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Fatah-Hamas : qu’en est-il depuis le 7 octobre ?

La Chine devait accueillir la 3e réunion des factions palestiniennes ; Selon les experts, le groupe terroriste voulait la mise en place d’un gouvernement technocratique qu'il peut influencer en coulisses

Une foule brandit des drapeaux palestiniens, du Hamas et du Fatah lors d’une marche en soutien à la population de la bande de Gaza, à Naplouse, en Cisjordanie, le 26 octobre 2023 (Zain JAAFAR / AFP)
Une foule brandit des drapeaux palestiniens, du Hamas et du Fatah lors d’une marche en soutien à la population de la bande de Gaza, à Naplouse, en Cisjordanie, le 26 octobre 2023 (Zain JAAFAR / AFP)

Selon cinq sources anonymes qui ont parlé avec Reuters, les groupes palestiniens rivaux du Hamas et du Fatah devaient se retrouver à la mi-juin en Chine pour négocier une énième fois leur réconciliation mais ces pourparlers ont été reportés sine dieLe Fatah reporte sine die la réunion d’unité palestinienne avec le Hamas en Chine.

De premiers pourparlers se sont tenus, respectivement en Russie, en mars, et en Chine, en avril dernier. Le ministère chinois des Affaires étrangères avait refusé de confirmer la nouvelle de ce nouveau cycle de négociations.

Le Hamas a compris qu’il ne lui serait pas possible de faire partie du futur gouvernement des territoires palestiniens, reconnu par la communauté internationale, une fois les combats terminés, a déclaré l’une des sources.

Il souhaitait par ailleurs que le Fatah accepte le principe d’une nouvelle administration pour la Cisjordanie et Gaza dans le cadre d’un accord politique plus large, a ajouté la source.

Basim Naim, haut responsable du Hamas qui a pris part aux précédentes négociations en Chine, aurait déclaré dans une interview évoquée par Reuters que l’objectif des pourparlers était de parvenir à « un partenariat politique et une unité politique destinée à restructurer l’entité palestinienne », et que le Hamas savait qu’il ne lui serait pas possible de se maintenir au pouvoir.

« Faire ou non partie du futur gouvernement n’est pas le premier souci de l’organisation qui n’en fait pas un pré-requis à la réconciliation », a déclaré Naim.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas serrant la main du président chinois Xi Jinping après une cérémonie de signature, au Grand Hall du Peuple, à Pékin, le 14 juin 2023. (Crédit : Jade Gao/POOL/AFP)

Mercredi, le Premier ministre de l’Autorité palestinienne – dominée par le Fatah et son chef, Mahmoud Abbas – avait déclaré à Bagdad que l’Autorité palestinienne était prête à rétablir une direction palestinienne
« unifiée » après la guerre à Gaza.

« Nous sommes prêts, en tant que Palestiniens, à assumer nos responsabilités dès le lendemain [de la fin de la guerre de Gaza] afin d’aider… à rétablir l’unité du peuple palestinien et de ses dirigeants », avait affirmé Mohammed Mustafa lors d’une conférence de presse avec le ministre irakien des Affaires étrangères, Fouad Hussein.

« Nous devons également nous préparer à la création d’un État [palestinien] et aux responsabilités que cela implique », avait-il ajouté.

Cela fait des années que le Hamas et le Fatah tentent ou font semblant de tenter de se réconcilier. Le dernier cycle de négociations en date, organisé avant le 7 octobre, s’est tenu en Égypte fin juillet 2023. À l’époque, l’idée d’un gouvernement conjoint était alors très hypothétique.

Depuis l’attaque brutale du Hamas, le 7 octobre, dans le sud d’Israël, au cours de laquelle des terroristes ont tué 1 200 personnes et fait 251 otages, il est inenvisageable que le groupe terroriste conserve un rôle officiel au sein de l’enclave.

« Le Hamas sait que ce qui était valable avant la guerre, dans le contexte du processus de réconciliation intra-palestinien, ne l’est plus », explique au Times of Israel Nidal Foqaha, directeur de la Coalition palestinienne pour la paix, organisation partenaire de l’Initiative de Genève, basée à Tel Aviv.

« Ils connaissent également la position de plusieurs acteurs régionaux et d’ailleurs, qui ne souhaitent pas que le Hamas fasse partie de l’administration de Gaza. »

Pour autant, l’organisation terroriste bénéficie d’un large soutien au sein de la société palestinienne. Selon un récent sondage, 59 % des Palestiniens (64 % en Cisjordanie et 52 % dans la bande de Gaza) aimeraient que le Hamas reste au pouvoir à Gaza.

Des manifestants palestiniens agitent des drapeaux du Hamas et crient des slogans lors d’une manifestation après l’assassinat du haut responsable du Hamas Saleh Arouri à Beyrouth, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 3 janvier 2024. (AP/Mahmoud Illean)

Par conséquent, nombreux sont les experts à penser que le groupe terroriste restera sans doute un acteur politique et tentera d’influer sur l’après-guerre et les décisions prises dans les territoires palestiniens.

