En congrès virtuel, les travaillistes anglais veulent panser leurs divisions
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En congrès virtuel, les travaillistes anglais veulent panser leurs divisions

Cette grand-messe de rentrée virtuelle de la principale formation d'opposition est la première depuis la lourde défaite du Labour aux législatives de décembre

Keir Starmer prononce un discours sur le Brexit à Harlow, en Angleterre, le 5 novembre 2019. (Crédit : AP/Matt Dunham)
Keir Starmer prononce un discours sur le Brexit à Harlow, en Angleterre, le 5 novembre 2019. (Crédit : AP/Matt Dunham)

Le Parti travailliste britannique ouvre dimanche son congrès annuel pour la première fois en ligne, coronavirus oblige, tentant d’oublier ses divisions et son cuisant échec électoral, après le recentrage opéré par son nouveau chef Keir Starmer.

Cette grand-messe de rentrée virtuelle de la principale formation d’opposition, prévue jusqu’à mardi, est la première depuis la lourde défaite du Labour aux législatives de décembre face aux conservateurs du Premier ministre Boris Johnson et l’arrivée consécutive de Keir Starmer à la tête du parti.

Ce centriste et europhile a été élu haut la main par les militants en avril, succédant au très à gauche et controversé Jeremy Corbyn, s’engageant à relancer la formation d’opposition, affaiblie et divisée sur le Brexit, le positionnement économique du parti et sa gestion de l’antisémitisme en son sein. 

Malgré des « tensions » qui demeurent, « il a été capable d’éviter que le parti ne s’enfonce encore plus dans les divisions internes » ayant marqué l’ère Corbyn, indique à l’AFP Simon Usherwood, professeur de politique à l’université de Surrey.

Le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn (à droite) s’entretient avec son secrétaire adjoint pour le Brexit, Keir Starmer, lors d’une conférence de presse à Londres, le 6 décembre 2019. (Crédit

Premier ministrable

La crise sanitaire liée au SARS-CoV-2, que le gouvernement conservateur est accusé d’avoir mal gérée, faisant du Royaume-Uni le pays le plus endeuillé d’Europe avec près de 42 000 morts, a apporté un appui inattendu à l’ancien avocat de 58 ans. 

« Le fait que le gouvernement ait tant de problèmes a aidé, il est beaucoup plus facile de focaliser le parti sur les attaques contre les tories que de s’attarder sur des divergences internes », souligne Simon Usherwood.

Les attaques contre Boris Johnson à la chambre des Communes, à qui Keir Starmer reproche le manque d’équipements de protection pour les soignants, un système de dépistage déficient ou encore de nombreux revirements embarrassants, lui valent même de se tailler un costume de Premier ministrable. 

Selon un sondage YouGov publié jeudi dernier, seuls 30 % des Britanniques estiment que l’exécutif a bien géré la crise, contre 68 % qui se montrent critiques. Et pour la première fois depuis l’arrivée de Boris Johnson au pouvoir à l’été 2019, un sondage publié fin août plaçait travaillistes et tories au coude à coude en termes d’intention de vote. 

Jeremy « Corbyn était très fort pour mobiliser une certaine frange des soutiens au Labour, mais il manquait de crédibilité comme Premier ministre », estime Simon Usherwood. 

Deux femmes portent des masques de protection en pleine pandémie de coronavirus, à Londres, le 22 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Kirsty Wigglesworth)

« Gravir une montagne »

Keir Starmer en a remis une couche avant l’ouverture du congrès, reprochant au gouvernement d’être un frein pour le Royaume-Uni en raison de son « incompétence ». 

Pour lui, ce sera l’occasion de montrer au pays ce que le Labour peut lui offrir : « Un nouveau leadership. » Même si, concède-t-il, le parti doit encore « gravir une montagne » pour espérer accéder au pouvoir lors des prochaines législatives, prévues en 2024. 

Mardi, après les allocutions d’autres poids lourds du parti les jours précédents, le chef de l’opposition doit exposer sa vision pour le Royaume-Uni, se posant clairement comme l’antithèse de Boris Johnson. « Il utilisera son discours pour renforcer sa réputation déjà établie de leader compétent », anticipe Steven Fielding, professeur d’histoire politique à l’université de Nottingham, interrogé par l’AFP. 

Pour la première fois depuis longtemps, le Brexit, source de profondes dissensions au sein des travaillistes, devrait rester au second plan : il s’agit de reconquérir les classes populaires, massivement séduites par le discours anti-UE de Boris Johnson, et dont le vote sera décisif.

Mais si Keir Starmer se veut rassembleur, il continue aussi de marcher sur des œufs. Il se gardera d’entrer trop dans les détails, estime le politologue, de crainte de s’aliéner les militants très attachés au programme radical défini sous Jeremy Corbyn, prévoyant des nationalisations massives.

« La majorité des membres du Parti travailliste est maintenant disposée à donner à Keir Starmer une chance pour voir comment il peut rassembler le parti et le développer », analyse John McDonnell, chargé des finances sous l’ancien leader, dans le journal italien La Repubblica. Mais elle ne souhaite « aucun recul par rapport au radicalisme de Jeremy Corbyn », prévient-il.  

À l’aile gauche, « il y a une forte crainte (…) qu’il emmène le parti dans une direction plus modérée », abonde Steven Fielding, ce qui rouvrirait la boîte de Pandore des divisions. 

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