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Analyse

Élections : Netanyahu veut cette fois courtiser les votes arabes

Le chef du Likud devient l'un des rares dirigeants de parti à ouvrir des pages en arabe ; il penserait ainsi pouvoir mobiliser - ou décourager - le vote des Arabes israéliens

Le président du Likud Benjamin Netanyahu dans un clip de campagne en direction des citoyens arabes d'Israël, le 4 septembre 2022. (Capture d'écran/Twitter)
Le président du Likud Benjamin Netanyahu dans un clip de campagne en direction des citoyens arabes d'Israël, le 4 septembre 2022. (Capture d'écran/Twitter)

Le président du Likud, Benjamin Netanyahu, a lancé une nouvelle campagne, ce mois-ci, dont l’objectif est de courtiser les électeurs arabes israéliens en amont du vote national du mois de novembre. Il est l’un des rares dirigeants de formation à avoir opté pour une telle campagne pour ce scrutin électoral.

Mais après des initiatives similaires qui, dans le passé, n’ont entraîné que peu de résultats, Netanyahu reconnaîtrait par ailleurs que sa capacité à glaner des soutiens dans la communauté arabe israélienne est limitée.

En résultat, le chef du Likud espère que s’il échoue, une fois encore, à séduire cet électorat, il parviendra au moins à le convaincre qu’il n’y a pas de grande différence entre lui et les autres candidats au poste de Premier ministre – le dirigeant de Yesh Atid, Yair Lapid, et celui de HaMahane HaMamlahti, Benny Gantz — et qu’il n’est donc pas impératif de se rendre au bureau de vote pour se prononcer directement contre lui, a fait savoir un reportage diffusé vendredi par la Douzième chaîne, qui n’a pas cité ses sources.

La chaîne a cité un sondage récent de Statnet, une firme spécialisée dans les enquêtes d’opinion auprès de la minorité arabe d’Israël, qui a établi que 75 % des Arabes israéliens n’étaient guère inquiets de son potentiel retour au pouvoir. Conservant cette donnée à l’esprit, l’ancien Premier ministre espère que les électeurs arabes préfèreront rester chez eux lors de la journée du scrutin, le 1er novembre – une abstention qui, selon de nombreux analystes, viendrait dynamiser Netanyahu et son bloc de la droite dure et religieuse, a expliqué la Douzième chaîne.

Dans le cadre de sa nouvelle campagne, Netanyahu a ouvert des comptes arabophones sur Instagram, Facebook, Twitter et TikTok. Ces différentes pages présentent, depuis une semaine, des vidéos de campagne traduites en arabe et les électeurs potentiels ont reçu de nombreux SMS les encourageant à s’abonner à ces comptes, a noté le reportage.

Une campagne de publicité a aussi été lancée spécifiquement en direction des électeurs arabes.

« C’est l’opportunité de commencer une nouvelle ère pour nous tous. Une nouvelle ère dans les relations entre les Juifs et les Arabes et aussi avec les citoyens arabes d’Israël », dit Netanyahu dans une vidéo.

Netanyahu avait fait des efforts similaires pour le scrutin de 2021, centrés autour du surnom qu’il avait affirmé avoir reçu de la part de ses partisans arabes, « Abu Yair. »

Il s’était rendu dans les villes arabes, il avait vanté la campagne de vaccination contre le coronavirus mise en œuvre par son gouvernement, il avait avancé un plan de lutte contre le crime dans les villes et les villages arabes et il avait salué ce qu’il avait qualifié déjà de « nouvelle ère » pour les relations entre Juifs et Arabes en Israël.

Des efforts qui avaient semblé être récompensés avec le soutien en faveur du Likud qui s’était multiplié dans les communautés arabes et un nombre de votes en sa faveur qui avait été quatre, cinq, voire huit fois plus élevé que pendant le scrutin du mois de mars 2020.

Ce qui n’avait finalement guère eu de conséquence en matière de chiffres – en raison de la faible participation qui caractérise traditionnellement le public arabe et parce que le soutien au Likud, même multiplié, reste fortement limité dans ces communautés.

Netanyahu avait affirmé, au cours de la campagne, que les électeurs arabes pouvaient lui apporter deux ou trois sièges supplémentaires à la Knesset. En réalité, ce vote communautaire ne lui en avait pas fait gagner un seul.

La participation électorale dans la communauté arabe toute entière avait été historiquement bas – à seulement 44,6 %. Selon un sondage qui a été diffusé, le mois dernier, par la chaîne Kan, ce pourcentage devrait encore chuter pour les élections du mois de novembre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans la ville bédouine de Rahat, le 7 mars 2021. (Autorisation)

Un sondage commandité par la station de radio Kan, le mois dernier, a prédit le taux de participation le plus bas jamais enregistré dans l’Histoire du pays chez les Arabes israéliens pour le scrutin du 1er novembre, ce qui pourrait potentiellement amener la représentation arabe à vaciller à la Knesset et accorder à Netanyahu une majorité parlementaire.

