019 (Capture d’écran : Bureaux de Facebook, Tel Aviv)

Evins a ajouté que toute publicité non-identifiée soumise par de « mauvais acteurs » serait repérée par les systèmes automatiques de Facebook.

Ces règles d’identification ne s’appliqueront pas aux publicités traitant de questions nationales autres que celles des élections. Et si une célébrité, par exemple, devait publier un post encourageant le public à voter pour un candidat particulier, les règles portant sur la transparence des publicités sponsorisées ne s’appliqueront pas.

Evins a dit que l’entreprise utilisait l’intelligence artificielle et des équipes constituées de 30 000 personnes au total pour identifier et supprimer les faux profils.

Sean Evins, qui dirige le bureau Politique et gouvernement de Facebook pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique (Crédit : Facebook)

Mais il n’a pas su dire combien de personnes, au sein de ces équipes, parlaient l’hébreu. Des douzaines d’entre elles ont travaillé sur des élections diverses dans le monde entier, sur des fuseaux horaires différents, sur des questions et des aspects variés relatifs aux contenus postés sur le réseau et il y avait des hébréophones parmi elles, a-t-il affirmé.

Facebook a été largement critiqué pour avoir échoué à empêcher l’intervention de la Russie au cours des élections présidentielles américaines de 2016 et pour avoir permis à une entreprise britannique, Cambridge Analytica, d’acquérir des données sur des dizaines de millions d’utilisateurs du réseau social à partir desquelles Cambridge Analytica a développé des algorithmes pour micro-cibler les électeurs et leur envoyer des messages politiques personnalisés.

Admettant que la compagnie n’était pas prête en 2016 à faire face à ces offensives, Evins a déclaré que des initiatives majeures avaient été menées depuis pour assurer l’intégrité des élections dans le monde entier – avec une répression des faux comptes, la réduction de la distribution de fake news, des publicités plus transparentes, la mise à l’écart des acteurs malveillants et une aide apportée pour informer les instances gouvernementales et les opinions publiques.

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