Fayard publiera en 2020 une version critique de « Mein Kampf »
Rechercher

Fayard publiera en 2020 une version critique de « Mein Kampf »

La nouvelle de cette publication en 2020 par Fayard a provoqué quelques réactions et débats, sans conduire à la polémique de 2015, quand la sortie de l'ouvrage avait été annulée

Illustration : Une édition allemande de "Mein Kampf" (Mon combat) d'Adolf Hitler exposée à l'Institut d'histoire contemporaine de Munich, le 11 décembre 2015. (Matthias Balk/dpa via AP, Archives)
Illustration : Une édition allemande de "Mein Kampf" (Mon combat) d'Adolf Hitler exposée à l'Institut d'histoire contemporaine de Munich, le 11 décembre 2015. (Matthias Balk/dpa via AP, Archives)

Déjà prévue en 2015 mais annulée suite à une vive polémique, une nouvelle sortie de l’ouvrage Mein Kampf (« Mon Combat ») en France par la maison d’édition Fayard a été annoncée jeudi dernier par le Journal du dimanche.

Ecrit par Adolf Hitler en 1924, cette nouvelle publication est prévue pour 2020, une première depuis 1934. L’ouvrage est dans le domaine public depuis 2016, 70 ans après la mort de son auteur, qui l’a écrit en prison suite à une tentative de putsch.

« Le manuscrit est quasiment prêt », a annoncé Florent Brayard, le responsable du projet, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’histoire de la Shoah.

Le chercheur a expliqué qu’une longue critique de 1 000 pages et un avertissement aux lecteurs accompagneraient le texte. Une quinzaine de chercheurs et d’historiens accompagnent Brayard dans la rédaction de cette critique. Avec le texte d’origine, conséquent, traduit de l’allemand, et la critique, le nombre de pages total devraient atteindre les 3 000.

Dans son texte, Adolf Hitler, alors futur dictateur et génocidaire allemand, détaillait sa haine des Juifs et soutenait l’idée d’un élargissement de « l’espace vital » pour les Allemands par la conquête de terres.

La nouvelle de cette publication en 2020 a provoqué quelques réactions et débats, sans conduire à la polémique de 2015 — loin de là.

« Ce que la loi permet la morale peut l’interdire », a réagi sur Twitter Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France. « Une morale qu’une maison comme Fayard se doit de préserver. La réédition de Mein Kampf aurait pour effet d’alimenter le climat antisémite actuel et son cortège de haines. Laissons Mein Kampf aux poubelles de l’histoire », a-t-il ajouté.

« Propager la haine antisémite, même expliquée, n’est en aucun cas la solution. Cette édition commentée ne serait qu’un faux nez permettant de diffuser ces écrits mortifères. Je demande aux Editions Fayard de ne pas rééditer Mein Kampf », a elle twittée Noémie Madar, présidente de l’UEJF.

« Éditer le pire des vecteurs antisémites de l’histoire, Mein Kampf, à l’heure où la haine anti-juive se répand et passe à nouveau à l’acte est une provocation irresponsable et complice du pire. @EditionsFayard, renoncez à cette décision inique et déshonorante », a lui écrit Philippe Meyer, président du B’nai B’rith France.

« C’est un texte criminel, c’est la condamnation à mort de six millions de juifs et 50 millions de personnes ont été plongées dans la Seconde Guerre mondiale », s’était indigné Jean-Luc Mélenchon en 2015.

« C’est un appel à la haine, peu importe s’il n’y a plus personne pour le revendiquer, je suis contre la publication de ce texte même avec des commentaires, sauf si on le publie une page texte et une page où on voit des cadavres entassés à Auschwitz ou des gens pendus ou des montagnes de chaussures d’enfants ou des montagnes de lunettes ou des dents arrachées avec l’espoir d’en trouver une en or ! » avait lui commenté à l’époque l’écrivain Marek Halter.

Une édition commentée de Mein Kampf est déjà ressortie en Allemagne en 2016 pour la première fois depuis 1945 et a connu un vif succès, avec 85 000 exemplaires vendus en un an. Ce qui pourrait expliquer pourquoi, avec la démocratisation du téléchargement de livres sur Internet, la nouvelle de la publication en France a cette fois seulement provoqué quelques réactions indignées.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...