« Le Hamas aimerait qu’il y ait un gouvernement technocratique palestinien, au sein duquel il pourrait faire nommer certains membres, afin de ne pas faire l’objet d’un veto ou d’une obstruction à Gaza », avance Foqaha.

Malgré l’objectif de guerre du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu – la destruction de l’organisation soutenue par l’Iran -, la plupart des observateurs s’accordent à dire que le Hamas existera sous une forme ou une autre, même après le cessez-le-feu.

Branche palestinienne des Frères musulmans, le mouvement a une forte influence et des racines idéologiques profondes au sein de la société palestinienne.

« Le Hamas n’abandonnera jamais son contrôle sur Gaza », explique au Times of Israel Michael Milshtein, directeur du Forum des études palestiniennes à l’Université de Tel Aviv. « C’est le succès stratégique le plus important de toute l’histoire du mouvement. »

Même si la gouvernance de la bande de Gaza ne reste pas dans ses mains, le Hamas restera « en coulisse », analyse Milshtein. « Avec de fortes infrastructures militaires et civiles, il sera sans doute le parti hégémonique à Gaza, un peu comme le Hezbollah », assure-t-il en parlant du contrôle du groupe terroriste chiite sur le sud-Liban.

« N’accordons aucun crédit à l’utopie selon laquelle le Hamas pourrait quitter la bande de Gaza, comme l’OLP l’a fait au Liban en 1982 », ajoute-t-il à propos du moment auquel des milliers de membres de l’Organisation de libération de la Palestine ont été chassés de Beyrouth par l’armée israélienne et ont déplacé leur quartier général en Tunisie.

Le chef de l’OLP Yasser Arafat, en keffieh, photographié par un sniper israélien, quitte Beyrouth en 1982 (Crédit : Oded Shamir)

L’énigme de l’après-guerre

La perspective de la survie du Hamas en qualité d’acteur politique de tout premier plan est une question hautement épineuse pour les États occidentaux.

Les États-Unis et l’UE sont défavorables à tout rôle du Hamas dans la direction de Gaza dans l’après-guerre. Pourtant, certains membres des autorités américaines expriment en privé leurs doutes quant au fait qu’Israël parvienne à éradiquer l’organisation. Un haut responsable américain a d’ailleurs déclaré, le 14 mai dernier, que Washington pensait peu probable qu’Israël remporte une « victoire totale ».

« Tuer tous les membres du Hamas est irréaliste et n’est, de surcroît, pas le but de l’armée israélienne. Alors que détruire le Hamas en tant qu’autorité gouvernementale est un objectif militaire tout-à-fait réaliste », explique Peter Lerner, porte-parole de l’armée israélienne.

Des soldats israéliens en train d’intervenir à Gaza sur une photo autorisée en date du 22 mai 2024. (Armée israélienne)

Les États occidentaux sont favorables à ce que la bande de Gaza dans l’après-guerre soit dirigée par une Autorité palestinienne remaniée, celle-là même qui a restreint l’autonomie de certaines parties de la Cisjordanie.

Pour le reste du monde, l’Autorité palestinienne installée à Ramallah représente les Palestiniens et reçoit une aide sécuritaire de la part des États-Unis et de l’UE.

L’Autorité palestinienne a également dirigé Gaza jusqu’en 2007, date à laquelle le Hamas a férocement chassé le Fatah de l’enclave, un an après l’avoir battu aux élections législatives. C’est la dernière fois que les Palestiniens ont voté.

En dépit de ces pourparlers, l’inimitié persistante qui règne entre partis suggère que les chances de conclusion d’un accord pour réunifier l’administration des territoires palestiniens sont faibles.

« Mes attentes en matière de rapprochement sont minimes sinon moins encore », explique Yezid Sayigh, chercheur principal au Carnegie Middle East Center, lors d’un entretien à Reuters.

Sur cette photo du service de presse de l’Autorité palestinienne (PPO). on voit (de gauche à droite) le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (2e à gauche) avec le président algérien Abdelmajid Tebboune (2e à droite) et le chef du mouvement palestinien du Hamas Ismail Haniyeh (à droite) lors de la visite d’Abbas pour le 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie à Alger, le 5 juillet 2022. (Thaer Ghanaim/AFP PHOTO/HO/PPO)

Bien que 143 pays reconnaissent l’État de Palestine – notamment l’Irlande, l’Espagne et la Norvège depuis la semaine dernière -, les espoirs d’une nation souveraine faiblissent avec le temps, et les divisions entre le Hamas et le Fatah compliquent encore davantage la donne.

Ces factions ont des points de vue radicalement divergents sur la
stratégie : le Fatah s’investit dans des négociations avec Israël pour faire advenir un pays indépendant alors que le Hamas est favorable à la lutte armée et ne reconnaît pas Israël.

Les désaccords ont éclaté au grand jour lors d’un sommet arabe, en mai dernier, lorsqu’Abbas a accusé le Hamas d’avoir donné à Israël « plus de raisons encore » de détruire Gaza avec son attaque du 7 octobre dernier.

Selon le Hamas, qui a relevé que ces propos étaient regrettables, le 7 octobre est un moment crucial de la lutte palestinienne.

