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Analyse

En 2022, Tsahal luttera pour chasser Téhéran de Syrie et contre les sites nucléaires

Les militaires travaillent d'arrache-pied à développer une menace crédible contre les structures nucléaire iraniennes tout en se préparant à un potentiel nouveau conflit à Gaza

Judah Ari Gross

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Les agents de police affrontent les émeutiers palestiniens durant des affrontements à proximité du poste de contrôle de Qalandiya en Cisjordanie, aux abords de Ramallah, le 15 décembre 2017 (Crédit : Abbas Momani/AFP)
Les agents de police affrontent les émeutiers palestiniens durant des affrontements à proximité du poste de contrôle de Qalandiya en Cisjordanie, aux abords de Ramallah, le 15 décembre 2017 (Crédit : Abbas Momani/AFP)

L’armée israélienne pense avoir significativement réduit les capacités de transfert d’armes et d’équipements iraniens via la Syrie au cours de l’année passée grâce à ses frappes aériennes, et elle prévoit de continuer à le faire en 2022, a appris le Times of Israël.

Les militaires espèrent aussi que ces attaques vont semer la discorde entre le dictateur syrien Bashar al-Assad et Téhéran.

En même temps, les soldats se préparent d’arrache-pied à des frappes potentielles contre les structures nucléaires de la République islamique – dans un contexte de négociations en cours entre Téhéran et les puissances mondiales sur une reprise de l’accord sur le nucléaire, des pourparlers qui ont lieu à Vienne. L’accord, le JCPOA, prévoit l’arrêt du programme atomique de l’Iran en échange d’un allègement des sanctions imposées au pays.

Tandis que les efforts visant à développer ce que les responsables israéliens qualifient de « menace militaire crédible » contre le programme iranien continuent, et malgré la rhétorique parfois belliqueuse employée par certains politiciens et par des officiers de l’armée israélienne, la possibilité d’une telle attaque de Tsahal reste indéterminée, et ce même si l’Iran devait être sur le point de se doter d’une arme atomique : il y aurait assurément des représailles directes et d’ampleur de la part de l’Iran en cas de frappe, mais également des ripostes de la part des groupes mandataires de Téhéran, ce qui pourrait plonger l’État juif dans une guerre dévastatrice, massive et sur de multiples fronts.

La décision finale portant sur un potentiel passage à l’action dépendra d’une grande variété de facteurs, qui vont du degré du soutien américain apporté à une telle initiative au niveau de préparation des systèmes de défenses antiaériens et des abris antiaériens à une telle opération – et peut-être, plus important encore, de la conviction de l’armée qu’une telle frappe aura vraiment le potentiel de faire reculer et de retarder le programme nucléaire iranien. Dans certaines circonstances, l’armée estime que le coût d’une telle opération peut l’emporter sur les bénéfices qu’elle entraînerait pour la sécurité nationale israélienne.

En plus de se préparer à contrer des menaces régionales plus larges, Tsahal s’attend aussi à consacrer des ressources considérables, l’année prochaine, à contrer le Hamas dans la bande de Gaza – et ce malgré le cessez-le-feu actuel qui a été conclu avec le groupe terroriste au lendemain du conflit d’onze jours qui l’a opposé à Israël, au mois de mai. L’armée est également déterminée à lutter contre les activités terroristes en Cisjordanie, qui a récemment été le théâtre d’une recrudescence des violences – avec des attentats palestiniens contre des Israéliens et des attaques menées par des résidents d’implantations israéliens contre des Palestiniens, une hausse soulignée dans les statistiques militaires.

Tandis que l’année passée a enregistré un nombre historiquement bas d’Israéliens tués lors d’attentats terroristes émanant de Cisjordanie – avec trois victimes –, cette statistique est contrebalancée par le nombre important de personnes tuées, en Israël, par des attaques menées depuis la bande de Gaza, avec 13 personnes mortes pendant les combats du mois de mai (dont 12 civils) et un agent de la police des frontières abattu lors d’émeutes à la clôture de sécurité de l’enclave côtière, au mois d’août.

Certaines victimes des tirs de roquette de Gaza : En haut à gauche, Omer Tabib ; et à droite, Ido Avigal ; deuxième rang à gauche, Leah Yom-Tov ; et à droite, Soumya Santosh ; 3e rang à gauche, Nadeen Awwad ; et à droite, Khalil Awwad ; 4e rang à gauche, Nela Gurvitch ; et à droite, Ramat Gan après la pluie de roquettes. (Crédit : Oren ZIV / AFP)

Dans l’ensemble, Tsahal prévoit une trajectoire positive pour la sécurité israélienne dans l’année à venir. Les militaires pensent que la plus grande partie des ennemis du pays sont aujourd’hui dissuadés d’initier un conflit d’ampleur avec Israël. Les liens croissants entretenus par Jérusalem avec des pays du Moyen-Orient – depuis les nouveaux alliés publics que sont les Émirats arabes unis ou Bahreïn jusqu’aux partenaires plus établis que sont la Jordanie et l’Égypte – apportent à Israël une plus grande capacité d’opération dans la région au sens large. Et, après des années sans budget, celui qui a été adopté récemment au sein de l’État juif offre à l’armée les ressources nécessaires pour négocier des contrats à long-terme dans le secteur de la Défense aux États-Unis et sur le territoire israélien, ce qui permettra de garantir que les militaires auront en leur possession les armes et les systèmes dont ils auront besoin pour les années à venir.

