En Russie, Edelstein reconnaît des tensions sur la Syrie et l’Iran
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En Russie, Edelstein reconnaît des tensions sur la Syrie et l’Iran

Le président de la Knesset, ancien détenu d’un camp de travail en Sibérie, salue la coopération accrue entre les deux pays et indique que Jérusalem peut influencer le Kremlin sur sa politique syrienne

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Yuli Edelstein, président de la Knesset, avec Valentina Matvienko, présidente du Conseil de la Fédération de Russie, à Moscou, le 27 juin 2017. (Crédit : porte-parole de la Knesset/ambassade d'Israël à Moscou)
Yuli Edelstein, président de la Knesset, avec Valentina Matvienko, présidente du Conseil de la Fédération de Russie, à Moscou, le 27 juin 2017. (Crédit : porte-parole de la Knesset/ambassade d'Israël à Moscou)

MOSCOU – En rencontrant son homologue russe à Moscou mardi, le président de la Knesset a reconnu les « tensions » sur la Syrie et l’Iran, alors que les deux dirigeants parlementaires saluaient les relations de plus en plus amicales entre Moscou et Jérusalem.

La Russie et l’Iran soutiennent le président syrien Bashar el-Assad dans la guerre civile qui fait rage depuis six ans en Syrie. Même s’il est allié avec Téhéran, Moscou coordonne son espace aérien avec Israël au-dessus de la Syrie quand l’armée israélienne mène des frappes aériennes sur des convois d’armes du groupe libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran. Israël aurait aussi demandé l’aide de la Russie pour empêcher l’Iran de se créer un bastion sur la partie syrienne du plateau du Golan, qui jouxte la frontière israélienne.

Dans le cadre des efforts de coordination, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est rendu à plusieurs reprises à Moscou ces deux dernières années pour discuter avec le président russe Vladimir Poutine, et ils se sont parlés plusieurs fois au téléphone.

Le Premier ministre s’est aussi rendu en Russie pour célébrer le 25e anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays en 2016, une visite qui a été vue comme un marqueur du réchauffement des relations.

Edelstein, ancien refusenik soviétique qui a passé trois ans en camp de travail pour avoir enseigné l’hébreu, a commencé mardi une visite officielle de trois jours à Moscou, qui coïncide avec les 30 ans de sa libération. Pendant cette visite, il deviendra le premier politicien israélien à s’adresser à la chambre haute du Parlement russe.

Yuli Edelstein, président de la Knesset, en réunion de travail avec ses homologues russes, à Moscou, le 27 juin 2017. (Crédit : porte-parole de la Knesset/ambassade d'Israël à Moscou)
Yuli Edelstein, président de la Knesset, en réunion de travail avec ses homologues russes, à Moscou, le 27 juin 2017. (Crédit : porte-parole de la Knesset/ambassade d’Israël à Moscou)

Mardi, Edelstein a rencontré Valentina Matviyenko, présidente du Conseil de la Fédération de Russie, la chambre haute du Parlement, qui a invité Edelstein.

« Je résumerai en une phrase », a déclaré Edelstein après la réunion de travail, pendant une conférence de presse conjointe avec Matviyenko. « Nous étudions les domaines de coopération qui doivent être améliorés, l’économie, l’éducation, la commémoration de la Shoah, la lutte contre l’antisémitisme, toutes les choses qui nous unifient. »

« D’autre part, ce n’est pas un secret que dans notre région, il existe des tensions. Ce n’est pas non plus un secret que la Russie joue un rôle dans notre région », a-t-il ajouté.

Le président de la Knesset a suggéré que les députés israéliens de la puissante commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset ont pu influencer leurs homologues russes pendant une réunion organisée la semaine dernière au Parlement israélien.

« Je dois souligner, et je le sais de mes collègues en Israël, des membres de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, que la semaine dernière, il y a eu une discussion très sérieuse, très ouverte [avec leurs homologues russes] », a indiqué Edelstein. Les députés russes, « je me permettrais de le dire, ont appris certaines choses, et ont vu la réalité compliquée en Syrie avec un œil légèrement différent », a-t-il affirmé.

Matviyenko, troisième politicien le plus puissant du pays après Poutine et Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères, a rendu hommage à la coordination entre Israël et la Russie, jugeant que les discussions entre Netanyahu et Poutine sont « un dialogue très bon et très profond ».

Le président russe Vladimir Poutine, à gauche, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au Kremlin, à Moscou, le 7 juin 2016. (Crédit : Maxim Shipenkov/Pool/AFP)
Le président russe Vladimir Poutine, à gauche, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au Kremlin, à Moscou, le 7 juin 2016. (Crédit : Maxim Shipenkov/Pool/AFP)

« Nous avons une bonne coordination avec le gouvernement dans les domaines sécuritaires et économiques. Nous avons une dynamique positive », a-t-elle dit en russe.

Pendant la conférence de presse, Matvikeyenko a également démenti les accusations d’ingérence russe dans les élections américaines, et a condamné l’antisémitisme.

Les accusations américaines sont « simplement de l’hystérie », a-t-elle dit. « Cela ne correspond pas à la réalité. La Russie ne s’est jamais mêlée et ne se mêle jamais des élections. »

Elle a déclaré que la Russie « condamne toute forme de xénophobie et d’antisémitisme. »

« Nous condamnons ceux qui nient ou tentent de nier l’Holocauste », a-t-elle ajouté.

A l’invitation de Matvikeyenko, Edelstein est devenu mercredi le premier responsable israélien à s’adresser au Conseil de la Fédération de Russie, un honneur généralement réservé aux chefs d’Etat, selon le porte-parole de la Knesset. Il visitera aussi l’appartement de Moscou où il a été arrêté, le tribunal où il a été jugé, et la prison où il a été détenu pendant les mois précédents son procès en 1984.

Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, en juin 2010. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, en juin 2010. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Jeudi, Edelstein rencontrera Lavrov, le président de la Duma, la chambre basse du Parlement, et des dirigeants juifs locaux.

Même si sa visite est officielle Edelstein a souligné son aspect personnel, la décrivant comme la « fermeture de la boucle » de sa vie.

En 1979, Edelstein, né en Ukraine, avait demandé un visa d’immigration pour partir en Israël, qui avait été rejeté par les autorités soviétiques. Il avait alors rejoint les rangs des « refuseniks ».

Pendant les années suivantes, Edelstein avait enseigné clandestinement l’hébreu et le sionisme en Union soviétique, jusqu’à son arrestation en 1984 dans son appartement de Moscou, pour de fausses accusations liées à la drogue.

Après un rapide procès, il avait été envoyé dans plusieurs camps de travail en Sibérie et s’était grièvement blessé après être tombé d’un mirador. En mai 1987, après avoir purgé deux ans et huit mois de sa peine, il avait été libéré. Edelstein avait immigré en Israël deux mois après avec son épouse Tanya, depuis décédée.

Entré en politique en 1996, il a détenu plusieurs portefeuilles ministériels, dont celui de l’Intégration des immigrants. En 2013, Edelstein, député du Likud, a été nommé président de la Knesset.

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