Émeutes au Capitole américain : Le guide des symboles de la haine
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Émeutes au Capitole américain : Le guide des symboles de la haine

De "Q" à "Boogaloo" : Ces emblèmes et ces slogans arborés par les milices complotistes et d'extrême-droite qui apportent leur soutien à Trump

Un blouson Qanon. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images via JTA)
Un blouson Qanon. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images via JTA)

JTA — Le sweat-shirt qui a été particulièrement remarqué dans la foule de partisans de Trump qui ont pris d’assaut le Capitole américain semblait vouloir provoquer la peur.

« Camp Auschwitz », y était-il écrit, avec le message : « Le travail rend libre » – une traduction approximative du message qui accueillait les prisonniers juifs à l’entrée du camp de la mort nazi d’Auschwitz.

À l’arrière du sweat-shirt, la mention : « [Membre du] personnel. »

Les photos de l’homme qui portait le vêtement ne sont que l’un des nombreux exemples de symboles de haine qui ont été affichés par la foule lors des affrontements de mercredi, qui ont pris pour cible le cœur de la démocratie américaine – des violences qui ont entraîné cinq morts et le chaos au sein du Congrès. Des drapeaux confédérés et des représentations de nœud coulant figurent notamment parmi ces symboles de haine arborés par les insurgés au Capitole.

D’autres slogans – écrits sur des drapeaux, des vêtements ou des panneaux – ont eux repris les théories du complot qui circulent dans le pays, ainsi que des idéologies extrémistes.

Voici ce qu’il faut savoir à leur sujet et sur les mouvements d’extrême-droite qu’ils représentent.

Slogans QAnon

Le drapeau QAnon. (Crédit : Win McNamee/Getty Images via JTA)

Des personnes présentes dans la foule ont porté ou brandi des symboles du mouvement complotiste QAnon, pro-Trump, aux clairs relents antisémites. QAnon, qui existe depuis 2017 et compte aujourd’hui des millions d’adhérents, affirme de manière mensongère que des personnalités appartenant aux élites – avec à leur tête les Démocrates – se prêtent à la pédophilie. Selon le mouvement, ces leaders ont ourdi un complot visant à s’attaquer aux enfants afin d’assouvir leurs ardeurs et seraient également déterminés à renverser Trump. Le président américain sortant a salué le mouvement et rendu hommage à ses idées sans fondement.

Voici certains symboles du mouvement QAnon qui étaient présents au Capitole, mercredi.

« Q »

« Q » représente le haut-responsable gouvernemental présumé qui partagerait ses informations d’initié avec les partisans de QAnon par le biais de messages codés publiés sur des sites internet marginaux. Les partisans de QAnon portent souvent des tee-shirts arborant une lettre « Q » de taille démesurée – et plusieurs de ces vêtements ont été vus au Capitole.

« Trust the Plan »

Des manifestants parlent à la police du Capitole à l’intérieur du Capitole américain, le 6 janvier 2021. (Crédit : Win McNamee/Getty Images via JTA)

Alors que les prédictions faites par « Q » se sont avérées mensongères au fil des années – avec notamment l’élection de Biden qui, selon « Q », ne devait pas arriver – de nombreux partisans de QAnon semblent avoir perdu petit à petit leurs illusions. D’autres leur demandent, en retour, de « croire au plan » (« Trust the Plan ») et de conserver leur confiance dans les théories de QAnon. Cette formule est ensuite devenue l’un des slogans utilisés par le mouvement complotiste.

Des logos « Trust the Plan » ont ainsi été vus au Capitole, en référence au « plan » qui, selon les partisans du mouvement, est en train de se dérouler.

« Save the Children »

Une manifestante dans la Chambre du Sénat américain, le 6 janvier 2021. (Crédit : Win McNamee/Getty Images via JTA)

Les messages relatifs aux enfants font partie intégrante de QAnon dans la mesure où le mouvement affirme l’existence d’un réseau pédophile international. Sur la photo ci-dessus, une femme porte un panneau sur lequel est écrit : « Les enfants réclament justice », en référence aux enfants qui, selon les complotistes de QAnon, auraient été enlevés par les Démocrates et les progressistes – et notamment par le milliardaire juif George Soros, cible favorite de l’extrême-droite.

Les néo-nazis

Dans la foule rassemblée mercredi au Capitole, se trouvaient des négationnistes de la Shoah et des néo-nazis. Un activiste d’extrême-droite, connu sous le pseudonyme de « Baked Alaska », a diffusé une vidéo en direct depuis le bureau de Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre. Un autre extrémiste, Nick Fuentes, un nationaliste blanc qui dirige le groupe d’extrême-droite « Groyper Army », se serait trouvé à ses côtés à ce moment-là. Fuentes l’a démenti – mais il était bien aux abords du Capitole mercredi.

Le groupe néo-nazi NSC-131 a aussi rejoint l’insurrection, selon la journaliste Hilary Sargent. « NSC » désigne le groupe « Nationalist Social Club », qui a de petites branches aux États-Unis et à l’étranger. Sa « 131e division » est originaire de Nouvelle-Angleterre.

Dans la vidéo, un manifestant brandit un drapeau qui, selon certains usagers de Twitter, arborait une croix gammée – même s’il est difficile de dire si cela était réellement le cas.

