Elor Azaria accueilli en héros à sa sortie de prison
Rechercher

Elor Azaria accueilli en héros à sa sortie de prison

Une courte peine pour homicide involontaire est une condamnation "normale" pour la justice israélienne, a déploré la mère du Palestinien tué par Elor Azaria

Le soldat israélien condamné pour homicide involontaire pour avoir tué par balle un terroriste palestinien neutralisé a été libéré de prison mardi et accueilli par ses sympathisants comme un héros après avoir purgé neuf mois derrière les barreaux, soit la moitié de sa peine initiale.

Elor Azaria a été porté sur les épaules d’un homme qui faisait partie d’un petit groupe de sympathisants à l’extérieur de sa maison après sa libération et a ensuite défilé dans les rues dans un cortège de voitures et de motocyclettes.

« Nous avons traversé une période très difficile, très difficile », a déclaré Charlie, le père d’Azaria, à ses supporters.

« Aujourd’hui, on fait la fête. Nous continuerons à nous réjouir. Ce n’est ni le moment ni le lieu pour dire ce que nous avons à dire. »

Elor Azaria ne s’est pas adressé à ses sympathisants, mais il leur souriait pendant la manifestation. Certains membres de la famille portaient des T-shirts à l’effigie d’Elor.

Les sympathisants célèbrent la libération de l’ancien soldat de Tsahal Elor Azaria, condamné pour homicide involontaire pour avoir tiré sur un agresseur palestinien désarmé et blessé pendant son service militaire dans la ville de Hébron, en Cisjordanie, après sa sortie de prison et son retour à Ramla, sa ville natale, le 8 mai 2018. (Hadas Parush/Flash90)

L’ancien soldat a d’abord été condamné à 18 mois de prison pour le meurtre d’Abdul Fatah al-Charif en 2016 dans la ville de Hébron, en Cisjordanie. Azaria a été reconnu coupable l’année dernière d’avoir tué Sharif, qui, quelques minutes plus tôt, avait attaqué deux soldats israéliens avec un couteau.

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, Gadi Eizenkot, a ensuite réduit la peine de quatre mois et, en mars, une commission des libérations conditionnelles a ordonné une nouvelle réduction, pour un total de neuf mois.

Azaria a été libéré deux jours avant la date prévue, et au fur et à mesure que la nouvelle s’est répandue, ses supporters ont commencé à se rendre chez lui à Ramla, près de Tel Aviv, y compris le maire de la ville.

Il a été libéré plus tôt de la prison militaire de Tzrifim pour lui permettre d’assister au mariage de son frère mercredi.

Une pancarte à l’extérieur de la maison d’Azaria disait : « Bienvenue, Elor le héros. »

Le ministre de l’Éducation Naftali Bennett, chef du parti de droite HaBayit HaYehudi, a tweeté ses félicitations à Azaria avec une photo de la famille, en disant « C’est bon de vous revoir à la maison ».

Charlie Azaria, père de l’ancien soldat de Tsahal Elor Azaria, s’entretient avec les médias à l’extérieur de la maison familiale à Ramla, après la libération de son fils, le 8 mai 2018. (Hadas Parush/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui avait réclamé la grâce présidentielle pour l’ancien soldat, a déclaré aux journalistes qu’il était « heureux que l’affaire soit terminée ».

« Il n’y a rien à faire »

La libération a suscité la colère des Palestiniens, qui ont qualifié sa peine de scandaleusement courte.

Rajaaa al-Sharif, la mère de l’agresseur palestinien tué par Azaria, a déclaré à l’AFP chez elle à Hébron : « Il n’y a rien à faire. C’est quelque chose de normal pour eux. »

Raja, la mère d’Abdul Fatah al-Sharif (portrait), l’agresseur au couteau palestinien qui a été abattu par le soldat israélien Elor Azaria alors qu’il était blessé au sol en 2016, est assise dans sa maison dans la ville de Hébron, en Cisjordanie, le 8 mai 2018. (HAZEM BADER/AFP)

Le ministère des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne a qualifié la sentence de « raciste ».

Il a accusé Israël d’ « encourager les soldats d’occupation à poursuivre les exécutions sur le terrain de citoyens palestiniens non armés avec une totale impunité et une protection de la part des autorités d’occupation”.

Azaria, qui avait 19 ans au moment des faits en 2016, a commencé à purger sa peine le 9 août 2017.

L’incident du tir a été filmé en vidéo par une ONG de gauche de défense des droits de l’homme et largement diffusé en ligne.

On y voit Sharif, 21 ans, couché au sol, blessé par balle avec un autre Palestinien après avoir poignardé et blessé un soldat, selon l’armée.

Quelque 11 minutes après les premiers coups de feu, Azaria, sergent et ambulancier au moment de l’incident, lui a tiré une balle dans la tête sans menace apparente.

Il a dit qu’il craignait que Sharif porte une ceinture explosive et qu’il puisse se faire sauter, une crainte que les juges ont rejetée.

Elor Azaria, soldat de Tsahal, charge son arme avant de tirer dans la tête d’un terroriste palestinien désarmé et à terre après une attaque à l’arme blanche à Hébron le 24 mars 2016. (Capture d’écran : B’Tselem)

Le procès a passionné Israël et a mis en lumière les profondes divisions dans l’opinion publique entre ceux qui ont dénoncé le tir et ceux qui ont dit qu’il était justifié.

Les officiers supérieurs de l’armée ont fermement condamné le geste d’Azaria, mais les politiciens de droite, dont Netanyahu, ont demandé qu’il soit gracié.

Des comparaisons ont été faites avec les peines infligées aux Palestiniens pour des crimes moins graves.

Ceux qui critiquent la sentence d’Azaria ont notamment pointé du doigt la peine d’emprisonnement de l’adolescente palestinienne Ahed Tamimi.

Elle a été condamnée à huit mois de prison dans le cadre d’une procédure de plaidoyer après qu’une vidéo virale a montré Tamimi, 16 ans à l’époque, giflant deux soldats israéliens en Cisjordanie en décembre.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...