Faaborg-Andersen : le boycott disparaîtra quand Israël fera avancer la paix
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Faaborg-Andersen : le boycott disparaîtra quand Israël fera avancer la paix

L'envoyé de l'UE en Israël est opposé au BDS mais soutient qu'Israël amplifie l'importance d'un mouvement « marginal »

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

L'ambassadeur de l'UE en Israël, Lars Faaborg-Andersen, dans son bureau de Ramat Gan, le 21 septembre 2015. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)
L'ambassadeur de l'UE en Israël, Lars Faaborg-Andersen, dans son bureau de Ramat Gan, le 21 septembre 2015. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Sans le conflit israélo-palestinien il n’y aurait pas le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions, a déclaré l’envoyé de l’Union européenne en Israël lundi, faisant valoir que le meilleur moyen de combattre le BDS est de prendre des mesures pour faire avancer une solution à deux Etats.

« L’antidote le plus efficace contre le mouvement BDS est de résoudre la question palestinienne. S’il n’y avait pas de question palestinienne, il n’y aurait pas de mouvement BDS », a déclaré l’ambassadeur Lars Faaborg-Andersen lors d’une conférence à Jérusalem.

Ou au moins, le mouvement de boycott « se réduirait à pratiquement rien », s’il n’y avait pas de conflit israélo-palestinien « pour le justifier », a-t-il soutenu.

L’UE ne s’attend pas à ce qu’Israël soit en mesure de résoudre le conflit de manière unilatérale, a souligné l’ambassadeur.

« Il faut être deux pour danser le tango. Il faudra les Palestiniens aussi ». Mais il est important qu’Israël ne soit pas considéré comme portant atteinte à une solution à deux Etats, a-t-il dit. « S’il y avait plus d’efforts pour montrer la volonté d’aller de l’avant et faire des progrès dans le processus, cela affaiblirait grandement le mouvement BDS ».

Faaborg-Andersen a ajouté que le BDS est un phénomène « plutôt marginal » qui, à l’heure actuelle, « a très peu d’effet » sur Israël.

« Cela signifie que nous devons, bien sûr, rester vigilants afin de nous assurer qu’il ne reçoive pas d’autres stimulations et ne reçoive pas un soutien supplémentaire. Mais je pense qu’il est important de garder le sens des proportions ici et nous assurer que nous ne amplifons pas ce phénomène au lieu de l’amenuiser en lui donnant aussi une plate-forme qu’il n’a pas vraiment ».

Il y a une « grande différence entre la critique légitime des politiques et le BDS », a-t-il dit. « Il y a un grand risque, en amalgamant les choses ensemble qui n’ont vraiment rien à voir ensemble, quand en premier lieu vous donner au mouvement BDS une proéminence qu’il n’a pas. Et deuxièmement, lorsque vous coupez le dialogue et la conversation avec ceux qui critiquent les politiques mais ne sont pas des partisans de BDS ».

Plus tôt au cours de la conférence, qui a été organisée par le quotidien Yedioth Ahronoth, Faaborg-Andersen a exprimé la volonté de l’UE de voir Israël se développer et a déclaré que l’UE rejette complètement tous les efforts visant à boycotter Israël. « Permettez-moi de rendre une chose 100 % clair : l’Union européenne est contre le BDS. Notre politique est totalement opposée au mouvement BDS. Notre politique est celle de l’engagement avec Israël ».

L’UE a « une liste pour prouver » ce point, a poursuivi Faaborg-Andersen, en citant le volume du commerce bilatéral, qui s’élève à 30 milliards de dollars et le fait que l’UE est le « partenaire le plus important dans [le domaine de] la science et de la technologie » d’Israël.

Cependant, a souligné l’envoyé, l’UE pense que les implantations sont illégales en vertu du droit international et qu’elles sont un obstacle pour le processus de paix.

Les produits des implantations sont vendus librement et sont « les bienvenus sur le marché européen », a-t-il dit, mais ils ne bénéficient pas d’un traitement douanier préférentiel – les produits en provenance d’Israël à proprement dit en bénéficient – et doivent porter une indication qu’ils viennent des implantations.

