Face à Macron, la grande déception des Français juifs
L'annonce du président français de la reconnaissance d'un État palestinien le jour de Rosh HaShana déroute, voire indigne, la plus importante communauté juive d'Europe

« Déception », « manque total de confiance »…
Parmi les Français juifs, beaucoup ne cachent pas leur amertume face à Emmanuel Macron, dont l’annonce prochaine de la reconnaissance d’un État palestinien déroute, voire indigne, la plus importante communauté juive d’Europe.
« C’est une catastrophe. Il ne fait rien pour les otages. On a l’impression que le président n’est pas affecté par tout ça », confie Nicole, 67 ans, qui ne mâche pas ses mots et qui ne souhaite pas donner son nom de famille, au Trocadéro, à Paris, où elle manifeste chaque vendredi en soutien aux otages.
L’histoire avait pourtant bien commencé avec cette communauté, la plus importante d’Europe occidentale, qui compte environ 500 000 personnes.
En septembre 2018, Macron est le premier président français à assister à la présentation des vœux de Rosh HaShana, le Nouvel an juif, à la Grande synagogue de Paris.
Quelques mois plus tôt, il avait décidé de faire entrer Simone Veil, figure politique éminente et rescapée de la Shoah, au Panthéon.
« Il avait alors montré beaucoup d’émotion, j’avais trouvé cela positif », explique Marc Sindres, 77 ans. Mais « comme beaucoup d’entre nous, j’ai été extrêmement choqué par le fait qu’il ne participe pas à la marche contre l’antisémitisme du 12 novembre 2023 », ajoute-t-il.
Macron estimait qu’un chef d’État ne doit pas participer à une manifestation.
« Aujourd’hui, nous avons un manque total de confiance envers le président de la République, qui devrait assurer notre sécurité », a-t-il déclaré lors d’une réunion publique du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).
« Rendez-vous raté »
Le président du CRIF, Yonathan Arfi, connaît bien ces remarques, qui font écho à une désaffection perceptible chez beaucoup de Français en général.
Mais « il y a eu un rendez-vous raté majeur avec le président de la République lors de cette absence à la marche, qui a laissé beaucoup plus de traces qu’on pouvait imaginer », a-t-il expliqué.
Macron n’a-t-il pas, dans un discours lu par son Premier ministre au dîner du CRIF de 2022, estimé que « Jérusalem est la capitale éternelle du peuple juif » ? « La rupture a été d’autant plus violente que l’espérance avait été grande », a ajouté Arfi.
Cette rupture s’est produite en plusieurs étapes, notamment en octobre 2024, lorsque Macron a appelé à l’arrêt des livraisons d’armes à Israël, qu’il accusait de « semer la barbarie ». Son nom a été hué lors d’une cérémonie au Dôme de Paris, quelques jours plus tard.
Autre sujet de crispation : la fermeture du stand israélien au salon aéronautique du Bourget, en juin dernier.
Et les gestes du chef de l’État peinent à convaincre, qu’il s’agisse des mesures de lutte contre l’antisémitisme ou de l’hommage rendu en février 2024 aux victimes françaises du pogrom – perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 – dans la cour des Invalides, que certains dans la communauté juive jugent toutefois tardif.
Dans ce contexte, l’annonce de la reconnaissance d’un État palestinien a aggravé la fracture.
« Trahi »
« Sur quel territoire, avec quel gouvernement ? Macron n’attend même pas la libération des otages comme il l’avait dit », soupire Isaac, 73 ans, qui souhaite rester anonyme, et se sent « trahi » après avoir « voté pour lui ».
Selon un sondage Ifop commandé par le CRIF, paru cette semaine, seuls 29 % des Français estiment que la France « doit reconnaître un État palestinien tout de suite et sans conditions ».
Vendredi, plusieurs représentants d’instances juives, ainsi que des intellectuels et des artistes, ont écrit au président pour lui demander de conditionner cette reconnaissance « à la libération des otages et au démantèlement du Hamas ».
Certains de ces représentants ont été reçus mardi par Macron pour lui faire « remonter la colère » du terrain, selon un participant.
Car la date même de cette reconnaissance, le 22 septembre, qui coïncide cette année avec Rosh HaShana, suscite une vive émotion.
« Ce n’est pas Macron qui a choisi la date, mais ça tombe mal. Tout le monde sera en famille et recevra la notification sur son téléphone à 21 h 30… », soupire Sarah Aizenman, du collectif Nous Vivrons.
« Cette reconnaissance aura nécessairement des conséquences sur l’explosion de l’antisémitisme », redoute-t-elle.
Samedi, sur le réseau social X, Macron a réclamé une « vigilance absolue et une réponse immédiate pour repérer et punir très fermement les auteurs d’actes antisémites », alors que ces faits flambent en France depuis deux ans. Une recrudescence qui « n’a rien à voir avec le processus de reconnaissance », avait-il jugé jeudi sur la chaîne israélienne N12.
Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent toujours 48 otages, dont 47 des 251 personnes enlevées par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023.
Parmi eux se trouvent les corps d’au moins 26 personnes dont le décès a été confirmé par l’armée israélienne, et 20 seraient encore en vie. Les autorités israéliennes ont exprimé de vives inquiétudes concernant le sort de deux autres personnes. Le Hamas détient également le corps d’un soldat de Tsahal tué à Gaza en 2014.







