Enquête sur une vidéo saluant les tirs d’un sniper contre un Palestinien
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Enquête sur une vidéo saluant les tirs d’un sniper contre un Palestinien

Un élu arabe a critiqué la séquence montrant une fusillade contre un Gazaoui apparemment non-armé près de la frontière, appelant à traduire en justice le tireur et le photographe

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Extrait de la vidéo montrant un sniper tirer sur un Palestinien apparemment désarmé (Capture d'écran)
Extrait de la vidéo montrant un sniper tirer sur un Palestinien apparemment désarmé (Capture d'écran)

L’armée israélienne a expliqué enquêter sur une vidéo apparue lundi et qui semble montrer des tireurs d’élite israéliens applaudir alors que l’un d’entre eux ouvre le feu et abat un Palestinien qui s’est approché de la clôture de sécurité avec Gaza.

La vidéo, qui a été largement partagée sur l’application de messagerie WhatsApp, a apparemment été filmée à travers des jumelles.

Dans la séquence, les soldats discutent d’abord du tir alors que le sniper oriente son arme sur le suspect, qui se tient à côté d’un autre Palestinien accroupi devant un rouleau de fils barbelés, à plusieurs mètres de la clôture de sécurité.

Le Palestinien qui est pris pour cible ne semble pas être armé et ne jette pas de pierres ou de grenades incendiaires en direction de la barrière ou des soldats, qui se tiennent de l’autre côté.

Le lieu et le moment exacts de la réalisation de cette vidéo sont encore indéterminés.

Interrogée sur les images, l’armée israélienne a expliqué enquêter sur l’incident.

Les militaires ont ensuite déclaré, lundi dans la soirée, que sur la base de ses contrôles initiaux, la vidéo aurait été tournée il y a plusieurs mois déjà : « Concernant la séquence qui circule actuellement, l’événement décrit est survenu il y a quelques mois. L’incident fait l’objet d’un réexamen et une enquête minutieuse sera ouverte », ont-ils fait savoir.

« Le moment où il s’arrête, tu le tombes. Tu as une balle dans ton magasin ? Tu le vises ? » dit le commandant dans la séquence.

Le tireur lui répond alors qu’il ne peut pas ouvrir le feu, son tir étant bloqué par les rouleaux de fils barbelés le long de la clôture de sécurité.

Puis, à un moment, le sniper déclare être prêt à ouvrir le feu, mais le commandant lui demande d’attendre. « Il y a un petit gamin », dit-il.

Un soldat – apparemment celui en train de filmer les images – interpelle un ami un instant avant le tir. Le suspect palestinien tombe au sol.

« Ouaouh ! Quelle vidéo ! OUI ! Fils de p… Quelle vidéo ! Regardez, ils courent pour l’évacuer », s’exclame le photographe.

« Bien sûr que j’ai filmé », ajoute-t-il, répondant à une question.

Un autre soldat dit alors : « Ouaouh, il l’a touché à la tête ! »

Alors qu’un groupe de Palestiniens apparaît sur les images transportant le blessé, le photographe ajoute : « C’est une vidéo légendaire ».

Evoquant la séquence, qui a fait la une dans les programmes d’information nationaux en Israël dans la soirée de lundi, les télévisions ont indiqué qu’il n’était pas possible de dire si l’homme avait été blessé ou tué.

Ayman Odeh, chef de la Liste arabe unie, a dénoncé l’incident apparu dans la vidéo et a appelé à ce que le tireur d’élite et le photographe soient traduits en justice.

« Une vidéo qui horrifie l’esprit. Des appels joyeux pour prendre une vie et ce qui semble être l’exécution d’un homme qui ne menaçait personne », a écrit Odeh sur Twitter.

Dimanche, l’Etat-major israélien a annoncé qu’il lançait une enquête sur la réponse apportée par les militaires à une série de manifestations violentes le long de la frontière avec Gaza ces derniers jours, qui ont entraîné jusqu’à présent la mort d’environ 30 Palestiniens.

Des hommes palestiniens collectent des pneus et les brûlent pour se protéger des tirs de soldats israéliens à la frontière entre Israël et Gaza lors d’une manifestation à l’est de la ville de Gaza, le 6 avril 2018 (Crédit : AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

L’armée avait mené des enquêtes similaires suite à la guerre de Gaza en 2014 et à la suite d’un incident en 2015 dans lequel un soldat israélien avait accidentellement abattu un Casque bleu des Nations unies dans le sud du Liban, durant un affrontement entre les militaires israéliens et le groupe terroriste du Hezbollah.