« Même le gouvernement israélien ne prétend pas que la Cisjordanie fait partie d’Israël. Alors, pourquoi les produits en provenance de la Cisjordanie devraient être considérés comme provenant d’Israël ? Nous n’avons aucun problème avec ces produits ; ils sont juste correctement étiquetés », a-t-il expliqué. « Cela n’équivaut pas du tout à un type de boycott ».

L’envoyé de l’UE a, en outre déclaré, que l’UE a reconnu « à plusieurs reprises » qu’Israël « ne fait pas face à un terrain neutre » dans les forums internationaux, tels que le Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

Aucun autre pays n’est régulièrement isolé pour un examen de routine comme Israël l’est, a-t-il reconnu. « Nous avons été critique cela et nous avons aussi essayé de diverses manières d’aider Israël à surmonter certains de ces obstacles auxquels ils sont confrontés sur un terrain de jeu inégal au Conseil des droits de l’Homme, par exemple ».

Mais il n’y a pas grand chose que l’UE puisse faire, a-t-il ajouté. « Nous sommes 28 voix mais le conseil est beaucoup plus grand que cela. Donc, par conséquent, nous devons respecter la règle de la majorité. Et notre position continue d’être que ces organismes, même si nous ne sommes pas toujours d’accord avec l’opinion de la majorité, ces organismes sont importants pour le dialogue international. Et donc notre politique avec eux est également celle de l’engagement ».

La participation de Faaborg-Andersen à la conférence, et sa participation à un panel avec l’ancien chef des implantations Danny Dayan, ont conduit à une critique sévère de la part du mouvement BDS. Dans une lettre ouverte postée en ligne, les militants BDS ont appelé l’UE à supprimer le haut diplomate du panel.

Mais Faaborg-Andersen a confié qu’il se sentait « totalement découragé » par ces appels. « Parfois, je suis critiqué par des colons extrémistes et aujourd’hui, je suis critiqué par le mouvement BDS ».

Le président Reuven Rivlin, qui a également pris la parole lors de la conférence, a déclaré que la délégitimation d’Israël est au cœur du mouvement BDS, mais a mis en garde contre la mise sur liste noire de la critique légitime d’Israël.

Le président Reuven Rivlin lors de la conférence "Lutter contre le boycott" organisée par le journal Yedioth Ahronoth pour parler des questions et des moyens de lutter contre le mouvement BDS, au Jérusalem Convention Center, Jérusalem, le 28 mars 2016 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)
Le président Reuven Rivlin lors de la conférence « Lutter contre le boycott » organisée par le journal Yedioth Ahronoth pour parler des questions et des moyens de lutter contre le mouvement BDS, au Jérusalem Convention Center, Jérusalem, le 28 mars 2016 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

« Il faut faire la distinction entre la critique et la délégitimation lorsque nous traitons avec le BDS. La critique peut être faite aussi entre amis mais il est important de faire en sorte que cela ne se transforme pas en délégitimation d’Israël », a-t-il ajouté.

Toutes les personnes qui critiquent la politique israélienne ne s’opposent pas au droit de l’Etat d’exister, a poursuivi le président. « Le fait que nous puissions supporter la critique et expliquer avec succès nos positions dans un débat au sein de la démocratie israélienne est notre force. Nous devons comprendre qu’il n’y a pas d’autre moyen ».

L’ambassadeur américain en Israël Dan Shapiro a déclaré lors d’une conférence sur le boycott d’Israël que l’Etat juif ne devrait pas prendre des mesures qui rendraient la solution à deux Etats plus difficile à atteindre.

« Le BDS a un programme anti-israélien clair, mais quand il n’y a pas de processus de paix, cela rend donc [les choses] difficiles pour les États-Unis », a expliqué Shapiro selon Ynet, qui est une filiale de Yedioth Ahronoth, qui a organisé la conférence.

« Il appartient à Israël de ne pas prendre des mesures unilatérales sur le terrain, comme la construction d’implantation, qui éloignent encore plus une solution à deux Etats », a déclaré Shapiro.

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