L’enquête d’opinion – réalisée par Statnet, de Yousef Makladeh, en collaboration avec la chaîne publique arabophone Makan 33 — a anticipé un taux de participation électorale de seulement 39 %, ce qui est sans précédent depuis la fondation du pays.

Toutefois, 200 Arabes israéliens seulement ont été interrogés pour les besoins de ce sondage et ni Kan, ni Makan n’ont fourni de marge d’erreur pour cette enquête.

Avant sa performance médiocre de 2021, le taux de représentation arabe avait connu un pic en 2020 avec 64,8 % des électeurs qui étaient allés aux urnes, offrant à la Liste arabe unie quinze sièges à la Knesset, forte de 120 membres.

A ce moment-là, la Liste arabe unie était constituée des quatre formations à majorité arabe du paysage politique israélien. Depuis, la faction islamiste Raam a quitté l’alliance pour se présenter en indépendante. Si elle a réussi à franchir le seuil électoral et à intégrer la Knesset suivante, devenant le premier parti arabe indépendant à intégrer un gouvernement de coalition, la participation arabe semble en avoir subi les conséquences. Et les sondages indiquent que la scission continue des partis arabes entraînera à l’avenir les mêmes résultats.

Les derniers gestes de Netanyahu à l’égard de la communauté arabe israélienne paraissent entrer en contradiction avec le style de campagne pour lequel ont opté plusieurs députés du Likud.

Des femmes bédouines passent devant des panneaux d’affichage de la campagne du parti de droite israélien Likud, avec une photo de son leader, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans la ville bédouine de Rahat, près de la ville de Beer Sheva, dans le sud d’Israël, le 10 mars 2021. (HAZEM BADER/AFP)

« Les Arabes sont en train de prendre le contrôle du pays. Nous le constatons tous les jours. Ils abusent des Juifs. Ils font ce qu’ils veulent. Ils participent à des manifestations violentes qui entraînent parfois des lynchages. Ils piétinent des drapeaux israéliens », avait accusé le député Miki Zohar, au mois de mai. « Ce sujet sera le plus brûlant des prochaines élections et le public se tiendra à nos côtés ».

Ce ne serait pas la première fois que le Likud exploite le sentiment anti-arabe pour glaner des voix. En 2015, le jour des élections, Netanyahu avait fait une déclaration de triste mémoire, affirmant que « la gouvernance de la droite est en danger. Les Arabes affluent en masse dans les bureaux de vote ».

Netanyahu a fréquemment attaqué le gouvernement pour son inclusion, dans la coalition, de Raam, malgré les négociations qu’il avait lui-même menées avec le leader de la formation, Mansour Abbas, concernant sa potentielle entrée dans une alliance au pouvoir placée sous la direction du Likud après les élections du mois d’avril 2020.

Le député Ayman Odeh, à gauche, et le législateur Ahmad Tibi lors d’une réunion de faction à la Knesset, le 7 mars 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Avant les élections du mois de septembre 2019, Netanyahu avait lancé toute une campagne sur l’affirmation non-prouvée que les Arabes israéliens allaient frauder massivement de manière à lui voler son élection. Il avait alors cherché à faire installer des caméras dans les bureaux de vote, une initiative que ses critiques avaient qualifiée de pratique d’intimidation.

Le message transmis par Netanyahu est complètement différent dans sa campagne la plus récente.

« Les accords de paix que j’ai signés avec les pays arabes ont d’ores et déjà amené des investissements et une coopération qui rapprochent les Juifs et les Arabes et ils en amèneront encore », dit ainsi Netanyahu dans une vidéo de campagne du Likud traduite en arabe, qui a été diffusée en début de semaine. « Si les Juifs et les Arabes peuvent danser ensemble dans les rues de Dubaï, alors ils peuvent danser ensemble aussi au sein de l’État d’Israël ».

« Je sais qu’il y a beaucoup à faire. Je suis personnellement déterminé à garantir votre sécurité personnelle, la sécurité de chacun d’entre vous », ajoute Netanyahu dans le clip, reconnaissant le problème du crime dans les communautés arabes, un dossier majeur qui a été longtemps laissé de côté.

Les communautés arabes d’Israël sont aux prises avec une vague criminelle implacable qui s’est abattue, depuis quelques années, sur les villes mixtes et à majorité arabe au sein de l’État juif.

La semaine dernière, une mère et l’une de ses filles âgée de 14 ans – elle avait une sœur jumelle – ont été abattues dans la ville de Lod, au centre du pays. L’adolescente qui a survécu à l’attaque a été blessée et sa vie est actuellement menacée. Elle est en effet depuis hébergée en lieu sûr.

Ces meurtres ont eu lieu quelques jours après la mort du journaliste Nadal Ighbaria qui a été tué à Umm al-Fahm, une ville du nord du pays.

Selon le groupe Abraham Initiatives, un groupe qui lutte contre les violences au sein de la communauté arabe, au moins 75 Arabes ont été tués dans des crimes violents à ce jour en 2022. 71 était des citoyens du pays.

Neuf victimes étaient des femmes et 64 ont été tués par balle.

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