Étude : Le variant sud-africain apte à « franchir » l’obstacle du vaccin Pfizer
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Étude : Le variant sud-africain apte à « franchir » l’obstacle du vaccin Pfizer

La souche est plus apte à contourner le vaccin que le virus initial et la mutation britannique, ont découvert les scientifiques israéliens dans une étude unique en son genre

Une femme médecin avec une seringue devant un drapeau sud-africain. (Crédit :  Igor Vershinsky via iStock by Getty Images)
Une femme médecin avec une seringue devant un drapeau sud-africain. (Crédit : Igor Vershinsky via iStock by Getty Images)

Le variant sud-africain est notablement plus apte à « franchir » la barrière représentée par le vaccin Pfizer-BioNTech que ce n’est le cas des autres souches de coronavirus, ont établi des scientifiques israéliens dans une étude unique en son genre.

Israël a utilisé presque exclusivement le vaccin Pfizer pour immuniser des millions de citoyens. Le vaccin Moderna – qui a été fabriqué sur la base de la même technologie innovante, l’ARN messager – est venu compléter le dispositif de la campagne de vaccination, quoique à un moindre niveau.

Une équipe formée de chercheurs de l’université de Tel Aviv et de la caisse d’assurance-maladie Clalit a séquencé les échantillons de 150 Israéliens infectés par la COVID-19 et ce, malgré une vaccination pleine et entière.

Dans l’étude, la prévalence de la souche sud-africaine, chez ces personnes tombées malades alors que leurs deux doses de vaccin avaient été administrées, s’est avérée être huit fois plus élevée. Même si le nombre d’infections de ce type parmi les personnes immunisées reste relativement modeste, les conclusions des scientifiques notent que ce variant est bien plus apte à venir à bout des défenses immunitaires de individus concernés que n’importe quelle autre souche du coronavirus.

« Sur la base des modèles décelés dans la population générale, nous nous attendions à détecter seulement un cas de variant sud-africain mais nous en avons trouvé huit », confie au Times of Israel la professeure Adi Stern, qui a dirigé l’étude. « Et ce résultat, à l’évidence, n’a rien de réjouissant pour moi ».

Un employé du Magen David Adom teste un homme au coronavirus à Jérusalem, le 18 mars 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi / Flash90)

Elle explique que les résultats ont montré que le variant sud-africain, en comparaison avec la souche originale et avec le variant anglais, « est capable de franchir la barrière de protection du vaccin » – notant néanmoins que l’échantillonnage choisi n’est pas suffisamment important pour donner des chiffres d’évaluation définitifs.

« On peut dire pour le moment qu’il est moins efficace mais on ne pourra estimer véritablement le degré de cette inefficacité qu’en faisant des recherches supplémentaires », a-t-elle ajouté.

Le professeur Ran Balicer, responsable de l’innovation chez Clalit, le plus grand kupat holim d’Israël, à Tel Aviv, le 10 juin 2020. (Crédit : EMMANUEL DUNAND / AFP)

Le professeur Ran Balicer, directeur de recherche à la Clalit, estime que l’étude qui a été réalisée est « très importante ».

« C’est la première dans le monde à être basée sur des données réelles, qui démontrent que le vaccin est moins efficace contre le variant sud-africain en comparaison avec le virus original et avec la souche anglaise », commente-t-il.

Balicer ajoute que les résultats appellent à une vigilance accrue contre le coronavirus – et notamment le maintien des règles de distanciation sociale et du port du masque dans les espaces clos pour prévenir les contaminations.

« Ces conclusions préliminaires imposent une vigilance particulière face à la propagation de ce variant dans le pays, et elles soulignent la nécessité de contrôler l’épidémie et de pratiquer un séquençage systématique afin de contenir au mieux la circulation du variant sud-africain sur le territoire », dit-il.

Un élève se fait vacciner au lycée Amal à Beer Sheva, dans le sud d’Israël, le 17 mars 2021. (Crédit : Flash90)

La recherche, qui a été publiée sur internet mais qui n’a pas encore été peer-reviewed, va probablement soulever des questionnements au sujet de l’étude qui a été réalisée par Pfizer et qui a déterminé qu’en Afrique du sud – et malgré la prévalence du variant local – l’efficacité du vaccin de la firme pharmaceutique était de 100 %.

Cette recherche de Tel Aviv paraît corroborer une étude récente qui avait été menée par l’université Ben-Gurion du Negev, qui avait remarqué que la réponse du vaccin était moins efficace face à la mutation sud-africaine. Elle avait tiré ses conclusions de l’analyse d’échantillons sanguins tandis que la nouvelle recherche se base sur le séquençage de résultats de tests de dépistage.

Adi Stern de l’école de biologie cellulaire moléculaire et de biotechnlogie de l’université de Tel Aviv (Autorisation : Université de Tel Aviv)

Stern souligne toutefois que le variant sud-africain reste peu commun au sein de la population vaccinée, remarquant que l’étude n’indique aucunement de manière précise le niveau de protection contre cette souche dans la mesure où la mutation reste rare au sein de la population israélienne touchée par le coronavirus – elle représente environ 1 % de tous les cas.

La recherche s’intéresse également à la capacité du variant anglais à franchir le système de défenses fournies par le vaccin en établissant une comparaison avec la souche originale. Aucune différence n’a été découverte dans la capacité du variant britannique à infecter des individus pleinement vaccinés (qui ont bénéficié de deux doses). Il s’avère toutefois plus apte à infecter les Israéliens partiellement vaccinés que ce n’est le cas de la souche originale de coronavirus.

Au sein de l’État juif, c’est la propagation massive du variant britannique, dès début janvier – il représente aujourd’hui plus de 90 % des cas de COVID-19 – qui aurait été responsable de la vague majeure d’épidémie qui s’est abattue sur le pays pendant les premiers mois de l’année, ralentissant la sortie du pays de la pandémie.

Mais Stern déclare que cette réalité pourrait bien avoir un aspect positif : Dans la bataille entre variants, le variant britannique est bien plus fort et il pourrait ainsi maintenir la souche sud-africaine à distance.

« Il est possible que la propagation importante du variant britannique empêche la circulation de la souche sud-africaine », déclare-t-elle. « Parce qu’il se propage de façon aussi efficace, il ne permet pas à la mutation sud-africaine de se répandre – c’est le variant anglais qui a remporté la compétition ».

Alors que plus de la moitié de la population a bénéficié de deux doses de vaccin, la pandémie est dorénavant en déclin, avec un nombre de nouvelles infections quotidiennes qui se compte en quelques petites centaines.

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