En Syrie, les Kurdes quittent une ville clé après un accord USA-Turquie
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En Syrie, les Kurdes quittent une ville clé après un accord USA-Turquie

Ankara qualifie cette force kurde de "terroriste" mais Washington la considère comme un allié primordial dans la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique

Un convoi de blindés aux abords du village de Yalanli, à l'ouest de la ville syrienne de Manbij, dans le nord du pays, le 5 mars 2017 (Crédit :  AFP PHOTO / DELIL SOULEIMAN)
Un convoi de blindés aux abords du village de Yalanli, à l'ouest de la ville syrienne de Manbij, dans le nord du pays, le 5 mars 2017 (Crédit : AFP PHOTO / DELIL SOULEIMAN)

La principale milice kurde de Syrie a annoncé mardi son retrait de Minbej, une ville stratégique du nord du pays qui fait l’objet d’un accord entre la Turquie frontalière et les Etats-Unis pour éviter une possible confrontation directe.

Ankara qualifie cette force kurde de « terroriste » mais Washington la considère comme un allié primordial dans la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI), toujours actif en Syrie même s’il ne tient plus que quelques poches dans l’est du pays.

Mardi, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a ainsi annoncé que 45 combattants prorégime avaient été tués depuis dimanche dans une opération que l’EI mène dans la vallée de l’Euphrate.

Dans un communiqué, les Unités de protection du peuple (YPG) ont fait part mardi du « retrait » de Minbej de leurs derniers « conseillers militaires », qui étaient chargés de former des combattants antijihadistes locaux.

Cette décision intervient au lendemain de discussions entre Américains et Turcs au sujet de cette ville à majorité arabe, située à 30 km de la frontière turque et où des troupes américaines et françaises de la coalition internationale antijihadistes sont stationnées.

Le communiqué des forces kurdes n’a pas fait mention des discussions entre Washington et Ankara.

« Sécurité et stabilité »

La tension entre les Etats-Unis et la Turquie, deux alliés dans l’OTAN, est montée d’un cran cet hiver quand Ankara a plusieurs fois menacé d’étendre vers Minbej l’offensive qu’elle menait contre les YPG dans l’enclave kurde d’Afrine.

Mais la tension est un peu retombée fin mai quand Washington et Ankara ont défini les contours d’une « feuille de route » en vue de coopérer pour « assurer la sécurité et la stabilité » dans cette ville.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo et son homologue turc Mevlut Cavusolgu ont « approuvé » lundi cette feuille de route, selon le département d’Etat, et ont affirmé « leur engagement mutuel à sa mise en œuvre ».

Le département d’Etat n’a pas offert de détails sur son contenu mais un haut responsable américain a indiqué mardi que son application serait longue et « compliquée », de nombreux détails restant à négocier.

L’accord vise notamment à « tenir l’engagement américain à déplacer les YPG à l’est de l’Euphrate », selon ce responsable.

Un porte-parole du Conseil militaire de Minbej, qui contrôle la ville, a précisé mardi à l’AFP que cet organe n’avait pas encore été informé de « changements opérationnels » sur le terrain.

Pour l’analyste Aaron Stein, de l’Atlantic Council à Washington, la mise en place de l’accord américano-turc ne garantit en rien une baisse des tensions.

« En cas d’échec, ce sera retour à la case départ, quand (le président turc Recep Tayyip) Erdogan menaçait les Américains », juge-t-il.

Raid de l’EI

La Turquie, engagée dans une lutte armée avec les Kurdes sur son territoire, voit d’un très mauvais oeil la présence de forces kurdes syriennes à sa frontière et a mené deux offensives militaires dans le nord de la Syrie depuis 2016.

Ankara considère les YPG comme une organisation « terroriste » mais Washington les perçoit comme le fer de lance de la lutte contre l’EI.

Elles forment en effet l’épine dorsale des Forces démocratiques syriennes (FDS), l’alliance de combattants arabes et kurdes qui a joué un rôle clé pour faire reculer l’EI en Syrie et qui a d’ailleurs pris Minbej aux jihadistes en 2016.

Selon l’OSDH, le groupe jihadiste contrôle désormais moins de 3% du territoire syrien, contre près de 50% fin 2016 à l’époque de son « califat » autoproclamé, après des offensives non concertées des FDS et des forces prorégime.

Les dernières poches que l’EI contrôle en Syrie se trouvent dans l’est, après l’évacuation le mois dernier, après un accord avec le régime, des derniers jihadistes présents dans le sud de Damas.

D’après l’OSDH, des jihadistes ont lancé dimanche un raid contre des villages tenus par le régime et ses alliés dans la vallée de l’Euphrate, qui a coûté la vie au moins à 45 combattants progouvernementaux.

Les jihadistes ont pris quatre localités situées sur la route reliant la ville de Deir Ezzor à celle de Boukamal, à la frontière irakienne. Ces localités se trouvent à proximité de Hajine, la ville syrienne la plus peuplée que contrôle l’EI.

Ces combats, « intenses » et toujours en cours, ont tué au moins 26 combattants de l’EI selon l’Observatoire.

Son directeur Rami Abdel Rahmane a indiqué à l’AFP que Moscou, pourtant l’allié indéfectible du régime, n’avait toujours pas mobilisé son aviation militaire pour venir en aide aux forces loyalistes dans cette région.

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