Perturbations des chaînes d’approvisionnement

Selon les estimations de l’armée israélienne, l’Iran a été dans l’incapacité de transférer ses systèmes d’armement dans la région – par voie aérienne, terrestre ou par voie maritime – dans environ 70 % des cas grâce à l’intervention d’Israël, et les capacités de transfert de Téhéran sont restées limitées le reste du temps. En résultat, le nombre de systèmes d’armes avancées ou stratégiques a baissé en Syrie, estime l’armée.

« L’augmentation du nombre d’opérations, l’année dernière, a entraîné des perturbations significatives sur les itinéraires utilisés par nos ennemis pour amener des armes sur les différents fronts », a commenté le chef d’État-major Aviv Kohavi lors d’une conférence de presse faisant le bilan de l’année.

En 2021, l’armée a effectué des dizaines de frappes sur des cibles en Syrie, utilisant des centaines de bombes – un nombre d’opérations en légère augmentation depuis 2020 mais qui a néanmoins été multiplié par deux par rapport à 2019.

La Syrie a récemment accusé l’État juif d’avoir procédé à une frappe rare, mardi, sur le port de Lattaquié, un secteur auquel Israël avait évité de s’en prendre jusqu’à présent en raison de la présence de forces russes à proximité. Il y avait eu une première attaque sur le port au début du mois de décembre, ce qui laisse penser que Moscou a apporté un certain feu vert à ces opérations.

L’armée israélienne ne pense pas pouvoir bloquer totalement les efforts livrés par l’Iran pour transférer des armes avancées à ses groupes mandataires mais elle espère pouvoir limiter ces approvisionnements dans la mesure du possible. En plus de ses frappes directes contre des caches d’armes iraniennes et contre les structures qui, en Syrie, sont liées à la République islamique, les militaires cherchent également à faire payer à Damas le prix de son autorisation donnée à l’Iran de s’implanter sur le territoire syrien, tentant ainsi de convaincre Assad d’ôter son soutien à Téhéran – ou tout du moins de le réduire. Cet effort se traduit à travers les frappes commises contre les systèmes antiaériens syriens et contre les bases des unités militaires qui, en Syrie, coopèrent avec les Gardiens iraniens de la révolution.

Plus d’une décennie après le début de la guerre civile syrienne, Assad contrôle aujourd’hui approximativement les deux tiers du pays, le reste du territoire se trouvant entre les mains des rebelles syriens, des forces kurdes, de la Turquie ou des États-Unis (c’est le cas de la région de Tanf, dans l’est de la Syrie, où se trouve une base américaine).

Alors qu’Assad cherche à rétablir sa souveraineté sur cette partie du pays, l’armée israélienne espère qu’il commencera à s’opposer aux activités iraniennes, là-bas – même s’il est improbable qu’il expulse complètement les milices soutenues par l’Iran, sur lesquelles il s’est appuyé au cours des dix dernières années.

Si Israël voudrait voir le départ de toutes les forces soutenues par l’Iran en Syrie, le pays se préoccupe davantage de leur présence et de la présence des soldats du Herzbollah le long de la frontière avec le Golan et consacre des efforts considérables à la nécessité de les en faire partir, attaquant leurs positions et celles des unités syriennes qui les laissent s’installer là-bas.

Tandis qu’il reste des forces du Hezbollah à la frontière, l’armée estime que ses opérations ont empêché le groupe terroriste de déployer le nombre de soldats et d’armements qu’il avait envisagé sur la frontière.

Se préparer pour une frappe qui pourrait ne jamais arriver

L’armée continuera à se préparer à attaquer les structures nucléaires iraniennes l’année prochaine. Elle prévoit d’organiser un exercice de simulation d’un tel raid au printemps prochain, et elle s’efforce actuellement d’entrer en possession de toutes les munitions nécessaires à une telle opération.

Si Tsahal estime pouvoir mener une action militaire contre le programme nucléaire de la République islamique à court-terme, une telle action n’aurait probablement qu’un effet limité.

Par exemple, actuellement, l’armée israélienne a la capacité de bombarder le site d’enrichissement d’uranium de Natanz, en Iran – une cible plus facile, alors même que ses installations souterraines se trouvent suffisamment proches de la surface pour être détruites lors d’une attaque. Toutefois, le site de Fordo, un site souterrain creusé en profondeur sous une montagne de pierres, serait beaucoup plus difficile à toucher sans utiliser les bombes très lourdes et très puissantes de type anti-bunker que l’État juif n’est pas nécessairement en mesure de transporter.

Il faudrait plusieurs mois et probablement plus d’un an pour développer les capacités qui permettraient de mener une frappe plus large et qui serait susceptible de faire reculer le programme nucléaire de l’Iran de plusieurs années. Même si un raid comme celui-ci a également un effet de dissuasion en décourageant la reprise de nouvelles activités d’enrichissement, même l’attaque la plus complète ne ferait que retarder l’aboutissement du programme nucléaire dans la mesure où elle ne ferait pas disparaître les connaissances et l’expérience technique que les scientifiques iraniens ont d’ores et déjà amassées.

