En soutenant si fermement Israël, Trump ne croit plus qu’Abbas souhaite la paix
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Analyse

En soutenant si fermement Israël, Trump ne croit plus qu’Abbas souhaite la paix

Aux côtés de Netanyahu, le président américain déclare que la question de Jérusalem est "hors de table" – un propos qui ne peut laisser les Palestiniens qu’encore plus furieux

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le président américain Donald Trump s'entretient avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d'une réunion bilatérale en marge de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le 25 janvier 2018 (AFP PHOTO / Nicholas Kamm)
Le président américain Donald Trump s'entretient avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d'une réunion bilatérale en marge de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le 25 janvier 2018 (AFP PHOTO / Nicholas Kamm)

Lors de sa rencontre avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Davos ce jeudi, le président américain Donald Trump a parlé d’Israël et des Palestiniens. Si ses propos ont agi comme une douce mélodie aux oreilles de Netanyahu, ce fut l’exact opposé pour les Palestiniens.

En mai, quelques heures après avoir rencontré à Ramallah Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, Trump avait déclaré dans son discours au musée d’Israël, également en présence de Netanyahu, que les Palestiniens « étaient prêts à rechercher la paix ». Conscient du scepticisme de Netanyahu, Trump a réitéré : « Je sais que vous avez déjà entendu cela. Je vous le dis. C’est ce que je fais. Ils sont prêts à rechercher la paix. »

A Davos, en revanche, Trump a affirmé catégoriquement qu’Israël voulait faire la paix, mais qu’il n’était visiblement plus convaincu par Abbas et les Palestiniens. Les Palestiniens vont « vouloir faire la paix eux aussi, il n’y aurait sinon plus rien à faire », a-t-il dit. « Ils [les Israéliens] veulent faire la paix, et j’espère que les Palestiniens veulent faire la paix. Et si c’est le cas, à la fin tout le monde sera content. Des gens meurent depuis des années. Les gens se sont entretués pendant de nombreuses années. Ils doivent être fatigués et dégoûtés. »

Interrogé sur le récent discours d’Abbas, dans lequel le dirigeant palestinien a fustigé les Etats-Unis et leur président, Trump a répondu : « Je n’ai pas personnellement lu ces remarques. Je ferais probablement mieux de ne pas m’y intéresser. Mais nous avons fait beaucoup pour eux et j’espère qu’ils vont faire la paix pour leur peuple. »

Trump a, à plusieurs reprises, fait allusion au respect – ou plutôt au manque de respect qu’il ressent de la part des Palestiniens. « Ils nous ont manqué de respect il y a une semaine en ne permettant pas à notre grand vice-président de les voir », a-t-il protesté. Il les a appelés à « respecter le processus » et a fulminé leur échec « à respecter le fait que les Etats-Unis leur ont apporté un soutien énorme au cours des dernières années en termes de soutien monétaire et autre ». « Il faut respecter les Etats-Unis ou nous n’irons pas plus loin. »

Durant les premiers mois de son administration, les Palestiniens, dirigés par Abbas, ont tenté de flatter et d’entreprendre une entente cordiale avec Trump. Ils refusent d’avoir des relations avec lui et son équipe depuis le 6 décembre, date à laquelle Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël.

Cette opposition publique a atteint de nouveaux sommets le 14 janvier, quand Abbas a déclaré dans un discours furibond que « nous avons affirmé à Trump que nous n’accepterions pas son projet, son ‘affaire du siècle’, qui est en fait la ‘gifle du siècle’. Mais nous giflerons en retour. » « Que Dieu démolisse ta maison », a ajouté à l’adresse de Trump le dirigeant palestinien.

Les responsables de l’administration américaine ont reconnu que la reconnaissance de Jérusalem par Trump était un coup dur porté aux Palestiniens – même si Trump a insisté le 6 décembre pour que les frontières de la souveraineté israélienne soient négociées entre les différentes parties – et a déclaré qu’une période de « refroidissement » serait nécessaire pour les Palestiniens.

Mais ce jeudi, Trump est allé encore plus loin dans sa prise de position pro-israélienne concernant Jérusalem. Il a dit carrément, en se tournant vers Netanyahu, que « vous avez gagné un point » – sur Jérusalem – et qu’il faudrait donner du terrain sur d’autres questions si jamais les négociations allaient bon train. Il a indiqué que la question de Jérusalem était maintenant traitée et qu’apparemment, il n’était plus question de la négocier. « Nous avons enlevé Jérusalem de la table, donc ils n’ont plus à en parler. »

Il a également affirmé qu’il espérait toujours que les dirigeants palestiniens « allaient faire la paix pour leur peuple » et qu’il espérait que « les bons esprits allaient l’emporter ».

Alors que Netanyahu, assis à ses côtés, l’écoutait attentivement, Abbas et la direction de l’Autorité palestinienne n’auraient pu qu’être en ébullition. Aussi longtemps que cette période de « refroidissement » était censée durer, elle durera probablement beaucoup plus longtemps.

Ce à quoi Trump, manifestement prêt à couper davantage l’aide des Etats-Unis fournie aux Palestiniens, répondrait probablement : qu’il en soit ainsi.

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