Envoyé de Trump pour l’Iran : Biden aura du mal à relancer le pacte nucléaire
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Envoyé de Trump pour l’Iran : Biden aura du mal à relancer le pacte nucléaire

En visite en Israël, Elliott Abrams estime que la nouvelle administration pourra négocier un meilleur accord, si elle tire parti des difficultés économiques des sanctions

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Elliott Abrams, représentant spécial des États-Unis pour l'Iran et le Venezuela, s'adresse à des journalistes israéliens à Tel Aviv, le 9 novembre 2020. (David Azagury/ Ambassade des États-Unis à Jérusalem)
Elliott Abrams, représentant spécial des États-Unis pour l'Iran et le Venezuela, s'adresse à des journalistes israéliens à Tel Aviv, le 9 novembre 2020. (David Azagury/ Ambassade des États-Unis à Jérusalem)

La prochaine administration américaine va entamer des discussions avec Téhéran sur son programme nucléaire dévoyé, mais un retour à l’accord nucléaire de 2015 sera difficile, a affirmé lundi l’homme de pointe du président sortant sur l’Iran.

Le représentant spécial des États-Unis pour l’Iran et le Venezuela, Elliott Abrams, qui s’est rendu en Israël cette semaine, a exprimé son optimisme quant au fait que même Joe Biden, le rival démocrate de Trump, largement considéré comme ayant gagné les élections, serait capable de négocier un meilleur accord – s’il mettait à profit la pression économique exercée par l’administration actuelle sur la République islamique.

« Peu importe qui sera président le 20 janvier, dans le sens où il y aura de toute façon une négociation avec l’Iran. C’était l’intention de l’administration Trump. Ce n’est donc pas une source de désaccord », a-t-il déclaré à une poignée de journalistes israéliens lors d’un point de presse à Tel Aviv.

« Reste à voir s’il est possible de réintégrer le JCPOA », a-t-il ajouté, utilisant l’acronyme du nom officiel du fameux traité.

Le plan d’action conjoint, dont l’artisan était le président américain Barack Obama – l’ancien patron de Biden – a été signé en 2015 entre l’Iran et six puissances mondiales. Donald Trump s’est retiré de l’accord en 2018 et a imposé des sanctions paralysantes à Téhéran. Israël et les pays arabes du Golfe ont applaudi cette décision, mais l’Europe, la Russie et la Chine ont tenté de sauver l’accord.

Depuis que les États-Unis sont sortis de l’accord, l’Iran l’a progressivement enfreint. Le président désigné Biden a fait savoir que si ce dernier respectait les termes de l’accord, il renouvellerait l’engagement de Washington envers le pacte.

Le président américain désigné Joe Biden enlève son masque facial alors qu’il arrive pour prononcer un discours le 9 novembre 2020 au Queen Theater à Wilmington, Delaware. (AP/Carolyn Kaster)

Mais Abrams, un vétéran des administrations républicaines, affirme qu’il ne serait pas si facile de le relancer, notant que l’embargo sur les armes à destination de l’Iran, qui faisait partie de l’accord, avait été levé au début de cette année.

« Je ne pense pas que réintégrer le JCPOA en 2021 soit une perspective aisée », a-t-il commenté.

Avant les élections du 4 novembre aux États-Unis, Trump s’est dit confiant de pouvoir conclure un accord avec les Iraniens, mais son représentant spécial a reconnu qu’il serait « extrêmement difficile » pour son administration de négocier un nouvel accord avant le 20 janvier.

Au contraire, Washington va continuer à augmenter régulièrement les sanctions contre la République islamique dans les semaines à venir, comme cela avait été prévu depuis longtemps, a-t-il déclaré. Toutefois, Abrams a souligné que l’administration n’intensifiera pas de façon spectaculaire les mesures punitives contre le régime.

« Nous avons un programme de sanctions de pression maximale. Si vous regardez les mois de septembre et octobre, vous verrez que des sanctions ont été mises en place. Cela continuera en novembre et décembre, car cela n’a rien à voir avec la politique, ni avec les élections. C’est la politique étrangère des Etats-Unis, et elle est basée sur la conduite de l’Iran », a-t-il expliqué.

Elliot Abrams, représentant spécial pour l’Iran et le Venezuela au Département d’État, assiste à une audition de la commission sénatoriale des relations étrangères sur la politique américaine au Moyen-Orient, le 24 septembre 2020, au Capitole à Washington. (Erin Schaff/The New York Times via AP, Pool)

« Par exemple, quand nous sanctionnons l’ambassadeur iranien en Irak dans le cadre de la lutte antiterroriste, parce que c’est un gars de la Force Al-Qods, cela n’a rien à voir avec la politique. C’est parce que c’est un gars de la Force Al-Qods », a-t-il indiqué, en faisant référence à une branche du Corps des Gardiens de la Révolution iranienne.

Le site Axios a rapporté cette semaine que l’administration Trump prévoyait une nouvelle série de sanctions massives contre Téhéran en raison de son programme de missiles balistiques, de son aide aux groupes terroristes et de ses violations des droits humains.

« L’objectif est d’appliquer autant de sanctions que possible à l’Iran jusqu’au 20 janvier », a confié au site web une source israélienne informée du projet.

Légalement, Biden pourrait lever les sanctions une fois qu’il aura fait son entrée à la Maison Blanche, a indiqué M. Abrams.