Cette photo publiée le 2 juillet 2020 par l’Organisation iranienne de l’énergie atomique montre un bâtiment après qu’il ait été endommagé par un incendie, à l’installation d’enrichissement d’uranium de Natanz, à quelque 322 kilomètres au sud de la capitale Téhéran, en Iran. (Crédit : Organisation iranienne de l’énergie atomique via AP)

Le budget national qui vient d’être approuvé – et qui prévoit une hausse significative des dépenses liées à la défense, avec une partie spécifiquement allouée à une telle attaque – a permis aux militaires d’intensifier ces efforts, n’achetant pas seulement les munitions nécessaires mais renforçant également les systèmes de défense anti-aériens dont l’importance serait cruciale pour défendre le pays contre les représailles attendues.

« Le plan de renforcement des forces de Tsahal a avancé de manière très nette et à un rythme accéléré au cours de l’année passée », a déclaré Kohavi cette semaine. « Au centre de ce renforcement, une amélioration notable dans le nombre de cibles ennemies qui ont été identifiées et dans le secteur des renseignements ; la finalisation d’accords visant à augmenter de manière significative le nombre de bombes et de missiles intercepteurs ; l’avancée des plans portant sur un réseau national de défense antiaérienne et l’amélioration de nos systèmes de communication ».

Plus près de chez nous

Seulement six mois après la guerre qui a opposé l’armée israélienne aux groupes terroristes de la bande de Gaza pendant onze jours, les militaires ont noté le faible nombre de roquettes envoyées vers le territoire israélien depuis la fin des combats, à la fin du mois de mai : il y a eu cinq roquettes seulement qui ont été tirées depuis la bande pendant les six derniers mois, contre 22 lancées dans les six mois qui avaient suivi la guerre de 2014 à Gaza.

L’armée attribue ce calme à deux facteurs : le premier, les politiques civiles du gouvernement en direction de Gaza ont lentement permis à l’enclave assiégée et en forte difficulté économique de se reconstruire, et le second, les menaces militaires de dures ripostes en réponse aux attaques de la bande – dont ils ont par ailleurs fait la démonstration suite au conflit en lâchant environ 80 tonnes de bombes sur les structures du Hamas en réponse aux quelques attaques à la roquette et aux ballons incendiaires.

Des roquettes en provenance de Gaza, à droite, dans le ciel nocturne tirées en direction d’Israël depuis Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, le 14 mai 2021, tandis que des missiles d’interception du Dôme de Fer, à gauche, se dressent à leur rencontre. (Crédit : Anas Baba/AFP)

Parallèlement, l’armée a rencontré un certain nombre de difficultés lors du conflit de mai, connu en Israël sous le nom d’opération « Gardien des remparts », notamment pour empêcher le Hamas et le Djihad islamique palestinien de tirer des roquettes sur le front intérieur israélien. Bien qu’environ 90 % des roquettes se dirigeant vers des zones civiles aient été interceptées, le grand nombre de projectiles tirés a permis à beaucoup d’entre elles de passer au travers. L’armée dit avoir amélioré sa capacité à localiser les sites de lancement et à les détruire pendant les combats, mais cela reste un sujet de préoccupation. Une équipe spécialisée a été créée au sein de l’état-major de Tsahal pour s’attaquer à ce problème, en développant de nouvelles technologies et tactiques pour contrer la menace.

La Cisjordanie reste une source de préoccupation majeure pour l’armée israélienne. L’année dernière, la violence y a connu une hausse significative, avec deux fois plus d’attaques à l’arme à feu et à l’arme blanche signalées en 2021 par rapport à l’année précédente, (61 et 18 respectivement, contre 31 et neuf en 2020). Le nombre de jets de pierres documentés a également augmenté de près de 40 % et celui des attentats à la bombe incendiaire de 33 %, selon les statistiques de Tsahal.

Les agents de police affrontent les émeutiers palestiniens durant des affrontements à proximité du poste de contrôle de Qalandiya en Cisjordanie, aux abords de Ramallah, le 15 décembre 2017 (Crédit : Abbas Momani/AFP)

L’armée attribue une grande partie de cette augmentation aux niveaux de violence plus élevés qui ont également été observés en Cisjordanie pendant l’opération « Gardiens des murs », mais une partie de cette augmentation est également le résultat de troubles plus récents. Depuis l’automne, avec la récolte annuelle des olives, l’armée a constaté une augmentation de la violence des extrémistes israéliens contre les Palestiniens – et dans certains cas contre les forces de sécurité israéliennes – ainsi qu’une augmentation de la violence palestinienne contre les résidents des implantations israéliennes.

L’armée a été critiquée pour avoir régulièrement échoué à empêcher les attaques israéliennes contre les Palestiniens. Bien que les responsables de Tsahal reconnaissent que les soldats pourraient faire davantage sur ce front, l’armée préfère généralement que la police israélienne dirige cet effort.

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