Etudiant agressé à Hambourg : Enquête pour tentative de meurtre antisémite
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Etudiant agressé à Hambourg : Enquête pour tentative de meurtre antisémite

La victime allait entrer dimanche dans une synagogue de la ville pour y célébrer la fête de Souccot quand elle a été violemment agressée à coups de pelle portés à la tête

Des policiers montent la garde devant la synagogue Hohe Weide à Hambourg, dans le nord de l'Allemagne, le 5 octobre 2020. (MORRIS MAC MATZEN / AFP)
Des policiers montent la garde devant la synagogue Hohe Weide à Hambourg, dans le nord de l'Allemagne, le 5 octobre 2020. (MORRIS MAC MATZEN / AFP)

Près d’un an jour pour jour après l’attaque de Halle qui a fait deux morts, la police allemande enquêtait lundi sur une « tentative de meurtre » à caractère antisémite dont a été victime la veille un étudiant juif devant une synagogue de Hambourg, une « honte » dénoncée par Angela Merkel.

« Chacun dans cette société doit le dire clairement : en Allemagne, chaque acte de ce genre est une honte », a réagi, au nom d’Angela Merkel, son porte-parole, Steffen Seibert.

Interpellé dans la foulée de l’agression, l’auteur présumé, un Allemand d’origine kazakhe âgé de 29 ans, a été admis lundi en soins psychiatriques.

La victime, un étudiant de 26 ans portant la kippa, allait entrer dimanche dans une synagogue de Hambourg, une ville hanséatique du nord, pour y célébrer la fête de Souccot, également connue sous le nom de « fête des cabanes », quand elle a été violemment agressée à coups de pelle portés à la tête.

Le lieu de culte était rempli de fidèles et la protection, comme devant toutes les synagogues du pays, avait été renforcée à l’occasion de cette fête.

Le jeune homme agressé est parvenu à se mettre à l’abri et a été pris en charge pour de premiers soins par des passants, avant d’être hospitalisé. Il est « grièvement blessé », a souligné la police.

Croix gammée

L’agresseur présumé, un Allemand de 29 ans d’origine kazakhe, vêtu d’un uniforme de l’armée, a été immédiatement interpellé par les policiers en faction devant le lieu de culte, protégé comme toutes les synagogues en Allemagne.

Les enquêteurs ont trouvé sur lui une feuille où était dessinée à la main une croix gammée.

L’homme a donné l’impression d’être « extrêmement embrouillé », rendant très difficile son interrogatoire, a rapporté dimanche une porte-parole de la police de Hambourg, qui enquête notamment sur la provenance de l’uniforme.

Il a finalement été admis en psychiatrie lundi, a indiqué un membre du parquet fédéral, chargé de l’enquête pour « tentative de meurtre à caractère antisémite ».

Cette attaque intervient près d’un an après un attentat avorté contre une synagogue de Halle (est) le jour de Yom Kippour, la plus grande fête juive, le 9 octobre 2019.

Faute d’avoir pu pénétrer dans l’édifice, l’assaillant, jugé depuis l’été, avait tué une passante puis un jeune homme dans un snack de cette ville de l’ex-RDA.

Des policiers se tiennent sur la scène de crime devant la synagogue de Hambourg, en Allemagne, qui a été le théâtre d’une attaque, le 4 octobre 2020. (Jonas Walzberg / dpa via AP)

« Plus grande menace »

Dans un pays hanté par son passé, les autorités s’inquiètent d’une résurgence de l’antisémitisme, alimentée notamment par l’extrême droite.

« Cette nouvelle attaque contre une fête juive montre une fois de plus l’importance d’ouvrir un débat sur l’antisémitisme, profondément enraciné dans la société allemande, son contexte et les contre-mesures nécessaires », a estimé le commissaire du gouvernement à l’antisémitisme, Felix Klein.

De New York (Etats-Unis), le dirigeant du Congrès juif mondial, Ronald Lauder, a de son côté déploré « un acte de terreur violent, antisémite ».

« Le fait que les Juifs d’Allemagne deviennent de plus en plus la cible de la haine ne doit laisser personne indifférent dans un État constitutionnel démocratique comme l’Allemagne », a de son côté fait valoir le président du Conseil central des Juifs d’Allemagne, Josef Schuster.

Il a demandé que Hambourg « suive l’exemple des autres États fédéraux » qui ont nommé, après des agressions antisémites, un responsable chargé de coordonner l’action avec les autorités juives régionales.

Les crimes et délits antisémites et islamophobes, en grande majorité commis par des sympathisants d’extrême droite, ont augmenté en Allemagne en 2019, selon les derniers chiffres, publiés le 27 mai par le gouvernement.

Insultes et attaques contre des Juifs ont ainsi augmenté l’an dernier de 13 %, pour atteindre 2 032 actes.

« La plus grande menace (contre les Juifs) continue de provenir de l’extrémisme de droite. 93,4 % des crimes antisémites ont un fond d’extrême droite », avait alors mis en garde le ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer.

La pandémie de nouveau coronavirus et la mobilisation, assez suivie, d’opposants au port du masque ont elles aussi donné lieu à des débordements antisémites, des manifestants s’en prenant en particulier dans les cortèges à la famille Rothschild ou assimilant le port d’une protection à celui, obligatoire pour les Juifs pendant la période nazie, de l’étoile jaune.

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