En courtisant Kissinger, Clinton risque-t-elle de perdre la gauche ?
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En courtisant Kissinger, Clinton risque-t-elle de perdre la gauche ?

En cherchant les soutiens d'anciens républicains, la candidate démocrate peut s'aliéner les partisans de Bernie Sanders

La secrétaire d'Etat américaine d'alors Hillary Clinton et l'ancien secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger au Département d'Etat à Washington  le 20 avril 2011 (Crédit photo: JEWEL SAMAD / AFP / Getty Images via JTA)
La secrétaire d'Etat américaine d'alors Hillary Clinton et l'ancien secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger au Département d'Etat à Washington le 20 avril 2011 (Crédit photo: JEWEL SAMAD / AFP / Getty Images via JTA)

WASHINGTON (JTA) – Si Hillary Clinton courtise véritablement Henry Kissinger, qu’adviendra-il de sa relation avec Bernie Sanders ?
 
Les informations selon lesquelles la candidate démocrate recherche activement le soutien de Kissinger, qui, comme elle, est un ancien secrétaire d’Etat, et d’autres anciens politiciens républicains ont sonné l’alarme dans les rangs de la gauche.

Cela a également été une occasion pour Donald Trump, le candidat républicain, qui a mis dans le même panier ses détracteurs républicains et Clinton tous présentés comme une élite qui a conduit les Etats-Unis dans des guerres désastreuses.

La question est de savoir si un appui de Kissinger brisera la fragile coalition que Clinton a forgée suite à la convention démocrate avec son ancien rival Sanders et ses partisans.

Le site Politico a rapporté lundi que la campagne de Clinton avait « envoyé des ballons d’essai » à Kissinger et à d’autres anciennes personnalités républicaines qui n’on pas encore exprimé leur soutien à Trump.

Clinton espère saisir le mécontentement républicain envers un candidat qui a remis en question la nécessité de nombreuses alliances de longue date et semble avoir des relations amicales avec Vladimir Poutine, le président russe et redoutable adversaire des Etats-Unis.

« Nous sommes convaincus qu’il serait un président dangereux et mettrait en péril la sécurité nationale et le bien-être de notre pays », ont déclaré dans un communiqué publié cette semaine des dizaines de républicains qui ont servi dans des postes diplomatiques et de sécurité nationale dans les administrations précédentes, comme cela a d’abord été rapporté dans le New York Times.

Délégués soutenant le sénateur Bernie Sanders lors du premier jour de la Convention démocrate au Wells Fargo Center, le 25 juillet 2016 à Philadelphie  (Crédit photo: Win McNamee / Getty Images / AFP)
Délégués soutenant le sénateur Bernie Sanders lors du premier jour de la Convention démocrate au Wells Fargo Center, le 25 juillet 2016 à Philadelphie (Crédit photo: Win McNamee / Getty Images / AFP)

Les signataires ne se sont pas engagés à voter pour Clinton, mais ont promis de ne pas voter pour Trump.

Un baiser de Kissinger risque cependant d’être empoisonné pour Clinton. Malgré son aura d’homme d’Etat experimenté, le rôle de Kissinger pendant les administrations Nixon et Ford dans les opérations de bombardement en Asie du Sud-Est et dans le soutien aux régimes fascistes d’Amérique latine fait de lui un anathème pour la gauche.

« L’obsession de la campagne de Clinton pour Henry Kissinger est devenue incontrôlable », lit-on dans the New Republic, en référence à l’article de Politico.

« Si Hillary Clinton cherche (ou accepte) un soutien d’Henry Kissinger, elle a perdu mon vote », a écrit Charles Pierce, un chroniqueur influent d’Esquire qui pendant les primaires avait défendu Clinton contre les attaques des partisans de Sanders.

Les porte-paroles de Sanders, un sénateur indépendant du Vermont et le premier candidat juif à remporter des primaires dans plusieurs Etats, n’ont pas répondu aux demandes de commentaires. JTA s’est tourné vers le QG de campagne de Sanders, ainsi que vers son bureau au Sénat.
 
Matt Duss, président de la Fondation pour la paix au Moyen-Orient, qui a été chargé par l’equipe de Sanders pour parler au comité de rédaction de la plate-forme du parti, a déclaré que les craintes sont que Clinton pourrait représenter une résurrection de politiques que le président Barack Obama, un adversaire de la guerre en Irak, a contribué à marginaliser avec son élection en 2008.

« Je pense que beaucoup de progressistes comprennent la nécessité de construire la coalition la plus large possible pour éviter la catastrophe d’une présidence de Trump », a dit Duss. « Mais ils sont inquiets que Clinton cherche le soutien de tout un groupe de personnes dont les idées se sont avérées tout à fait désastreuses pour la politique étrangère américaine. »

Donald Trump, candidat républicain à la présidentielle, pendant un meeting de campagne à Concord, en Caroline du Nord, le 7 mars 2016. (Crédit : AFP/Sean Rayford/Getty Images)
Donald Trump, candidat républicain à la présidentielle, pendant un meeting de campagne à Concord, en Caroline du Nord, le 7 mars 2016. (Crédit : AFP/Sean Rayford/Getty Images)

David Makovsky, chercheur à l’Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient, estime que les mésaventures perçues de Kissinger sont trop éloignées dans le temps pour avoir un impact si Clinton obtenait son soutien.

