Une société israélienne veut éradiquer le problème de l’eau dans le monde
Rechercher
Extraire l’eau de l’air - avec 1kW d’énergie, on peut produire 4L d’eau potable

Une société israélienne veut éradiquer le problème de l’eau dans le monde

Water-Gen, contrôlée par le milliardaire israélo-russe Michael Mirilashvili, veut créer des unités de production d’eau en masse d’ici la fin de l’année

La technologie de Water-Gen utilise une série de filtres pour purifier l'air, en extraire l'humidité et la transformer en eau potable. (Crédit : capture d'écran YouTube)
La technologie de Water-Gen utilise une série de filtres pour purifier l'air, en extraire l'humidité et la transformer en eau potable. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Water-Gen, une entreprise israélienne dont la technologie permet de capturer l’humidité afin de produire de l’eau potable avec de l’air, a peu de chance de souffrir du problème de financement qui affecte certaines entreprises en forte croissance.

En effet, l’entrepreneur et milliardaire israélo-russe Michael Mirilashvili, qui est également le vice-président du Congrès juif mondial, a pris le contrôle de l’entreprise l’été dernier, et parce qu’il a des soutiens de taille. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu l’a mentionné dans un entretien à l’émission « 60 Minutes » de CBS dans le domaine des prouesses de la haute technologie israélienne. Lors de la conférence l’AIPAC du mois dernier, le professeur de droit d’Harvard et défenseur d’Israël Alan Dershowitz est monté sur scène pour présenter sa technologie. En septembre, l’entreprise a exposé sa solution aux Nations unies.

Pas mal pour une entreprise qui emploie environ 30 personnes, principalement des ingénieurs, dans la ville du centre d’Israël de Rishon Lezion. Elle a été créée en 2010 par l’entrepreneur Arye Kohavi, un ancien commandant d’une unité de reconnaissance de combat dans l’armée israélienne, qui a auparavant monté une entreprise qui développe des logiciels d’enseignement en ligne.

« Nous financerons tous les besoins, a déclaré Maxim Pasik, le directeur exécutif de Water-Gen, lors d’un entretien dans les bureaux de l’entreprise Beer Itzhak Energie à Herzliya, quand il a été interrogé sur les options de financement pour la croissance de l’entreprise.

« Le potentiel de Water-Gen est illimité. Produire de l’eau à partir de l’air est la prochaine source d’eau pour le monde ». Beer Itzhak Energy est la branche commerciale de Mirilashvili qui a acheté 70 % des parts de Water-Gen.

Maxim Pasik, le directeur exécutif de Water-Gen, et le professeur Alan Dershowitz à la conférence politique de l'AIPAC, à Washington, D.C., en mars 2017. (Crédit: autorisation)
Maxim Pasik, le directeur exécutif de Water-Gen, et le professeur Alan Dershowitz à la conférence politique de l’AIPAC, à Washington, D.C., en mars 2017. (Crédit: autorisation)

L’eau recouvre 70 % de la Terre, mais seulement 3 % de l’eau du monde est douce, et deux-tiers sont disponibles à l’utilisation, selon le Fonds mondial pour la nature (FMN). En conséquence, « environ 1,1 milliard de personnes dans le monde ont des difficultés d’accès à l’eau, et un total de 2,7 milliards de personnes n’a pas d’eau pendant au moins un mois de l’année », précise le FMN.

Au rythme de la consommation actuel, d’ici 2025, deux-tiers de la population mondiale devront faire face à des pénuries d’eau, estime le FMN. Environ 1,2 milliard de personnes, soit presque un cinquième de la population mondiale, vit dans des zones avec peu d’eau, selon le département de l’Economie et de Affaires sociales des Nations unies.

L’eau de l’air, pas de la pierre

Après l’Exode biblique d’Egypte, Moïse a produit de l’eau pour le peuple d’Israël dans le désert en frappant une pierre. Maintenant, Water-Gen prend l’eau de l’air.

La technologie, développée par Kohavi avec l’aide d’ingénieurs, utilise une série de filtres pour purifier l’air. Après que l’air a été aspiré et refroidi pour en extraire son humidité, l’eau qui se forme est traitée et transformée en eau potable. La technologie utilise un échangeur de chaleur en plastique plutôt qu’en aluminium, ce qui aide à réduire le coût ; il y a aussi un logiciel de l’entreprise qui fait fonctionner les objets.

Les générateurs d’eau atmosphérique développés par Water Gen permettent la production de quatre litres d’eau potable en utilisant un kilowatt d’énergie, a déclaré Pasik.