La charte fondatrice du Hamas de 1988 appelait à la destruction d’Israël. En 2017, le Hamas disait accepter l’idée d’un État palestinien de transition dans des frontières antérieures à la guerre de 1967, tout en s’opposant toujours à la reconnaissance du droit d’Israël à exister, position réaffirmée dans le sillage du 7 octobre.

Le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, dirige des négociations en vue de la réconciliation du Fatah et du Hamas en Égypte, le 30 juillet 2023. (WAFA)

Il est peu probable que le Fatah accepte un nouveau gouvernement

En mars, Abbas a nommé un nouveau gouvernement de l’AP dirigé par Mustafa, proche collaborateur d’Abbas qui a supervisé la reconstruction de Gaza lors d’un précédent passage au gouvernement, de 2013 à 2014. Bien que ce gouvernement soit essentiellement composé de technocrates, la décision d’Abbas a provoqué la colère du Hamas, qui l’a accusé d’agir de son côté.

Un haut responsable du Fatah, Sabri Saidam, a déclaré à Reuters que la nomination d’un nouveau gouvernement était une perte de temps.

Un autre haut responsable au fait des positions du Fatah dans les pourparlers en Chine dit souhaiter que le Hamas reconnaisse le rôle de l’OLP en tant qu’unique et légitime représentant des Palestiniens et s’engage à respecter les accords signés par l’OLP.

Cela inclurait les accords d’Oslo signés il y a de cela 30 ans, en vertu desquels l’OLP a reconnu Israël et auxquels le Hamas s’est violemment opposé.

Le responsable précise que le Fatah aimerait que le gouvernement ait un contrôle total de la sécurité et de l’administration à Gaza – un véritable défi à l’influence du Hamas.

Le chef du bureau politique du Hamas, Ismail Haniyeh, a déclaré à la mi-mai que tout plan d’après-guerre pour Gaza excluant le Hamas serait rejeté par l’organisation terroriste : « [Le Hamas] décidera, avec toutes les factions nationales, de l’administration de la bande de Gaza dans l’après-guerre. »

Cette photo du ministère iranien des Affaires étrangères en date du 20 décembre 2023 permet de voir le chef du bureau politique du Hamas installé au Qatar, Ismail Haniyeh, en train de s’adresser aux journalistes au moment de l’arrivée du ministre iranien des Affaires étrangères (absent de la photo), à Doha. (Ministère iranien des Affaires étrangères / AFP)

Fondamentalement en désaccord avec l’OLP à propos d’Israël, le Hamas n’a jamais rejoint l’organisation mais demande depuis longtemps l’organisation d’élections, notamment à son organe législatif plus connu sous le nom de Conseil national palestinien (CNP).

Haniyeh a déclaré vendredi qu’en plus d’un gouvernement de « consensus national », le groupe souhaite des élections à la présidence de l’AP, du parlement et du PNC.

Maître de conférences à l’Université de Birzeit en Cisjordanie, Ghassan Khatib a expliqué à Reuters que le Hamas souhaitait la réconciliation mais à ses conditions, en maintenant sa ligne politique, son appareil de sécurité et son idéologie, ce qui, selon lui, risque d’isoler l’OLP au niveau international.

« Abbas ne peut pas les accepter avec cette ligne politique, car cela mettrait en péril l’unique succès de l’OLP, à savoir la reconnaissance internationale », ajoute-t-il.

Le chefde l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, et le Premier ministre de l’Autorité palestinienne de l’époque, Ismail Haniyeh, du Hamas, à Gaza, le 18 mars 2007. (AP Photo/Khalil Hamra, fichier)

Un accord pour couvrir le réarmement

Malgré tout, un responsable du Fatah, Tayseer Nasrallah, a indiqué à Reuters que le Fatah estimait que le Hamas faisait partie du « tissu national palestinien comme de son tissu politique ».

Un haut responsable du Fatah, Saidam, a dit à l’agence de presse qu’un consensus était nécessaire pour bien gérer l’aide et la reconstruction de Gaza.

Le Fatah a clairement indiqué qu’il ne reviendrait pas à Gaza « sur un char [israélien], mais en accord avec tout le monde », a-t-il ajouté.

Le porte-parole du gouvernement israélien, Tal Heinrich, a fait savoir que la volonté de l’Autorité palestinienne de travailler avec le Hamas était
« malheureuse ».

Deux experts consultés par Reuters ont indiqué que la volonté du Hamas de négocier avec son rival palestinien n’impliquait en rien son intention de déposer les armes.

Ashraf Abouelhoul, rédacteur en chef du journal d’État égyptien Al-Ahram et spécialiste des affaires palestiniennes, a déclaré que le Hamas souhaitait un accord bien davantage que le Fatah, car la réconciliation pourrait donner à cette organisation usée par la guerre une manière de se reconstruire.

Mohanad Hage Ali, du Centre Carnegie pour le Moyen-Orient, dit qu’il est difficile d’imaginer que le Hamas se lance dans une action militaire susceptible d’entraîner des représailles israéliennes à grande échelle dans un proche avenir.

Mais, ajoute-t-il, la réconciliation serait une « sorte de transition de nature à permettre au Hamas de se réarmer progressivement ».

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