Des drapeaux confédérés et le nœud coulant

Des partisans du président américain Donald Trump lors d’une manifestation dans la rotonde du Capitole, le 6 janvier 2021. (Crédit : Saul Loeb/AFP via Getty Images via JTA)

D’autres drapeaux présents rappelaient l’histoire du suprématisme blanc. Au moins un manifestant a fait entrer un drapeau confédéré dans le bâtiment du Capitole.

Un nœud coulant – un éminent symbole raciste – a lui été placé à l’extérieur. Il a été fabriqué avec les câbles d’une équipe de l’Associated Press, dont le matériel a été détruit par les manifestants devant le Capitole, selon le journaliste Paul McLeod, de BuzzFeed News :

Les symboles de milices anti-gouvernementales

Un drapeau sur lequel est écrit : « Quand la tyrannie devient la loi, alors la rébellion est un devoir » et portant le logo des Three Percenters pendant les émeutes à Washington, le 6 janvier 2021. (Crédit : ATasos Katopodis/Getty Images via JTA)

Un autre symbole prisé par les milices est celui représentant un serpent à sonnette avec le slogan « Don’t Tread on Me » (« Ne me marche pas dessus »). Le drapeau, connu sous le nom de « Gasden flag », symbolise le soutien au droit au port d’armes et aux libertés individuelles. Ce symbole a aussi été utilisé par le groupe « Boogaloo Boys ». Les membres du mouvement sont connus pour porter des chemises hawaïennes (il n’y en avait pas au Capitole) ou des tenues de camouflage (qui étaient nombreuses pour leur part).

Certains manifestants pro-Trump à Washington, le 6 janvier 2021. (Crédit : Joseph Prezioso/AFP via JTA)

Le mouvement « Boogaloo » – qui appelle de ses vœux une deuxième guerre civile dont il serait l’initiateur – a attiré l’attention, l’année dernière, lorsque ses membres se sont faits remarquer lors de mouvements anti-confinement et dans des marches Black Lives Matter. Au moins un homme prônant la guerre civile était présent au Capitole, même s’il n’est pas possible de confirmer à l’heure actuelle qu’il était bien un adhérent du groupe « Boogaloo ».

L’organisation anti-gouvernementale « Oath Keepers », un groupe similaire, selon l’ADL, à celui des « Three Percenters », se trouvait à Washington mercredi et a participé à une manifestation parallèle qui était organisée dans l’Arizona dans la même journée.

Autres symboles d’extrême-droite

Proud Boys

Le drapeau « Don’t Tread on Me » brandi par les milices symbolise le soutien au droit au port d’armes et aux libertés individuelles. (Crédit : Robert Nickelsberg/Getty Images via JTA)

Les membres des « Proud Boys », groupe violent d’extrême-droite auquel Trump avait dit de « reculer et de se tenir prêt » pendant un débat présidentiel organisé au mois de septembre, se distingue en portant des maillots noirs et jaunes Fred Perry ainsi que des casquettes MAGA (Make America Great Again).

Fred Perry, une marque britannique, a fait savoir que ces polos seraient retirés de la vente en raison de leur association avec le groupe.

La présence du fondateur des « Proud Boys », Gavin McInnes, qui avait déclaré qu’il abandonnait le mouvement en 2018, a été remarquée dans la foule réunie devant le Capitole. Le leader actuel du groupe, Enrique Tarrio, avait pour sa part reçu l’ordre de quitter la ville au début de la semaine après avoir été arrêté pour des délits liés aux armes.

Croix de croisés

Les partisans de Trump, dont un porte une croix de croisé, au Capitole américain après un rassemblement avec le président, le 6 janvier 2021. (Crédit : Samuel Corum/Getty Images via JTA)

Le tireur qui a causé le massacre dans une mosquée de Nouvelle-Zélande en 2019 s’était approprié les symboles des Croisades. Ceux-ci sont depuis devenus populaires auprès des groupes d’extrême-droite et ethno-nationalistes. Ces symboles – casques de Templiers de type médiéval ou croix – prétendent annoncer une nouvelle ère de guerres blanches et chrétiennes contre les musulmans et les Juifs.

Le Punisher

Un manifestant lors de l’insurrection « Stop the Count », le 6 janvier 2021. (Crédit : Samuel Corum/Getty Images via JTA)

Le « Punisher », l’anti-héros de bande-dessinée de l’univers Marvel, a été adopté, ces dernières années, par les nationalistes blancs et les néo-nazis, au désespoir de son créateur.

« Le fait que les nationalistes blancs et les néo-nazis se soient emparés de lui est un malentendu tragique », a confié Gerry Conway. « C’est un détournement du personnage et un mépris flagrant de la réalité. »

Les activistes qui luttent contre la circoncision – connus sous le nom « d’intactivistes » – soutiennent l’interdiction de toutes les formes de circoncision. La loi juive exige la circoncision et le mouvement « intactiviste » met souvent en exergue une imagerie antisémite. Une bande-dessinée de ce mouvement nommée « Foreskin Man » présente des super-héros de type aryen, blonds, luttant contre des « mohels » juifs, qui effectuent des circoncisions. L’image ci-dessus montre un manifestant devant la Cour suprême américaine au mois d’octobre, et des panneaux et des vêtements similaires à ceux qui ont été aperçus cette semaine à Washington.

Des citoyens brandissant des panneaux affirmant que « la circoncision est la marque de la bête de Satan » et le message « mettez hors-la-loi la circoncision de Satan » étaient aussi présents à la manifestation de mercredi.

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