Extrême droite en Europe : désunion et tentation violente
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Extrême droite en Europe : désunion et tentation violente

Au sein du groupe Identité et Démocratie au Parlement européen, où siègent plusieurs partis d'extrême droite, les députés "ne se sont accordés que sur 69 % de leurs votes"

De gauche à droite : Geert Wilders, chef du Parti de la Liberté néerlandais; Matteo Salvini, Jörg Meuthen, chef de l'AFD allemand, Marine Le Pen, Vaselin Marehki dirigeant du parti bulgare "Volya", Jaak Madison de parti conservateur estonien, et Tomio Okamura, le président du parti tchèque Liberté et démocratie directe, participent à un rassemblement, organisé par Matteo Salvini, avec d'autres partis nationalistes européens, en vue des élections pour le Parlement européen, à Milan, le 18 mai 2019. (Crédit : Luca Bruno/AP)
De gauche à droite : Geert Wilders, chef du Parti de la Liberté néerlandais; Matteo Salvini, Jörg Meuthen, chef de l'AFD allemand, Marine Le Pen, Vaselin Marehki dirigeant du parti bulgare "Volya", Jaak Madison de parti conservateur estonien, et Tomio Okamura, le président du parti tchèque Liberté et démocratie directe, participent à un rassemblement, organisé par Matteo Salvini, avec d'autres partis nationalistes européens, en vue des élections pour le Parlement européen, à Milan, le 18 mai 2019. (Crédit : Luca Bruno/AP)

Les partis d’extrême droite en Europe peinent à s’entendre depuis leur élection au Parlement européen en 2019 et les formations les plus radicales ont subi une déroute qui pourrait conduire certains militants à considérer la violence comme la seule option.

L’extrême droite « demeure très diverse et ses formations n’ont guère d’agenda commun » depuis un an, notent Nicolas Lebourg, coordinateur de la Chaire citoyenneté à Sciences-Po Saint-Germain-en-Laye, et Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès, dans une note commune récemment révélée par Le Monde.

Au sein du groupe Identité et Démocratie au Parlement européen, où siègent notamment la Ligue italienne, le Rassemblement national français et l’AfD allemande, les députés « ne se sont accordés que sur 69 % de leurs votes quand les scores des groupes conservateurs, écologistes ou libéraux sont tous supérieurs à
90 % », selon l’étude.

Un taux qu’ils n’atteignent que lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts de la Russie.

L’idée d’une « vague » ou d’une « internationale » populiste repose donc « d’abord sur une surestimation du niveau de cohérence idéologique des partis de l’ENL [Europe de nations et des libertés] même si leur cohérence géopolitique est remarquable », soulignent les auteurs.

Les membres du Parlement européen procèdent à un vote, à Strasbourg, le 5 février 2018. (Crédit : AFP / FREDERICK FLORIN)

Concurrents

Plusieurs tentatives d’union ont également échoué : l’ancien conseiller de Donald Trump, Steve Bannon, voulait réunir à Bruxelles ces partis dans une structure nommée « Le Mouvement » mais son initiative s’est avérée une « greffe mal faite de schémas proches du Tea Party américain sur la réalité européenne » de partis qui, comme le RN, n’avaient aucunement l’intention de le laisser s’approprier le leadership. M. Bannon voit ainsi le monde comme une opposition entre l’Occident et la Chine, alors que la cible de ces partis en Europe est « avant tout l’islam ».

Les chefs du RN Marine Le Pen et de la Ligue Matteo Salvini, qui pouvait pourtant se prévaloir de sa légitimité de ministre de l’Intérieur jusqu’en septembre 2019, n’ont pas non plus réussi à rallier dans le groupe ENL le parti polonais Droit et Justice (PiS) et le Fidesz du Premier ministre hongrois Viktor Orban.

Ces partis venus d’anciens pays communistes ont préféré rejoindre les ultraconservateurs du groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE) qui eux-mêmes ont réussi à agréger le parti espagnol Vox, les Démocrates suédois et les néo-fascistes Frères d’Italie.

Dans certains pays, comme aux Pays-Bas et en Belgique, des partis d’extrême droite ont vu des concurrents émerger, comme le Forum de la démocratie néerlandais de Thierry Baudet qui a rogné sur l’électorat du PVV Geert Wilders, ou le NVA en Belgique qui a bousculé le nationaliste flamand Vlaams Belang.

Le pacte entre souverainistes européens. De gauche à droite : le Finlandais Olli Kotro, l’Allemand Jörg Meuthen, l’Italien Matteo Salvini et le Danois Anders Vistisen. (Crédit photo : Miguel Medina / AFP PHOTO)

« Tentation terroriste »

Si ces partis d’extrême droite plus légalistes ont progressé aux élections européennes, les formations plus radicales ont subi une « déroute », notamment Aube dorée en Grèce, le Parti national-démocrate (NPD) allemand, et le Mi Hazank hongrois, qui n’ont pas obtenu d’élu. Seuls ont progressé le parti chypriote Elam et le Parti du peuple slovaque LSNS, qui siègent parmi les non-inscrits.

La question qui se pose à propos de ces partis radicaux n’est donc « pas tant leur potentielle ascension politique » que les « risques pour l’ordre public ». « La concordance entre recul politique et tentation terroriste est possible », avancent les auteurs.

Dans le champ de l’extrême droite, partis légalistes et électoralistes et partis radicaux partagent l’idée que l’Europe est en voie « d’orientalisation » du fait de la mondialisation, les plus radicaux considérant que la crise des réfugiés « comme un ‘jihad’ devant entraîner une action de reconquête ».

Or « le manque d’issue politique à une radicalité dont les thèmes (type ‘grand remplacement’) sont pourtant amplement diffusés, et participent de manière diluée, aux succès des partis légalistes d’extrême droite, peut amener certains de ses militants à considérer que le passage à la violence devient la seule option rationnelle pour obtenir le basculement auquel ils aspirent », préviennent les auteurs.

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