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Fin d’une saga politique d’un an : le mathématicien Goldreich reçoit le Prix Israël

La ministre de l’Éducation n’a pas assisté à la cérémonie en raison du soutien présumé du professeur au boycott anti-israélien

Le professeur de mathématiques et d’informatique de l’Institut Weizmann Oded Goldreich (à gauche) reçoit le Prix d’Israël lors d’une cérémonie au ministère de l’Éducation à Jérusalem, le 11 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le professeur de mathématiques et d’informatique de l’Institut Weizmann Oded Goldreich (à gauche) reçoit le Prix d’Israël lors d’une cérémonie au ministère de l’Éducation à Jérusalem, le 11 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le mathématicien Oded Goldreich a reçu, lundi, le Prix Israël dans les bureaux du ministère de l’Éducation, en dépit de l’opposition de deux ministres de l’Éducation successifs et au terme d’une saga politique de près d’un an centrée sur son soutien présumé aux boycotts anti-israéliens.

Le prix lui a été remis lors d’une petite cérémonie à Jérusalem présidée par David Felber, chef de la Division du service national au sein du ministère.

Goldreich, professeur d’informatique à l’Institut Weizmann d’Israël, a été récompensé pour ses travaux sur la théorie de la complexité computationnelle.

Après avoir reçu la récompense, il a évoqué le conflit israélo-palestinien.

« J’aimerais dire quelque chose d’un peu politique. L’histoire ne serait pas complète si je n’évoquais pas le prix payé par une autre nation pour notre renaissance, cela et notre nécessaire engagement moral à essayer de la dédommager et nous abstenir de l’opprimer », a-t-il déclaré, ajoutant: « Nous faisons exactement le contraire de tout cela. » Il a ajouté que, « personnellement, cela jetait un voile sur sa joie ».

Bien que le prix soit généralement décerné lors d’une cérémonie publique le jour de l’indépendance d’Israël, Goldreich a renoncé à cet honneur et l’a reçu dans les bureaux du ministère de l’Éducation.

Traditionnellement, le prestigieux prix est remis au lauréat par le ministre de l’Éducation en exercice. La ministre de l’Éducation, Yifat Shasha-Biton, a décidé de ne pas présider la cérémonie, compte tenu de ses tentatives passées pour empêcher Goldreich de recevoir le prix en raison de ses opinions politiques.

En réaction à la décision de Shasha-Biton, le chef du parti sioniste religieux d’extrême droite, Bezalel Smotrich, a écrit sur Twitter qu’elle avait pris la bonne décision.

« Voilà une décision digne et appropriée de la part de la ministre de l’Éducation, Shasha-Biton, qui contribue à restaurer notre dignité nationale, comme celle de la Knesset et du gouvernement, piétinés par la Cour suprême », a écrit Smotrich.

Le mois dernier, la Cour suprême avait statué que Shasha-Biton devait remettre le prix à Goldreich, à l’issue d’un recours déposé par la commission du prix qui avait choisi d’honorer le professeur.

La décision de la Cour suprême a été rendue à la majorité. Les juges Yael Willner et Yitzhak Amit se sont rangés du côté de l’appel et le juge Noam Sohlberg s’y est opposé.

La ministre de l’Éducation, Yifat Shasha-Biton, prend la parole lors d’une conférence de presse à la Knesset, le 5 janvier 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

À l’affirmation de Shasha-Biton selon laquelle le fait pour un universitaire de prendre part au boycott avait un impact sur sa liberté d’expression, Amit avait rétorqué que « le fait de refuser de décerner le prix au professeur Goldreich causait un préjudice à la liberté d’expression universitaire bien plus grand encore ».

Refuser une récompense à un universitaire respecté pour ses propos est « une porte ouverte à la surveillance et la persécution des universitaires en Israël », avait-il ajouté.

Sohlberg, qui aurait, lui, souhaité que Shasha-Biton puisse empêcher que le prix soit décerné à l’intéressé, a déclaré qu’elle avait l’autorité de le faire.

La ministre avait indiqué à l’époque regretter la décision des juges, mais s’engageait à la respecter. Elle avait toutefois relevé que, puisque la justice avait précédemment statué que le ministre de l’Éducation avait compétence pour trancher la question, elle aurait dû respecter sa décision.

« Une personne invitant au boycott d’une institution universitaire israélienne n’est pas digne de recevoir une distinction de la part des autorités du pays, quelles que soient ses réalisations ou ses opinions politiques », a-t-elle souligné.

En août dernier, la Cour suprême avait annulé à l’unanimité la décision de l’ex-ministre de l’Éducation, Yoav Gallant, d’empêcher le professeur de recevoir le prestigieux prix au motif qu’il soutenait les actions de boycott contre le pays.

Les juges avaient déclaré que Gallant n’avait aucun motif légal pour s’immiscer dans le choix du comité de sélection.

Goldreich a constamment nié soutenir les boycotts, tout en déclarant s’opposer aux implantations de Cisjordanie.

En mars dernier, Goldreich a signé une pétition invitant l’Union européenne à cesser de financer l’Université d’Ariel, située dans l’implantation d’Ariel en Cisjordanie.

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