En Arabie saoudite, d’anciens sites juifs nous appellent
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En Arabie saoudite, d’anciens sites juifs nous appellent

Pour l’instant, les Israéliens ne sont pas autorisés dans le royaume, et les juifs sont au mieux admis à contre cœur. Mais avec un possible réchauffement des relations, une histoire juive datant de plusieurs millénaires pourrait bientôt être plus accessible

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Vue de Tema, son nom biblique, au nord ouest de l'Arabie saoudite. (Crédit : Madain Saleh/WikiCommons)
Vue de Tema, son nom biblique, au nord ouest de l'Arabie saoudite. (Crédit : Madain Saleh/WikiCommons)

L’Arabie saoudite n’est pas au sommet de la liste des destinations de voyage juives.

Il n’y a pas eu d’activité juive organisée dans le pays depuis 70 ans. Même si une délégation saoudienne s’est rendue en Israël le mois dernier, quiconque possédant un passeport israélien n’a pas le droit d’entrer dans le pays, puisque les deux états n’ont pas de relation diplomatique.

Pour 2014, les juifs sont à présent, de manière non officielle, autorisés à y travailler, mais pas à y prier.

Et pourtant, il y a 3 000 ans, au moment de l’époque du Premier Temple, une communauté juive forte et dynamique vivait dans la région qui est aujourd’hui l’Arabie saoudite.

Et aux 6e et 7e siècles, il y avait une population juive considérable à Hedjaz, principalement autour de La Mecque, de Khaybar et de Tayma. Hedjaz représente la plupart de la partie occidentale de l’Arabie saoudite moderne, et est centrée sur les deux villes musulmanes les plus saintes, La Mecque et Médine.

L'ancien général, le Dr Anwar Eshki (au centre avec une cravate rayée), et d'autres membres de la délégation saoudienne  ont rencontré des députés et des responsables israéliens au cours d'une visite en Israël, le 22 juillet 2016. (Crédit : Twitter)
L’ancien général, le Dr Anwar Eshki (au centre avec une cravate rayée), et d’autres membres de la délégation saoudienne ont rencontré des députés et des responsables israéliens au cours d’une visite en Israël, le 22 juillet 2016. (Crédit : Twitter)

Le rabbin Benjamin de Tudèle d’Espagne, voyageur juif du Moyen Age, est allé rendre visite, pendant un voyage en Terre Sainte entre 1165 et 1173, aux vastes communautés juives qui vivaient dans ce qui est aujourd’hui la région géographique de l’Arabie saoudite.

Il a documenté son voyage, décrivant les endroits visités et les personnes rencontrées, et fournissant une analyse démographique des juifs de chaque ville et chaque pays. Tayma et Khaybar, où il s’est rendu, sont deux oasis qui ont été habitées par la communauté parce qu’elles étaient situées sur une route cruciale entre la côte de la mer Rouge de la péninsule arabique et la vallée du Nil.

Benjamin de Tudèle dans le Sahara, au 12e siècle, dans une gravure de Dumouza. (Crédit : WikiCommons)
Benjamin de Tudèle dans le Sahara, au 12e siècle, dans une gravure de Dumouza. (Crédit : WikiCommons)

Des sites historiques relevant de l’expérience juive antique existent toujours. Les Saoudiens réchauffant peut-être leur relation avec Israël (l’ancien général saoudien Anwar Eshki, qui a mené la récente délégation en Israël, avait aussi rencontré en public l’année dernière Dore Gold, peu avant sa nomination comme directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères), le moment où ces sites seront plus accessibles pourrait se rapprocher.

Il existe cinq sites juifs importants en Arabie saoudite, à apprécier sur internet pour l’instant, et peut-être bientôt de près dans un futur proche :

1. Khaybar est situé dans une vallée avec des parois naturelles qui ont irrigué la région depuis l’Antiquité, permettant la culture de dattes connues dans tout le pays.

L’oasis a fait de Khaybar un arrêt régulier le long de la route commerciale de l’encens entre le Yémen et le Levant, ce qui explique pourquoi elle accueillait une communauté juive à l’époque.

Les visiteurs peuvent aussi s’arrêter au cimetière juif, où se trouvent des tombes vieilles de 1 400 ans sans aucune pierre tombale mais connues localement pour leur histoire juive.

2. Il y a aussi la forteresse de Khaybar, perchée sur une colline surplombant l’oasis, qui a au moins 1 400 ans. Les premiers témoignages de sa construction remontent à la bataille de Khaybar, quand le prophète Mahomet et son armée ont envahi et conquéri Khaybar. C’est le neveu et gendre de Mahomet, Ali, qui a pu déverrouiller la porte de la forteresse pour permettre aux armées musulmanes de finalement conquérir la place forte. Elle a été reconstruite et réutilisée plusieurs fois, mais est toujours généralement appelée la forteresse des juifs.

La forteresse de Khaybar (Crédit : WikiCommons)
La forteresse de Khaybar (Crédit : WikiCommons)

3. Le palais de la tête de la tribu juive est aussi situé à Khaybar, et a abrité la tribu juive de Marhab. La tribu était connue pour sa richesse, acquise en vendant de l’or et des bijoux, et le palais dans lequel elle vivait est au-dessus de la ville, à environ 10 minutes du centre.

4. A Tayma, à laquelle on fait souvent référence comme à une ville fortifiée appartenant aux juifs, la plupart des voyageurs s’arrêtent à la formation rocheuse al-Naslaa, située dans l’oasis de Tayma. Elle est connue pour porter l’un des pétroglyphes les plus photogéniques, décrivant la vie des communautés anciennes. Al-Naslaa est aussi connue pour sa fente parfaite et naturelle entre les deux pierres de soutien. Les experts disent que la cause de cette fente parfaite pourrait être que le sol s’est légèrement déplacé sous l’un des deux soutiens.

5. Au centre de Tayma, on trouve Bir Haddaj, un large puits ayant environ 2 500 ans, datant au moins du milieu du sixième siècle avant l’ère commune. Il n’a pas été utilisé avant les années 1950, quand il a été réparé puis restauré dans son apparence précédente.

Le puits est mentionné dans le Livre d’Isaïe comme l’endroit où les descendants du fils d’Ismaël, Tema, ont vécu : « A celui qui a soif, apportez-lui de l’eau ! Les habitants de la terre de Tema ont rencontré le fugitif avec son pain. »

Il y aussi la célèbre stèle de Tayma, qui porte des inscriptions en araméen et est à présent au Louvre. Des milliers d’autres inscriptions araméennes trouvées dans la région sont également exposées au musée de la ville.

La stèle de Tayma, qui porte des inscriptions en araméen, est à présent au Louvre. (Crédit : Jastrow/Wikipedia)
La stèle de Tayma, qui porte des inscriptions en araméen, est à présent au Louvre. (Crédit : Jastrow/Wikipedia)
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