Par comparaison, d’autres appareils générateurs d’eau atmosphérique consomment trois à quatre fois plus d’énergie, ou produisent trois à quatre fois moins d’eau par unité d’énergie, explique-t-il. Cela rend Water-Gen plus économique que les solutions similaires d’autres entreprises. Le prix de l’eau dépend du prix de l’électricité.

Le générateur d'eau potable à grande échelle de Water-Gen. (Crédit : Water-Gen)
Le générateur d’eau potable à grande échelle de Water-Gen. (Crédit : Water-Gen)

L’eau de Water-Gen est encore aujourd’hui plus onéreuse que l’eau désalinisée, admet Pasik, mais elle reste la meilleure alternative et la moins chère lorsque l’eau désalinisée ne peut être employée en raison d’une mauvaise infrastructure.

Pour les marchés développés, dit Pasik, la solution proposée par Water-Gen est bien moins coûteuse que l’eau minérale ou purifiée en bouteille et évite l’usage de bouteilles en plastique qui nuisent à l’environnement.

« Si les conduites sont endommagées, vous ne pouvez pas boire l’eau à cause de la pollution. Les pays sous-développés rencontrent beaucoup de problèmes avec leurs infrastructures. Dans les pays développés, comme dans le Michigan, en Californie ou dans l’Illinois, les réseaux de canalisations sont très anciens », constate Pasik.

« Aux Etats Unis, les infrastructures seront incontestablement changées mais c’est une question de temps. Et pendant ce temps-là, nous pouvons fournir une solution alternative pour l’eau potable. On peut prendre des douches avec l’eau du robinet, mais on peut boire la même eau à partir de nos produits ».

Le dispositif proposé par l’entreprise existe en trois tailles : industrielle, moyenne et un dernier, plus petit, pour les habitations et l’usage domestique. Plus l’environnement est humide, plus il est possible de produire de l’eau, explique Pasik.

Ainsi, alors que les plus petits dispositifs, réfléchis pour l’utilisation familiale, peuvent fournir une moyenne de 15 litres d’eau potable par jour, en Inde, en raison de l’humidité, le même peut produire 30 litres d’eau.

L’outil de taille moyenne, qui permet d’obtenir 450 litres par jour, se destine aux hôpitaux et aux écoles tandis que le plus volumineux peut assurer un rendement de 3 000 litres par jour (ces chiffres sont également multipliés par deux en Inde). Les plus grosses usines peuvent également être reliées entre elles et alimenter les canalisations existantes, ce qui permettrait d’assurer la consommation d’environ 25 millions de personnes si nécessaire, ajoute Pasik.

Des personnes allant chercher de l'eau dans un bidonville proche de Johannesburg, en Afrique du Sud. Illustration. (Crédit: autorisation)
Des personnes allant chercher de l’eau dans un bidonville proche de Johannesburg, en Afrique du Sud. Illustration. (Crédit: autorisation)

L’entreprise a aussi développé une solution à piles capable de faire de l’eau potable à partir de l’air dans les zones dépourvues d’électricité. En utilisant un procédé d’osmose inversée pour le filtrage et la purification, le dispositif a une capacité d’assainissement de l’eau de 1 200 litres par jour et peut donc servir dans les villages ou dans les régions ayant un besoin urgent en eau ou lors d’opérations de secours.

« Water-Gen a un dépôt significatif de liquidités qui peut permettre une expansion et une croissance accélérés », estime Zirra.com Ltd., une société de Tel Aviv, dans un rapport sur l’entreprise, ajoutant que la solution proposée répond à une « nécessité évidente de la part du public, qui cherche des alternatives proposant des performances plus élevées ».

Zirra est une entreprise de recherche qui analyse les entreprises privées qui utilisent l’intelligence artificielle et les technologies d’apprentissage automatique.

Même ainsi, établit Zirra, la distribution des unités de Water-Gen exigera une « opération logistique de grande ampleur susceptible de peser lourdement sur la structure des coûts de l’entreprise ».

Un changement de stratégie

Water-Gen est actuellement en train de monter un projet pilote dans le comté de Miami-Dade, en Floride, commente Pasik. En mars de cette année, les habitants ont été informés qu’ils devaient faire bouillir l’eau du robinet avant de l’utiliser après une panne d’électricité qui a duré une minute à l’usine de traitement de l’eau de Norwood, au nord de Miami, susceptible d’avoir causé des contaminations.

Pasik indique que ses produits suscitent également un fort intérêt de la part du gouvernement fédéral américain. C’est le cas aussi des pays arabes, une information qu’il ne désire pas davantage commenter.

Lorsque Mirilashvili a acheté sa part de Water-Gen, l’entreprise se focalisait sur la création d’unités de purification de l’eau pour les armées du monde entier. « Nous avons changé cette stratégie. Nous destinons aussi nos dispositifs aux civils lorsque le besoin est énorme », indique Pasik. « Nous planifions une production de masse à l’horizon de la fin 2017 ».

