Expériences sur des esclaves: la statue d’un gynécologue déboulonnée à NYC
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Expériences sur des esclaves: la statue d’un gynécologue déboulonnée à NYC

Considéré comme le père de la gynécologie moderne, le Dr Sims a aussi pratiqué des expériences sur plusieurs femmes noires esclaves, le plus souvent sans anesthésie

Déboulonnage de la statue de Dr. James Marion Sims, le 17 avril 2018, à New York, sur ordre du maire de la ville Bill de Blasio. 
(Crédit : AFP / Thomas URBAIN)
Déboulonnage de la statue de Dr. James Marion Sims, le 17 avril 2018, à New York, sur ordre du maire de la ville Bill de Blasio. (Crédit : AFP / Thomas URBAIN)

Une statue du Dr James Marion Sims, considéré comme le père de la gynécologie moderne, a été déboulonnée mardi à New York sur décision du maire, en raison des expériences que le médecin a pratiquées sur des esclaves au XIXe siècle.

La décision s’inscrit dans le mouvement de contestation qui a réclamé, un peu partout aux Etats-Unis, le retrait de monuments, plaques ou noms de rues honorant des personnalités connues pour leurs liens avec l’esclavage ou plus généralement la persécution des minorités.

Pour y faire écho, le maire de New York Bill de Blasio avait confié à une commission l’examen des grands noms honorés par la ville, qui a proposé des aménagements pour une série de monuments ou plaques commémoratives.

Mardi, c’était au tour de la statue de James Marion Sims (1813-1883), située au bord de Central Park, à Harlem, depuis son érection en 1894.

Considéré comme le père de la gynécologie moderne, ce médecin originaire de Caroline du Sud a inventé plusieurs instruments de gynécologie et d’obstétrique, notamment le spéculum, encore essentiel aujourd’hui à tout examen gynécologique.

Mais le Dr Sims a aussi pratiqué des expériences sur plusieurs femmes noires esclaves, le plus souvent sans anesthésie. Il a même, selon des historiens, opéré la même 30 fois pour perfectionner sa technique.

Plusieurs pétitions ont circulé ces derniers mois pour demander le retrait de la statue, en partie peinte en rouge par des activistes, qui ont également inscrit, à la bombe, le mot « RACISTE ».

« Il est temps ! », a crié une femme noire dans le public d’une trentaine de personnes venues assister mardi à l’enlèvement de la statue controversée. « Sims n’est pas notre héros ! », ont scandé d’autres, alors que le monument s’élevait dans les airs.

« Je ne pense pas qu’il faille dire qu’il n’a rien apporté à la médecine », a estimé Bernadith Russell, gynécologue-obstétricienne à l’hôpital New York-Presbyterian.

« Mais il est important de reconnaître que ces apports ont été faits au sacrifice de femmes sans leur consentement. »

« Si Josef Mengele (médecin nazi du camp d’extermination d’Auschwitz) avait contribué aux progrès de la médecine, on ne lui dresserait pas une statue, à cause de la manière dont il l’aurait fait », a-t-elle ajouté.

La statue, qui pèse environ 500 kilogrammes, va être installée au cimetière géant de Green-Wood, à Brooklyn, où repose le Dr Sims.

Il est prévu qu’un nouveau monument soit érigé à l’endroit où se situait la statue, célébrant une autre personnalité, à l’image progressiste.

La ville de New York avait décidé en février de ne pas retirer la plaque à la mémoire du collaborateur des nazis français Henri Philippe Pétain de cette portion de rue courant sur 13 blocs d’immeubles appelée le « Canyon des héros » à Broadway.

A la place, la décision a été prise que la ville « explorera les opportunités pour ajouter des éléments de contexte, comme des orientations, une signalisation sur le site et des informations historiques » sur tous ceux dont les noms sont présents dans ce canyon.

Cette plaque de granit, qui a été portée à l’attention de la municipalité au printemps dernier, avait été placée au centre de Manhattan pour commémorer la parade triomphante qu’avait fait Pétain là-bas, qui avait été organisée pour sa défense de la France pendant la Première guerre mondiale.

La plaque avait été installée en 2004, lorsque la ville avait décidé d’immortaliser les personnalités qui avaient été distinguées lors de parades rendues en leur honneur.

La plaque de Pétain avait été inclue dans ce « canyon des héros » même si, neuf ans après ce triomphe à New York, l’homme avait rassemblé et livré plus de 10 000 Juifs aux nazis alors qu’il était à la tête du régime collaborationniste de Vichy.

