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En Égypte, l’eau potable file dans des tuyaux percés

Ce que les experts appellent "l'eau non-facturée" provoque chaque année la perte de dizaines de milliards de mètres cubes sur tout le globe

Des garçons jouant près d'épais arbustes qui montent de l'eau jusqu'à la taille en direction du dôme Al-Ashraf Khalil du XIIIe siècle, dans le quartier historique de la capitale égyptienne, le 9 août 2023. (Crédit : Khaled Desouki/AFP)
Des garçons jouant près d'épais arbustes qui montent de l'eau jusqu'à la taille en direction du dôme Al-Ashraf Khalil du XIIIe siècle, dans le quartier historique de la capitale égyptienne, le 9 août 2023. (Crédit : Khaled Desouki/AFP)

Au pied d’un mausolée du XIIIe siècle dans le Vieux Caire, des herbes folles poussent dans une mare boueuse : la preuve que des tuyaux percés laissent s’échapper une bonne part de l’eau potable du plus peuplé des pays arabes en pleine crise hydrique.

Ces percées vertes qui bordent le mausolée d’al-Achraf Khalil et ses délicates calligraphies coraniques ne sont pas enracinées « dans une source naturelle mais dans de l’eau amenée artificiellement », a expliqué à l’AFP l’architecte May al-Ibrashy.

Cette spécialiste de la préservation du patrimoine a testé avec son équipe les mares stagnant au pied des monuments non rénovés du quartier historique d’al-Khalifa.

« À chaque fois, le résultat est le même : c’est de l’eau potable mélangée à des eaux usées, c’est la preuve qu’il y a des fuites » dans les tuyaux qui alimentent les plus de 20 millions d’habitants de la deuxième plus grande capitale d’Afrique, a-t-elle dit.

Avec près d’un mètre d’eau accumulé dans le sous-sol, les mosquées et autres mausolées du Vieux Caire, construits en contrebas de la rue, sont la manifestation la plus extrême du phénomène.

Réseau vétuste et stress hydrique

Les chiffres officiels sont formels : sur l’année fiscale 2021/2022, 26,5 % de l’eau potable produite en Égypte n’est jamais arrivée au consommateur, déjà écrasé par la rareté hydrique dans un pays qui pourrait « ne plus avoir d’eau en 2025 » selon l’ONU.

Pour les experts, cette proportion pourrait être plus grande encore.

« La production de la compagnie publique d’eau ne correspond pas à la consommation enregistrée, c’est donc qu’une partie de l’eau se perd dans les sols », a expliqué Mohamed Hassan Tawfik, expert en gestion de l’eau.

Ce que les experts appellent « l’eau non-facturée » provoque chaque année la perte de dizaines de milliards de mètres cubes sur tout le globe.

D’épais arbustes remontant de l’eau jusqu’à la taille vers le dôme al-Ashraf Khalil du XIIIe siècle dans le quartier historique de la capitale égyptienne, le 9 août 2023. (Crédit : Khaled Desouki/AFP)

En Égypte, selon Tawfik, « ces fuites arrivent parce que le réseau de tuyaux est déliquescent et plein de trous et parce que de l’eau est volée » par des branchements sauvages sur le réseau public.

La Compagnie des Eaux, elle, refuse tout commentaire.

Dans les mégalopoles comme Le Caire – où 23,5 % de l’eau potable se perd – les gouttes partent « dans le no man’s land du sous-sol », a souligné Ibrashy, entre canalisations et bâtiments non entretenus.

Et la situation est pire encore dans les régions de Suez et de Port-Saïd sur le canal de Suez dans l’Est, avec plus de deux tiers de pertes, selon les chiffres officiels.

Un gaspillage inacceptable dans un pays qui traverse la pire crise économique de son histoire, estime Tawfik, doctorant à l’Université néerlandaise de Wageningen.

D’une part, dit-il, l’Égypte ne peut pas « payer pour produire de l’eau qui ne sert à personne ». Et d’autre part, chaque goutte compte dans un pays où un habitant n’a accès qu’à 550 mètres cubes d’eau par an – soit deux fois moins que le seuil de l’insécurité hydrique.

En 2025, les autorités anticipent que ce chiffre tombera à 500 mètres cubes.

Nouveaux espaces verts 

Réparer les tuyaux qui alimentent les maisons, les hôpitaux et autres infrastructures des 105 millions d’Égyptiens « pourrait coûter des milliards », prévient Tawfik.

Un coût prohibitif vu la crise actuelle, mais qui peut être réduit en identifiant les points de fuite, a plaidé Ibrashy.

Pour cela, il faudrait cependant que les municipalités acceptent de revoir leur fonctionnement traditionnel.

« Actuellement, sur les sites historiques, elles mettent en place des systèmes pour dévier l’eau et ainsi éviter les dégâts hydriques ou salins avant de l’envoyer dans le réseau des eaux usées », a-t-elle expliqué.

« C’est un cercle vicieux, donc nous proposons un autre système : dévier l’eau et la réutiliser ailleurs. »

Ailleurs, c’est juste en face du dôme d’al-Ashraf Khalil : la voûte boisée du parc al-Khalifa, 3 000 mètres carrés de jardin public et une aire de jeux « entièrement irrigués par l’eau du sous-sol » du mausolée et d’un autre à proximité, celui de Fatima Khatoun, a expliqué la spécialiste.

« Bien sûr, on ne peut pas utiliser cette eau pour des cultures agroalimentaires à cause du risque de contamination », a-t-elle nuancé.

Mais créer un nouvel espace vert au Caire s’apparente déjà à de la résistance dans une ville tentaculaire où le béton gagne chaque jour du terrain sur les arbres.

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