Les sanctions de Trump contre l’Iran ‘peuvent être annulées en théorie, mais il est difficile pour moi de voir comment un président pourrait vraiment le faire sans un changement de comportement de l’Iran’

« La question de savoir si c’est conseillé et si c’est politiquement possible n’est pas la même », a-t-il ajouté. Certaines des sanctions que l’administration Trump a imposées à l’Iran n’ont aucun lien avec ses activités nucléaires, et sont plutôt liées aux violations des droits de l’homme du régime et à son agression régionale conventionnelle, a-t-il souligné.

« Elles peuvent être annulées, en théorie, mais il est difficile pour moi de voir comment un président pourrait vraiment le faire sans un changement de comportement de l’Iran », a-t-il déclaré. « Et l’Iran est le plus grand État parrain du terrorisme dans le monde. »

La République islamique se trouve dans une situation économique difficile en raison des sanctions américaines, a rappelé Abrams, exhortant la nouvelle administration à profiter de ce fait pour négocier un meilleur accord.

« Nous avons beaucoup d’influence grâce à cette pression. Nous pensons donc que cette influence doit être utilisée et non pas abandonnée », a-t-il conseillé. « En utilisant ce levier, il devrait être possible d’obtenir de l’Iran qu’il cesse de faire un certain nombre de choses qu’il fait, y compris ses activités nucléaires ».

De gauche à droite, le chef de la mission de la République populaire de Chine auprès de l’Union européenne Hailong Wu, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, le ministre allemand des Affaires étrangères Frank Walter Steinmeier, la haute représentante de l’Union européenne Federica Mogherini, le ministre iranien des Affaires étrangères Javad Zarifat, le directeur politique adjoint russe Alexey Karpov, le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond et le secrétaire d’État américain John Kerry à Lausanne, en Suisse, le 2 avril 2015, après l’annonce par les États-Unis, l’Iran et cinq autres puissances mondiales d’un accord définissant les limites du programme nucléaire iranien. (AP Photo/Brendan Smialowski, Pool)

Même si les États-Unis sont actuellement les seuls à sanctionner l’Iran, la République islamique est aujourd’hui dans une situation pire qu’en 2013, lorsque les États-Unis et d’autres puissances ont commencé à négocier avec elle après des années de sanctions internationales, a affirmé Abrams.

« Je suis en fait optimiste – si la pression exercée par les États-Unis en raison du succès de la campagne de sanctions est utilisée », a-t-il confié. « Le régime est dans une situation où il a vraiment besoin que ces sanctions soient levées. Et si nous exigeons des changements dans leur conduite, je ne pense pas qu’ils aient une autre option ».

La population iranienne méprise les dirigeants politiques du pays, a affirmé Abrams. « Alors que l’économie est soumise à une pression accrue, le régime comprend que cela pourrait avoir un impact politique important à l’intérieur du pays », a-t-il commenté. « Dans une situation comme celle-ci, vous augmentez la pression et vous augmentez [encore] la pression. Et puis vous l’utilisez. C’était le plan Biden, c’est le plan Trump – entrer dans des négociations avec l’Iran, utiliser la pression. Je pense que si la pression est maintenue et utilisée, nous obtiendrons un bon résultat ».

Elliott Abrams, représentant spécial des États-Unis pour l’Iran et le Venezuela, (à droite), rencontre le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) à la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 8 novembre 2020. L’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, est hors champ. (Matty Stern/ Ambassade des États-Unis à Jérusalem)

Israël a été la première étape de la visite d’Abrams dans la région, qui le mènera aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite plus tard cette semaine. À Jérusalem, il a rencontré le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre de la Défense Benny Gantz et celui des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, mais il n’a pas souhaité discuter en profondeur du contenu de ses entretiens.

À la question de savoir si Washington devait donner à Israël le feu vert pour agir afin d’empêcher Téhéran d’obtenir une capacité d’armement nucléaire, il a répondu : « Nous avions l’habitude de dire, à la Maison Blanche de [George W.] Bush : nous ne sommes pas des agents de la circulation. Nous ne donnons pas de feux rouges, verts ou jaunes ».

Then-US president George W. Bush welcomes then-prime minister Ehud Olmert to the Oval Office of the White House in Washington in May of 2006. (photo credit: Avi Ohayon/GPO/Flash90)
Le président américain de l’époque, George W. Bush, accueille le Premier ministre de l’époque, Ehud Olmert, dans le bureau ovale de la Maison Blanche, en mai 2006. (Avi Ohayon/GPO/ Flash90)

Abrams a rappelé qu’il était présent dans le bureau ovale lorsque Bush et Ehud Olmert, alors Premier ministre, ont discuté de la possibilité que Jérusalem lance une frappe militaire préventive sur l’Iran.

« Cinq présidents des États-Unis, consécutivement, ont déclaré qu’ils ne permettraient pas à l’Iran de se doter d’une arme nucléaire. C’est également la position israélienne. Non seulement ce sera la position du prochain président – quel que soit celui qui sera élu en 2024, il se positionnera également ainsi », a-t-il affirmé.

Et d’ajouter : « La relation entre les États-Unis et Israël n’est pas une relation dans laquelle nous jouons les agents de la circulation. Les États-Unis croient qu’Israël agira de manière responsable pour protéger sa sécurité nationale ».

Lorsqu’on lui a demandé s’il pensait qu’une administration Biden exhorterait Netanyahu à ne pas attaquer l’Iran de manière préventive, il a refusé de commenter.

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