« Kissinger s’est imposé comme le Grand sage de l’Amérique, » a-t-il dit. « Ce n’est pas étrange qu’elle sollicite son soutien. »

En plus de Kissinger, Politico rapporte que Clinton, qui était secrétaire d’Etat pendant le premier mandat d’Obama et qui a le soutien de sa seule prédécesseur démocrate encore en vie, Madeleine Albright, chercherait également ceux des secrétaires d’Etat républicains encore en vie dont James Baker (sous le président George H.W. Bush), George Shultz (sous Ronald Reagan) et Condoleezza Rice (sous George W. Bush).

Aaron David Miller, un ancien négociateur au Moyen-Orient qui a entre autres travaillé pour Baker et Albright, a dit qu’un tel soutien collectif pourrait aider Clinton, qui dépasse Trump dans les sondages, en particulier s’il était programmé pour septembre, lorsque les électeurs ont tendance à accorder plus d’attention aux soutiens aux candidats.

« Dans le contexte d’une campagne de Trump qui a lamentablement échoué à démontrer sa compétence en matière de politique étrangère, obtenir les soutiens de gens qui ont occupé le poste, constitue un avantage », a déclaré Miller, aujourd’hui vice-président du Wilson Center, un club de réflexion sur la politique internationale. « Un avantage, pas un gros avantage. »

La course de Clinton aux soutiens de faucons en politique étrangère n’est pas seulement un phénomène post-convention.

Kissinger a fait l’objet d’un moment de débat tendu entre Sanders et Clinton pendant les primaires après qu’elle ait dit dans un précédent débat qu’elle s’adresserait à Kissinger pour obtenir des conseils.

« Je crois qu’Henry Kissinger était l’un des secrétaires d’Etat les plus destructeurs de ce pays », a déclaré Sanders dans le débat de février. « Je suis fier de dire qu’Henry Kissinger n’est pas mon ami, je ne vais pas prendre conseil auprès d’Henry Kissinger. »

Clinton a dit qu’elle n’était pas d’accord sur tout avec Kissinger, mais a noté son rôle dans l’apaisement de la guerre froide avec la Chine comme quelque chose que d’autres devraient imiter.

« Son ouverture à la Chine et les relations qui ont suivi avec les dirigeants chinois est une relation incroyablement utile pour les États-Unis d’Amérique », a-t-elle expliqué. « C’est un monde très compliqué là-bas. »

Le représentant Eliot Engel, le démocrate au plus haut niveau à la commission des Affaires étrangèress de la Chambre des Représentants, a déclaré que l’exigence primordiale d’empêcher Trump d’accéder à la présidence en raison de ses opinions de politique étrangère devrait l’emporter sur toute considération politique.

« Tout est un calcul de politique ; parfois, il faut faire le calcul de ce qui est bon pour le pays, » a dit Engel, ajoutant que les positions de Trump sur l’OTAN et la prolifération nucléaire » me font peur à mort. » Trump avait déclaré que les positions de l’OTAN ne sont plus pertinentes et qu’il ne s’oppose pas à la prolifération nucléaire.

Trump, comme Clinton, a rencontré et sollicité le soutien de Kissinger. Mais Trump a également pris pour cible le nombre croissant de républicains qui ont dit qu’ils ne voteront pas pour lui en les comparant à Clinton et les blâmant collectivement pour ce qu’il affirme être l’état dangereux du monde.

Cela a été le ton de la réaction de sa campagne à la lettre ouverte des dizaines de personnalités républicaines ayant travaillé pour la sécurité nationale qui rejettent sa campagne.

« Les noms figurant dans cette lettre sont ceux dont le peuple américain devrait exiger des réponses à la question de savoir pourquoi le monde est un tel gâchis, et nous les remercions d’être venus pour que tout le monde sache qui est à blâmer pour avoir fait du monde un endroit aussi dangereux, » a dit le QG de campagne de Trump.

« Ils ne sont rien de plus que l’élite de Washington qui a échoué et qui cherche à conserver son pouvoir, et il est temps qu’ils soient tenus responsables de leurs actions. »

Le QG n’a pas répondu à une demande de plus amples commentaires.

Aaron Keyak, un stratège démocrate qui, par son cabinet, Bluelight Strategies, conseille des organisations juives, dit que les jeunes électeurs qui ne souviennent guère des péchés de Kissinger seront probablement plus impressionnés par la défection des républicains.

« Les élections ne se gagnent pas à l’extrême gauche ou à l’extrême droite, elles se gagnent au centre, et les électeurs qu’il faut convaincre au Colorado, en Floride et en Pennsylvanie ne sont pas des électeurs de Bernie, » a-t-il ajouté, faisant référence aux Etats hésitants.

Dans tous les cas, dit Keyak, les partisans de Sanders sont plus motivés par des questions de politique intérieure, comme un salaire minimum plus élevé et la limitation du financement des campagnes.

« Un grand nombre de ces partisans de Bernie sont interessés par les questions économiques, et par l’emploi, qui sont des thèmes qu’Hillary a en grande partie repris, » a-t-il dit.

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