Cette enquête sera dirigée par le général de brigade Moti Baruch, ancien commandant de division et chef actuel de la division de formation et de doctrine militaire, a fait savoir l’armée.

Jusqu’à présent, ce sont trente Palestiniens qui ont été tués par des soldats israéliens lors des émeutes sur la frontière au cours des deux dernières semaines, selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas.

L’armée n’enquêtera pas nécessairement sur chaque mort mais elle devrait se concentrer sur quelques cas particuliers qui semblent être à l’origine de ces réexamens.

« Pendant des semaines, nous avons mis en garde [les Palestiniens] pour qu’ils ne s’approchent pas de la frontière, nous avons demandé aux habitants de Gaza de ne pas obéir aux ordres du groupe terroriste du Hamas et de ne pas se livrer à des activités terroristes et autres actions violentes contre Israël », a dit l’armée. « Malgré ça, depuis vendredi dernier, l’armée a dû gérer des dizaines de milliers de personnes qui se sont rapprochées de la frontière sur instigation du Hamas ».

Des vidéos filmées depuis Gaza ont également révélé les images de Palestiniens pris pour cibles de tirs alors qu’il ne semblent pas poser de menace aux soldats israéliens, ou à la clôture de sécurité – deux des principales conditions pour entraîner une riposte potentiellement mortelle, sous les termes des règles de l’engagement militaire.

Le porte-parole de l’armée israélienne, le général de brigade Ronen Manelis, a estimé que certaines de ces vidéos ont pu être manipulées mais il a reconnu qu’il était possible que « des erreurs aient été commises ».

L’enquête menée par Baruch sera effectuée parallèlement à des enquêtes internes actuellement en cours au sein du Commandement du sud de l’armée israélienne, ont fait savoir les militaires.

Si l’enquête devait découvrir des actes répréhensibles, ses détails seraient divulgués au corps général des avocats militaires et à l’unité d’investigation de la police militaire pour qu’ils envisagent la possibilité de définir de potentiels chef d’accusation.

L’enquête se concentrera sur la conduite de l’armée au cours des deux dernières semaines, qui ont vu des affrontements quotidiens le long de la frontière avec Gaza et notamment deux manifestations massives auxquelles ont participé des dizaines de milliers de Palestiniens.

Ce mouvement de protestation entre dans le cadre d’une « marche du retour » longue de six semaines qui devrait s’achever à la mi-mai avec la « Journée de la Nakba », qui marque le déplacement des Arabes après la création d’Israël, et le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem – une initiative qui a causé la fureur des leaders palestiniens.

Des manifestants palestiniens brûlent des pneus lors d’affrontements avec les forces de sécurité israéliennes à la frontière entre Gaza et Israël, à l’est de la ville de Gaza, le 6 avril 2018. (AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

Les Palestiniens insistent sur le fait que ces marches sont non-violentes et impliquent des civils, tandis qu’Israël déclare qu’elles sont utilisées comme couverture pour des initiatives violentes à l’égard des soldats israéliens et pour ouvrir des brèches et endommager la frontière. Les analystes de la défense expliquent que ces rassemblements sont une nouvelle tactique mise en oeuvre par le Hamas, qui gouverne la bande de Gaza, pour mener des opérations terroristes dans la confusion des manifestations.

L’armée a noté qu’elle avait décelé de multiples tentatives de la part de terroristes de placer des dispositifs explosifs le long de la frontière avec Gaza, une fusillade à l’encontre des soldats israéliens par deux Palestiniens bien armés et détachés par le Hamas, ainsi qu’une tentative d’infiltration de la part d’un tireur kamikaze portant une veste piégée pour se livrer à un attentat suicide. Le Hamas a reconnu que plusieurs de ses membres figuraient parmi les morts palestiniens.

Vendredi, neuf Palestiniens, dont un journaliste qui portait une veste « presse », ont été tués par des tirs israéliens et plus de 1 000 personnes ont été affectées par les gaz lacrymogènes ou blessés par des balles réelles ou en caoutchouc, selon le ministère de la Santé de Gaza. Israël n’a pas de bilan officiel des victimes.

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