Excuses du Canada pour avoir refusé d’accueillir des Juifs en 1939
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Excuses du Canada pour avoir refusé d’accueillir des Juifs en 1939

Justin Trudeau a déploré que le Canada a "tourné le dos aux [907] réfugiés juifs" qui avaient embarqué à bord du paquebot Saint Louis dans l'espoir de fuir l'Allemagne nazie

In 1939, Canada turned its back on 907 Jewish refugees, deeming them unworthy of a home, and undeserving of our help. Today, I issue an official apology on behalf of the Government of Canada to the passengers of the MS St. Louis and their families for this injustice. Watch live:----En 1939, le Canada a refusé 907 réfugiés juifs perçus comme indignes d’avoir un foyer ou notre aide. Je présente en direct les excuses officielles du gouvernement du Canada aux passagers du MS Saint Louis et à leurs familles pour cette injustice :

Posted by Justin Trudeau on Wednesday, 7 November 2018

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a présenté mercredi des excuses officielles au Parlement pour le refus du Canada d’accueillir en 1939 des centaines de Juifs allemands qui cherchaient à fuir le régime nazi.

Le 15 mai 1939, à quelques mois du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le paquebot « Saint-Louis » avait quitté l’Allemagne avec près de
1 000 passagers, dont 907 Allemands juifs cherchant à échapper à la persécution.

Première escale du navire, Cuba leur avait refusé l’asile. Même chose aux Etats-Unis, puis au Canada, en raison d’une politique d’immigration discriminatoire en vigueur à l’époque.

Le Canada ne comptait alors que 11 millions d’habitants, dont seulement 160 000 de confession juive, a rappelé M. Trudeau.

« Pourtant, c’était encore trop pour un bon nombre de Canadiens, y compris pour Frederick Charles Blair, qui était alors responsable de l’immigration au gouvernement », a-t-il déclaré dans un discours à la Chambre des communes.

Le paquebot était finalement retourné vers l’Europe, accostant dans le port belge d’Anvers, d’où ses passagers avaient fini par se disperser, certains en Belgique, d’autres en France, aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni. Deux-cent-cinquante-quatre d’entre eux ont péri durant la Shoah.

Réfugiés juifs à bord du paquebot allemand St. Louis, le 29 juin 1939. (Crédit : Planet News Archive/SSPL/Getty Images via JTA)

« Bien que des décennies se soient écoulées depuis que nous avons tourné le dos aux réfugiés juifs, le temps n’a aucunement absous le Canada de sa culpabilité ou allégé le poids de sa honte », a poursuivi M. Trudeau.

« Aujourd’hui, je me lève en cette Chambre pour présenter des excuses qui se sont trop longtemps fait attendre aux réfugiés juifs que le Canada a refusés ».

Auparavant, le dirigeant libéral a accueilli dans son bureau au Parlement l’une des dernières survivantes de ce voyage tragique, Ana Maria Gordon, en défendant la nécessité de poursuivre le combat contre l’antisémitisme.

« Nous venons d’avoir un rappel tragique (…) que nous devons continuer à travailler ensemble », a dit M. Trudeau à la presse en évoquant la fusillade du 27 octobre dans une synagogue de Pittsburgh (nord des Etats-Unis), qui a fait 11 morts et six blessés.

« Les Juifs sont la cible de 17 % des crimes haineux commis au Canada, un pourcentage nettement plus élevé que celui des autres groupes », a-t-il souligné.

« La discrimination et la violence contre les Juifs, au Canada et ailleurs dans le monde, se poursuivent à un rythme alarmant. Ces maux diaboliques n’ont malheureusement pas pris fin avec la Seconde guerre mondiale ».

Suit la réaction du Congrès juif mondial :

« Le Congrès juif mondial se félicite des excuses présentées par le gouvernement canadien pour avoir renvoyé un navire transportant des Juifs en 1939 et pour sa politique de ‘aucun, c’est déjà trop’ vis-à-vis de ces réfugiés. Rendus à l’Europe, beaucoup d’entre eux furent assassinés par les nazis et leurs complices », selon Lauder. « Nous remercions notre représentant au Canada, le Centre pour les affaires israéliennes et juives (CIJA), pour son rôle dans l’obtention de ces excuses très importantes, et pour la reconnaissance publique des malheurs engendrés par cette décision fatidique. Aujourd’hui, la xénophobie et l’antisémitisme font une réapparition effrayante à travers le monde, c’est une réalité incontestable qui pourrait avoir des conséquences terribles et mortelles, comme nous l’enseigne l’histoire de la Shoah. Nous devons toujours nous rappeler les dangers qui peuvent survenir lorsque nous restons les bras croisés et que la haine domine. Laissons la leçon du M.S. Saint-Louis résonner bruyamment dans le contexte du climat politique inquiétant qui règne aujourd’hui, qu’elle nous rappelle l’importance de la protection et de la défense des plus démunis, y compris des étrangers qui sont parmi nous. Nous exhortons également le Canada et les autres démocraties du monde à faire un pas dans la bonne direction et à adopter la définition universelle de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour l’Holocauste, afin de garantir que partout, des lignes directrices claires existent, afin de trouver une solution. Ensemble, nous devons nous souvenir de notre passé et protéger notre avenir, » a écrit Ronald S. Lauder, son président.

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