Expulsions de migrants : Des bureaux du gouvernement israélien vandalisés
Rechercher

Expulsions de migrants : Des bureaux du gouvernement israélien vandalisés

En protestation contre les expulsions de migrants africains, l'extérieur de la Direction de la population, de l'immigration et des frontières a été vandalisé

Têtes de poupée coupées, peinture rouge et notes trouvées devant l'entrée du bureau de Tel Aviv de la Population Immigration and Border Authority, le samedi 27 janvier 2018. (Porte-parole de la police)
Têtes de poupée coupées, peinture rouge et notes trouvées devant l'entrée du bureau de Tel Aviv de la Population Immigration and Border Authority, le samedi 27 janvier 2018. (Porte-parole de la police)

Un certain nombre de têtes de poupée coupées recouvertes de peinture rouge ont été retrouvées à l’extérieur du bureau de la Population (PIBA) de Tel Aviv samedi, dans ce qui semble être une action de protestation contre l’intention du gouvernement israélien d’expulser les demandeurs d’asile africains.

Parmi les poupées et la peinture figuraient des notes dactylographiées disant « leur sang est sur vos mains » et « ce n’est que le début », selon la chaîne Hadashot.

La police a ouvert une enquête et a déclaré que les autorités chargées de l’application de la loi considéraient que tout acte de vandalisme contre les bureaux du gouvernement était « d’une gravité extrême ». La police a ajouté que l’enquête avait un caractère prioritaire.

Le bureau de l’immigration a déclaré dans un communiqué que l’incident était « un acte méprisable contre les employés du gouvernement dans l’exercice de leurs fonctions, un acte qui n’a rien à voir avec une lutte légitime ou une forme légitime de protestation ».

C’est un acte de folie qui incite à la violence, digne des pires cauchemars, et nous ne le laisserons pas passer tranquillement. Aujourd’hui, une ligne rouge a été franchie et ce sera la dernière fois », a déclaré l’autorité.

Une note indique : « Ceci ne se passera pas tranquillement, ce n’est que le début » trouvée à l’extérieur du bureau de la « Population, Immigration and Border Authority » à Tel Aviv le samedi 27 janvier 2018. (Porte-parole de la police)

Le mois dernier, la Knesset a approuvé un amendement à la loi dite « Infiltrator’s Law » qui ouvre la voie aux expulsions forcées de migrants et de demandeurs d’asile érythréens et soudanais à partir du mois de mars, ainsi qu’à l’emprisonnement pour une durée indéterminée de ceux qui refusent de partir « volontairement ».

Il y a environ 38 000 migrants et demandeurs d’asile africains en Israël, selon le ministère de l’Intérieur. Environ 72 % sont érythréens et 20 % sont soudanais, et la grande majorité est arrivée entre 2006 et 2012. Beaucoup vivent dans le sud de Tel Aviv, et certains résidents et militants leur reprochent d’avoir fait augmenter le taux de criminalité et ont fait pression sur le gouvernement pour qu’il les expulse.

L’amendement a interpellé la communauté internationale et suscite beaucoup de controverse.

Vendredi, près de 800 religieux juifs américains ont signé une lettre ouverte exhortant le gouvernement israélien à mettre un terme aux expulsions prévues.

La lettre, initiée par des organisations juives dont le New Israel Fund, le groupe de soutien aux réfugiés HIAS et le groupe de défense des droits de l’homme T’ruah, affirme que « notre propre expérience d’esclavage et de libération, et notre propre expérience en tant que réfugiés, nous oblige à agir avec miséricorde et justice envers ceux qui cherchent refuge parmi nous ».

Dans leur nouvelle lettre, les rabbins, les chantres et les étudiants appellent le Premier ministre Benjamin Netanyahu à « commencer à assumer les responsabilités internationales d’Israël » envers les réfugiés.

« Il s’agit notamment de donner aux demandeurs d’asile une chance équitable de déposer des demandes de statut de réfugié et de s’abstenir d’expulser les demandeurs d’asile vers des pays qui ne peuvent garantir leur sécurité. Cela signifie également que votre gouvernement doit commencer à examiner ces demandes d’une manière efficace, équitable, transparente et impartiale. »

Des demandeurs d’asile africains et des militants des droits de l’homme protestent contre les expulsions devant l’ambassade du Rwanda à Herzliya, le 22 janvier 2018. (Tomer Neuberg/Flash90)

Le document faisait suite à des lettres similaires de dirigeants juifs nord-américains ces dernières semaines, dans lesquelles ils demandaient à Netanyahu « de faire ce qui est juste, de manière juive, d’être une lumière pour les nations dans la façon dont nous traitons les étrangers parmi nous ».

La semaine dernière, un groupe de survivants israéliens de l’Holocauste a également exhorté Netanyahu à mettre un terme aux expulsions prévues. Les 36 survivants ont appelé le Premier ministre à prendre une « décision historique » et de revenir sur le plan controversé d’expulsion, selon le quotidien Haaretz.

« Nous vous disons : Arrêtez ce processus ! » indiquait leur lettre. « Vous seul avez l’autorité de prendre la décision historique, et de montrer au monde que l’État juif ne permettra pas la souffrance et la torture des gens sous sa protection. »

Les chefs de groupes, dont HIAS, le Religious Action Center of Reform Judaism, le Conseil national des femmes juives, J-Street et T’ruah ont d’abord envoyé une lettre à Netanyahu en novembre pour l’exhorter à ne pas expulser les demandeurs d’asile. Le Cabinet du Premier ministre a réagi quelques semaines plus tard en contestant la description des migrants africains en tant que réfugiés ou de ceux qui cherchent un abri contre la persécution ou la guerre.

Dans une objection plus tôt ce mois-ci, les groupes ont noté que de nombreux migrants du Soudan et de l’Érythrée avaient demandé le statut de réfugié, mais n’étaient pas traités équitablement.

« Nous savons que beaucoup de [les migrants] sont en effet des demandeurs d’asile et des réfugiés qui méritent d’être protégés, et nous sommes profondément préoccupés par leur bien-être », lit-on dans la lettre.

Plus de 1 000 demandeurs d’asile érythréens se sont rassemblés devant l’ambassade du Rwanda le 22 janvier 2018 pour protester contre les expulsions prévues. (Melanie Lidman/Times of Israel)

Nous savons également qu’à l’extérieur d’Israël, environ 56 % des demandeurs d’asile soudanais et 84 % des demandeurs d’asile érythréens ont été acceptés comme réfugiés. Le fait que moins de 1 % des demandeurs d’asile soudanais et érythréens en Israël ont reçu le statut de réfugié jette de sérieux doutes sur la validité du processus d’asile israélien tel qu’il est actuellement. »

Les signataires de la lettre ont indiqué que des rapports indiquaient que les migrants forcés de partir ne trouvaient pas refuge ailleurs.

Netanyahu a évoqué des accords pour envoyer des migrants dans des pays tiers en Afrique, mais a refusé de divulguer le nom de ces pays.

En novembre, la ministre rwandaise des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo a déclaré que le pays pouvait accueillir environ 10 000 demandeurs d’asile israéliens. Israël versera 5 000 dollars au gouvernement rwandais pour chaque migrant expulsé, plus une « prime de départ » de 3 500 dollars directement à la personne expulsée.

Auparavant, le Rwanda et l’Ouganda ont accepté environ 4 000 migrants et demandeurs d’asile qui avaient signé un document affirmant qu’ils avaient « volontairement quitté » Israël, mais jusqu’à présent ces pays n’ont pas accepté de demandeurs d’asile qui avaient été expulsés contre leur gré.

JTA a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...