Il restera dorénavant en place, aux côtés des noms, notamment, du premier Premier ministre israélien David Ben-Gurion et du président américain John F. Kennedy.

« Honnêtement, c’est incompréhensible pour moi », a déclaré le parlementaire Dov Hikind, qui a prôné avec force le retrait de la plaque, au Times of Israel. « Je ne veux accuser personne d’ignorance, mais quiconque lit l’histoire sait que c’est une question simple et qui ne mérite même pas d’être débattue ».

L’entrevue de Montoire, le 3 octobre 1940, entre le maréchal Pétain et Adolf Hitler (Crédit : wikimedia commons)

Au cours du printemps dernier, lorsque le problème est apparu à la surface, Hikind avait rencontré le maire Bill De Blasio et avait indiqué être « très confiant dans le fait que les autorités vont faire quelque chose ».

« Rien ne peut vraiment me surprendre dans le monde mais je pensais véritablement que quelque chose serait entrepris », a-t-il dit. « Il est regrettable que le maire n’ait pas pris la bonne décision ».

Hikind a ajouté que laisser la plaque était « immoral », en particulier dans la mesure où New York est la ville qui accueille la plus vaste communauté juive hors d’Israël.

La communauté juive de New York, qui s’était mobilisée pour que le nom de Pétain disparaisse de la rue, avait entrevu une lueur d’espoir au mois d’août dernier lorsque, après les événements survenus à Charlottesville en Virginie, le maire De Blasio avait désigné une commission spéciale pour conduire un « réexamen de 90 jours sur tous les symboles de haine figurant sur les biens appartenant à la ville ».

La décision prise par le maire de laisser la plaque en place contredit l’annonce initiale qu’il avait faite sur Twitter et qui établissait clairement que « la commémoration du collaborateur Philippe Pétain sur le ‘Canyon des héros’ sera l’une des premières choses que nous retirerons ».

Selon le rapport de la commission, qui a examiné les cas de nombreux monuments, notamment une statue emblématique de Christophe Colomb, « si un marqueur est exact – qu’il ne rend pas hommage à des valeurs ou à des actions extrêmes – alors il ne doit pas être enlevé ».

Philippe Pétain (photo credit: Library of Congress, Wikimedia Commons)
Philippe Pétain (photo credit: Library of Congress, Wikimedia Commons)

De plus, les membres de la commission estiment que la plaque de Pétain ne doit pas être considérée de manière isolée et que les 206 marqueurs qui jalonnent ce parcours historique doivent être envisagés sous l’angle d’une chronologie complète.

« Nous n’avons réfléchi qu’en termes de tout ou rien […] Et les deux seules propositions étudiées ont donc été d’ôter toutes les plaques ou de toutes les laisser », a expliqué le rapport.

Il est clair que certaines parades ont mal jugé certains ‘héros’ que l’histoire a ultérieurement précipité dans l’ombre », a ajouté le rapport. « Il est souvent difficile pour nous de reconnaître les jugements du passé depuis notre perspective du présent, mais la suppression des vestiges des décisions passées risque de mener à l’amnésie culturelle ».

La commission a également mentionné la possibilité de changer le nom de « Canyon des héros » afin d’éviter d’induire en erreur les gens sur la liste des noms inclus.

La Congrès juif mondial, qui avait également rejoint les efforts contre la plaque par le biais d’une campagne sur les réseaux sociaux, a exprimé sa déception.

Betty Ehrenberg, administratrice du Congrès juif mondial en Amérique du nord, a expliqué au Times of Israel que le nom de Pétain « ne doit pas figurer aux côtés des hommages rendus à ceux qui méritent véritablement l’admiration et la vénération ».

« Nous espérons que cette décision de laisser en place cette plaque sera reprise en considération et qu’il y aura un changement de politique à cet égard », a-t-elle ajouté. « New York, une ville où se trouvent tant de confessions, de cultures et de groupes ethniques, est un bastion de tolérance et de diversité et nous devons mieux enseigner l’histoire, aujourd’hui et à l’avenir ».

En France, toutes les rues nommées Henri Philippe Pétain ont été débaptisées et il n’y a aucune commémoration de l’ancien maréchal dans le pays.

Alors que son nom restera gravé dans le trottoir – avec de vagues plans d’ajouter des éléments de contexte à la plaque – la commission a décidé d’installer de nouveaux marqueurs historiques sur ou autour de la statut de Christophe Colomb à Columbus Circle, et d’ajouter un nouveau monument à la mémoire des peuples indigènes.

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