Le logiciel et l’échangeur de chaleur à plaques – qui sont essentiellement le coeur du produit – seront fabriqués en Israël et Water Gen pour prévoir de créer des co-entreprises avec des partenaires locaux dans tous les pays du monde pour produire des machines de fabrication d’eau potable.

« Nos partenaires sont les gouvernements fédéraux et d’état, les organisations d’urgence du monde entier en coopération avec des partenaires locaux », dit Pasik. « Le prix différera selon les modèles », ajoute-t-il, préférant pour le moment s’abstenir de donner toute indication sur ces derniers.

A la fin du mois de mars, Water-Gen a signé des accords avec l’Inde et le Vietnam, deux pays qui affrontent des pénuries d’eau. En Inde, la société a signé avec la deuxième plus importante entreprise d’énergie solaire du géant asiatique pour produire de l’eau purifiée à destination des villages reculés dans le pays.

La convention passée avec le Vietnam a été conclue avec le gouvernement de Hanoï et prévoit l’établissement de générateurs d’eau dans la capitale vietnamienne.

Une Indienne et sa fille portent un seau d'eau dans les rues de Pushkar Rajasthan. Illustration. (Crédit : Liron Almog/Flash90)
Une Indienne et sa fille portent un seau d’eau dans les rues de Pushkar Rajasthan. Illustration. (Crédit : Liron Almog/Flash90)

Water-Gen continuera également à travailler sur des produits adaptés aux militaires et a développé un purificateur d’eau portable de 12 kilos qui fonctionne à l’aide de la batterie standard qui est utilisée dans l’armée pour fournir de l’eau à partir de n’importe quelle source locale et non-saline, avec la capacité de gérer les contaminants biologiques et chimiques, indique Pasik.

Le dispositif a une capacité d’eau de 220 à 240 litres environ d’eau par batterie.

En quête de ces entreprises qui changent la donne

Né à Kulashi, en Géorgie, Miralashvili a fait ses études à l’école de médecine de St. Petersbourg en Russie et a obtenu son diplôme de pédiatrie en 1983. Mais il n’a jamais travaillé dans cette profession et a plutôt rejoint l’entreprise familiale dont les intérêts se portaient sur les projets immobiliers et les casinos.

Après avoir immigré en Israël, Miralashvili a aujourd’hui la double citoyenneté – russe et israélienne – et ses intérêts commerciaux globaux intègrent les secteur de l’immobilier, des hautes technologies, des mines de diamants et d’or, le domaine des soins de santé et les médias.

Après l’enlèvement du père de Mirilashvili en l’an 2000 et sa libération ultérieure par ses kidnappeurs, Mirilashvili a été emprisonné par un tribunal militaire de district, à Léningrad, pour l’enlèvement des responsables de ce kidnapping. Mais Mirilashvili, qui a nié toute implication dans cette affaire, a rejeté cette accusation et s’est tourné vers la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) en France. Il l’a remporté devant les magistrats et a été relâché.

En plus de superviser son empire commercial, Mirilashvili a aussi consacré son temps à un certain nombre d’activités philanthropiques en faveur de causes juives à travers le monde et en Israël et fait activement la promotion des droits de l’Homme, selon sa biographie publiée sur le site du Congrès juif mondial.

Il a également dans le passé été président de ZAKA, un précieux programme de réponse d’urgence bénévole en Israël.

En 2013, Mirilashvili a occupé la sixième place du classement des Israéliens les plus riches établi par le site financier local TheMarker, avec une richesse estimée entre 2.5 milliards et 3 milliards de dollars. Ses intérêts commerciaux en Israël comprennent le fonds capital-risque Kitaim, le groupe Beer Itzhak Energy et l’entreprise de diamants Hoshen Argaman.

L'unité Spring de Water-Gen pour les soldats sur le terrain. (Crédit : autorisation)
L’unité Spring de Water-Gen pour les soldats sur le terrain. (Crédit : autorisation)

Water-Gen est l’un des deux investissements réalisés par Mirilashvili, qui a aujourd’hui 56 ans, en Israël, explique Pasik.

Beer Itzhak Energy a également investi dans la start-up israélienne Vertical Fields, qui crée et construit des jardins et des plantations verticaux pour les immeubles et les autoroutes.

Les firmes du milliardaire s’intéressent à six autres entreprises israéliennes dans des objectifs d’investissement, ajoute Pasik.

« Nous cherchons à investir dans des entreprises qui ont le potentiel de changer la donne », dit Pasik. « Water-Gen change la donne ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...