Face aux divisions, la perspective de nouvelles élections semble se rapprocher
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Face aux divisions, la perspective de nouvelles élections semble se rapprocher

Fait exceptionnel : malgré la crise, aucun ordre du jour n'est prévu pour la réunion du cabinet dimanche, le Likud et Kakhol lavan rejetant les thèmes de l'un et l'autre

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), et le ministre de la Défense Benny Gantz lors de la réunion hebdomadaire du cabinet au ministère des Affaires étrangères de Jérusalem, le 5 juillet 2020. (Amit Shabi/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), et le ministre de la Défense Benny Gantz lors de la réunion hebdomadaire du cabinet au ministère des Affaires étrangères de Jérusalem, le 5 juillet 2020. (Amit Shabi/Flash90)

Vendredi, les spéculations qu’Israël pourrait se diriger un nouveau scrutin, le quatrième depuis avril 2019, allaient bon train. De fait, aucun progrès n’a été effectué dans la confrontation cruciale entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Benny Gantz au sujet du budget de l’État. Aucune question n’a été mise à l’ordre du jour pour la réunion du cabinet de dimanche, selon les médias israéliens.

La Knesset a jusqu’au 25 août pour approuver un budget ou elle sera automatiquement dissoute. Netanyahu et Gantz ont accepté un budget jusqu’en 2021 dans le cadre d’un accord de coalition entre leurs partis. Néanmoins, le Premier ministre demande maintenant l’adoption d’un budget couvrant uniquement le reste de 2020, citant l’incertitude causée par la pandémie du coronavirus. De son côté, Gantz insiste pour adopter un budget qui ira jusqu’à l’année prochaine.

L’ordre du jour pour la réunion hebdomadaire de cabinet – tenue le dimanche – est normalement publié le jeudi, même s’il peut être publié le vendredi, et certaines questions peuvent être ajoutées samedi matin dans des cas exceptionnels, comme cela s’est produit il y a quelques semaines.

Pourtant, depuis la formation de l’actuel gouvernement d’unité – et ce probablement depuis des années – il n’était jamais arrivé qu’aucun sujet ne soit à l’ordre du jour à un jour aussi avancé de la semaine.

Plusieurs sujets proposés, soit par le Likud de Netanyahu ou par Kakhol lavan de Gantz, ont été rejetés respectivement par l’autre, notamment la proposition de Kakhol lavan d’obtenir l’approbation de deux principaux partis de la coalition avant qu’un sujet ne soit discuté au cabinet, en respect de l’accord de coalition. Cela a été rejeté par le Likud.

Les dirigeants de Kakhol lavan, Yair Lapid (à droite) et Moshe Yaalon, lors d’une réunion de faction à la Knesset, le 24 juin 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef de l’opposition Yair Lapid s’est moqué du gouvernement sur le sujet en tweetant : « Il y a une crise sanitaire, une crise économique et il n’y a aucun ordre du jour à la prochaine réunion du cabinet. Ils ne veulent discuter de rien, rien décider, rien faire. Incroyable. »

Moshe Yaalon, le numéro 2 du parti Yesh Atid-Telem de Lapid, a appelé publiquement Gantz et le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi – ses anciens alliés – « à faire ce qui est juste ».

Yaalon a suggéré que Kakhol lavan « quitte ce gouvernement corrompu », passe une loi interdisant à Netanyahu de servir en tant que Premier ministre à cause de son inculpation, et soutienne un nouveau gouvernement dirigé par Lapid, « sans passer par des élections ».

Dans le même temps, des signes croissants semblent suggérer que Netanyahu se prépare à de nouvelles élections. La Douzième chaîne a rapporté que Moshe Klughaft, un éminent stratège politique, avait rejoint l’équipe de Netanyahu en plus de son équipe politique.

Il a également été rapporté que le service Facebook de discussion instantanée de la page de Netanyahu avait repris ses opérations. Néanmoins, l’équipe de Netanyahu a déclaré qu’il s’agissait d’anciens messages pré-enregistrés, et que le chat n’avait en fait jamais été désactivé.

Plusieurs sondages révélés jeudi montraient un soutien en baisse pour le parti du Likud, alors que son parti rival à droite, Yamina de Naftali Bennett, devrait enregistrer une forte hausse. Kakhol lavan devrait aussi perdre une partie de son poids politique.

Le ministre de la défense Naftali Bennett de Yamina, à gauche, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une réunion des partis de droite, le 4 mars 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Alors que la date butoir pour passer un budget approche, les chefs de partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah, qui sont tous les deux membres de la coalition, se sont concertés jeudi pour discuter de cette impasse.

« Nous ne participerons à aucune initiative pouvant conduire à des élections anticipées. L’adoption d’un budget est l’ordre du jour », ont déclaré le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, le ministre du logement Yaakov Litzman et le député Moshe Gafni dans un communiqué commun après leur rencontre.

Les élus haredim ont déclaré que tenir de nouvelles élections alors qu’Israël est confronté à l’épidémie de coronavirus et à ses conséquences sur l’économie serait une « folie complète ».

« L’idée même d’aller à des élections en ce moment est de la folie complète. C’est le moment de tout mettre de côté, [et] de faire rapidement adopter le budget de l’État afin que nous puissions rapidement nous focaliser sur les défis de l’économie et du système de santé », ont-ils déclaré.

Pourtant, Deri, Litzman et Gafni n’ont pas précisé s’ils soutenaient ou non un budget seulement pour le reste de l’année ou un budget couvrant aussi 2021.

Un nouveau scrutin serait le quatrième depuis 2019. Les trois précédents n’ont pas permis de départager un vainqueur, mais Gantz et Netanyahu ont accepté un accord de partage de pouvoir après le vote de mars. L’accord a conduit à la scission de Kakhol lavan, à cause de la promesse initiale du parti de ne pas rejoindre un gouvernement dirigé par le Premier ministre du fait de son inculpation dans des affaires de corruption.

Alors que Netanyahu doit transmettre le poste de Premier ministre en novembre 2021 à Gantz, l’accord de coalition avait fait une exception en cas d’échec à adopter un budget. Cela a conduit les commentateurs de la vie politique à spéculer que le chef du Likud chercherait à créer une crise du budget pour éviter d’avoir à abandonner le pouvoir.

Selon un reportage de la Douzième chaîne mardi, Netanyahu offrirait de transférer des centaines de millions de shekels aux yeshivot en dehors du cadre budgétaire pour réduire l’opposition du Shas et de Yahadout HaTorah à l’idée de dissoudre le gouvernement et d’aller vers un nouveau scrutin.

La chaîne a expliqué que les réticences des ultra-orthodoxes à aller vers des élections étaient basées sur la crainte que cela retarderait plus encore l’adoption d’un budget – et donc l’argent alloué aux yeshivot.

Aussi bien le Shas que Yahadout HaTorah ont soutenu Netanyahu pour le poste de Premier ministre lors des différentes scrutins de l’année dernière, mais ils ont menacé de ne plus le faire si les désaccords autour du budget conduisaient à de nouvelles élections, selon un reportage de Kan mardi.

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