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Entretien téléphonique entre Biden et Lapid sur le nucléaire iranien

Le chef de la diplomatie européenne a pour sa part dit espérer un accord sur le nucléaire iranien "dans les jours à venir", sur fond de consultations entre Jérusalem et Washington

Le Premier ministre Yair Lapid s'entretient par téléphone avec le président américain Joe Biden, le 31 août 2022. (Autorisation)
Le Premier ministre Yair Lapid s'entretient par téléphone avec le président américain Joe Biden, le 31 août 2022. (Autorisation)

Le Premier ministre israélien Yaïr Lapid s’est entretenu mercredi au téléphone avec le président américain Joe Biden des négociations sur le programme nucléaire iranien, ont indiqué ses services.

Le chef de la diplomatie européenne a de son côté dit espérer un accord sur le nucléaire iranien « dans les jours à venir », sur fond de consultations entre Joe Biden et le Premier ministre israélien, farouche opposant au processus.

Israël mène actuellement une offensive de « dernière minute » pour tenter de convaincre les Occidentaux de ne pas renouveler l’accord sur le programme nucléaire iranien de 2015 (JCPOA) dont les Etats-Unis de Donald Trump s’étaient désengagés trois ans plus tard.

Les puissances occidentales doivent « cesser » de négocier car un accord permettra à l’Iran de gagner des « milliards » de dollars et « déstabilisera » le Moyen-Orient, a ainsi plaidé la semaine dernière M. Lapid lors d’une rencontre avec la presse étrangère à Jérusalem.

« J’espère que dans les jours à venir, nous ne perdrons pas cet élan et que nous pourrons conclure l’accord », a pour sa part déclaré Josep Borrell à l’issue d’une réunion informelle des ministres européens des Affaires étrangères à Prague.

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, s’exprime pendant une conférence de presse après une réunion avec le président serbe Aleksandar Vucic et avec le Premier ministre du Kosovo Albin Kurti à Bruxelles, le 18 août 2022. (Crédit :AP Photo/Virginia Mayo)

« Il est clair qu’il existe un terrain d’entente, que nous avons un accord qui tient compte, je pense, des préoccupations de chacun », a-t-il assuré.

L’Union européenne a présenté le 8 août ce qu’elle a appelé un texte final pour restaurer l’accord historique de 2015, qui avait été enterré par l’ancien président américain Donald Trump.

Joe Biden s’est lui promis de restaurer l’accord, estimant qu’il s’agissait du meilleur moyen de limiter le programme nucléaire iranien, et que le retrait américain n’avait fait qu’inciter Téhéran à accélérer son projet.

Selon la nouvelle proposition, l’Iran bénéficierait d’un allègement des sanctions et pourrait à nouveau vendre son pétrole en échange de restrictions strictes sur son programme nucléaire.

L’Iran et les Etats-Unis ont répondu en proposant une série de changements.

Biden et Lapid

Signe de l’implication du président américain, il s’est entretenu mercredi avec le chef du gouvernement israélien, Yaïr Lapid.

Ce dernier se démène pour convaincre les Occidentaux que renouveler cet accord connu sous l’acronyme « JCPOA » serait une lourde erreur, qui permettrait à l’Iran de renflouer ses caisses grâce aux ventes de pétrole, et ainsi de financer ses activités déstabilisatrices au Moyen-Orient.

Les deux dirigeants « ont longuement discuté des négociations à propos d’un accord sur le nucléaire », de leur « engagement à stopper les progrès de l’Iran pour se doter de l’arme nucléaire » et de l’influence régionale iranienne, selon un communiqué du bureau de Yaïr Lapid.

Le drapeau iranien flotte sur l’usine nucléaire Bushehr, en Iran, le 10 novembre 2019. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

A cet égard, le Premier ministre de l’Etat hébreu « a souligné l’importance des frappes ordonnées par le président Biden en Syrie ».

« Dans ce contexte, le Premier ministre a souligné l’importance des frappes ordonnées par le président Biden en Syrie », poursuit le communiqué israélien, notant que MM. Lapid et Biden s’entendaient sur le droit d’Israël « à se défendre ».

L’armée américaine a annoncé jeudi dernier avoir mené dans l’est de la Syrie une opération destinée à dissuader les groupes armés soutenus par l’Iran de continuer à s’attaquer à ses bases dans la région.

Lors de l’entretien, Joe Biden, qui avait été reçu avec chaleur en Israël en juillet, a « souligné l’engagement des Etats-Unis à ne jamais permettre à l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. »

Washington assure que l’Iran a fait des concessions cruciales, et aurait en particulier abandonné sa demande visant à bloquer certaines inspections de l’AIEA, l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Ce sujet des inspections reste toutefois ultrasensible de part et d’autre.

Téhéran a ainsi récemment demandé la clôture d’une enquête de l’AIEA concernant des traces d’uranium enrichi retrouvées sur trois sites non déclarés, ce que le patron de l’Agence, Rafael Grossi, refuse.

Le gendarme onusien du nucléaire avait lui déploré l’absence de réponses « crédibles » de Téhéran concernant ces traces.

Le porte-parole de la Maison Blanche pour la sécurité nationale, John Kirby, a quant à lui déclaré aux journalistes que les États-Unis estimaient « être plus proches aujourd’hui qu’ils ne l’avaient été ces dernières semaines et ces derniers mois » de la finalisation d’un accord avec l’Iran, et que les États-Unis gardaient « l’espoir » d’une issue positive des négociations.

Le compte-rendu de l’appel émis par la Maison Blanche, plusieurs heures après la version israélienne, indique que Lapid et Biden ont discuté des « défis de la sécurité mondiale et régionale, y compris les menaces posées par l’Iran ». Le communiqué indique que Biden a souligné « l’engagement des États-Unis à ne jamais laisser l’Iran acquérir l’arme nucléaire ».

Le président américain Joe Biden, à gauche, et le Premier ministre intérimaire israélien Yair Lapid souriant après avoir signé un engagement de sécurité à Jérusalem, le 14 juillet 2022. (Crédit : Atef Safadi/AFP)

La Maison-Blanche a également indiqué que Biden et Lapid ont discuté des pourparlers en cours entre Israël et le Liban, sous l’égide des États-Unis, au sujet d’un différend frontalier maritime, ce que la lecture israélienne de l’appel n’a pas mentionné.

Selon les médias israéliens, l’appel entre les deux hommes a duré environ 45 minutes. Des responsables israéliens auraient déclaré que M. Biden avait rassuré M. Lapid sur le fait que les États-Unis ne feraient pas de compromis sur des questions sans rapport avec le contenu de l’accord, notamment le retrait du Corps des gardiens de la révolution islamique de la liste des groupes terroristes et l’arrêt de l’enquête menée par l’organisme de surveillance nucléaire des Nations unies sur les sites iraniens soupçonnés d’activité nucléaire.

Après le ministre israélien de la Défense Benny Gantz et le conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre, c’est au tour du chef du Mossad, responsable des services de renseignements extérieurs, de se rendre la semaine prochaine à Washington pour discuter du programme nucléaire iranien.

Israël craint notamment que la levée des sanctions économiques contre l’Iran dans le cadre d’un accord encadrant son programme nucléaire, permette à la République islamique d’accroître son soutien à ses alliés régionaux comme le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien et des éléments armés pro-iraniens en Syrie ou au Yémen.

L’armée américaine a annoncé jeudi dernier avoir tué quatre combattants pro-iraniens en 24 heures dans l’est de la Syrie, au cours d’une opération destinée à dissuader les groupes armés soutenus par l’Iran de continuer à s’attaquer à ses bases dans la région.

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