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Flambée de l’antisémitisme sur Twitter: l’ADL appelle les annonceurs à le boycotter

Les contenus anti-juifs ont connu une « forte hausse ». L’ADL se montre très critique avec Musk, quelques jours seulement après leur entretien

Le directeur-général de Tesla et de SpaceX Elon Musk sur le tapis rouge de la remise des prix Axel Springer à Berlin, le 1er décembre 2020. (Crédit : Hannibal Hanschke/Pool Photo via AP)
Le directeur-général de Tesla et de SpaceX Elon Musk sur le tapis rouge de la remise des prix Axel Springer à Berlin, le 1er décembre 2020. (Crédit : Hannibal Hanschke/Pool Photo via AP)

JTA – Les organisations juives pensaient qu’Elon Musk avait entendu leur message à propos de l’antisémitisme sur Twitter.

Pourtant, Kanye West est revenu sur Twitter.

Une semaine après les propos antisémites tenus par le rappeur, aujourd’hui connu sous le nom Ye, qui lui ont valu la quasi-totalité de ses contrats de partenariat, sur fond de regain des contenus antisémites sur Twitter, l’Anti-Defamation League s’est entretenue avec Elon Musk, nouveau propriétaire tout-puissant du géant des réseaux sociaux, afin de trouver les moyens de lutter contre les discours haineux en ligne.

Trois jours plus tard, toute la bonne volonté issue de cet entretien semble évanouie, à mesure que les contenus anti-juifs sur Twitter connaissent un « regain certain », indique le Network Contagion Research Institute, entreprise qui surveille la propagation de la haine et de la désinformation en ligne.

L’institut a déclaré vendredi que « les termes associés aux Juifs étaient tweetés plus de 5 000 fois par heure » et que « les publications les plus engagées étaient ouvertement antisémites ».

De son côté, West n’a pas hésité à interpeller des personnalités juives, comme le magnat de la musique Scooter Braun ou l’homme d’affaires Jamie Salter, sur leur compte, et les réseaux antisémites profitent à plein de Twitter, devenu propriété de Musk, pour y déverser leurs discours de haine.

Dans ce contexte, faute de pouvoir travailler avec Musk pour développer de nouveaux outils de modération des contenus, l’ADL appelle les annonceurs à suspendre leur relation avec Twitter, dont ils dénoncent l’administration par Elon Musk.

« Nous nous sommes entretenus avec Elon Musk il y a quelques jours pour exprimer nos profondes préoccupations concernant certains de ses projets et le pic de contenus toxiques depuis sa prise de contrôle », a déclaré dans un communiqué la coalition Stop Hate For Profit, organisation qui compte l’ADL dans ses rangs.

« En l’espace de quelques jours, la haine et la désinformation sont encore montées en puissance, et il a pris des mesures qui nous font craindre que le pire soit encore à venir. »

Illustration : Le logo de l’application du réseau social « Parler » sur un écran de téléphone portable avec une photo du rappeur américain Kanye West en arrière-plan, à Los Angeles, le 17 octobre 2022. (Crédit : Chris Delmas/AFP)

Les relations de l’organisation avec Musk se sont dégradées à une vitesse surprenante.

Lors de leur premier entretien, l’ADL et divers membres de la coalition, dont la NAACP, Color of Change, l’Asian American Foundation et le groupe de défense de l’équité des médias Free Press, avaient demandé à Musk de mettre en oeuvre des outils efficaces de modération des contenus.

Ces organisations ont également tenté de sensibiliser Musk au contenu de ses propres publications, qui propagent souvent des théories complotistes et des contenus problématiques.

Le célèbre chef d’entreprise avait en effet publié, avant de le supprimer, le lien vers une théorie complotiste de droite impliquant l’agresseur du mari de la présidente de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi (l’agresseur lui-même propageait de nombreuses théories complotantes antisémites en ligne).

A l’issue de son entretien avec l’ADL, Musk avait publié un message de satisfaction (au grand dam de ses fans antisemites), et la vice-présidente de l’ADL, Yael Eisenstat, avait indiqué à Protocol que Musk s’était engagé à faire en sorte que Twitter ne devienne pas « une chambre d’écho pour les discours de haine ».

Mais jeudi soir, West – l’un des utilisateurs les plus populaires de Twitter, avec 38 millions d’abonnés – y a tenu de nouveaux propos antisémites, réintégré après une brève suspension pour ses précédents propos. Musk assure n’avoir aucune responsabilité dans la réintégration de West.

Manifestement attiré par les remous médiatiques autour du joueur des Brooklyn Nets, Kyrie Irving et de son antisémitisme, West a publié une série de messages conspirationnistes à propos de plusieurs personnalités juives.

En plus de Braun et Salter, il s’en est pris au coach de célébrités, Harley Pasternak, et a Amar’e Stoudemire, l’ex-star de la NBA convertie au judaïsme orthodoxe en 2020, qui a brièvement été entraîneur adjoint des Nets.

Le gardien des Brooklyn Nets, Kyrie Irving, regarde à l’extérieur pendant la deuxième mi-temps d’un match de basket-ball de la NBA contre les Indiana Pacers, le 31 octobre 2022, à New York. (Crédit : AP/Jessie Alcheh)

« On ne peut pas être antisémite quand on sait que vous êtes sémite », a écrit West sur Twitter, pour défendre Irving, qui a partagé un lien vers un documentaire antisémite. Irving avait exprimé la même idée lors d’une conférence de presse le 29 octobre, ce qui avait conduit les Nets à le suspendre. Il avait ensuite présenté ses excuses.

Dans des tweets postérieurs, West a déclaré : « Ils nous font du chantage avec les publicités. »

Évoquant Stoudemire, afro-américain qui a critiqué Irving pour avoir refusé de dénoncer l’antisémitisme, West écrit : « Ils nous montent les uns contre les autres, même nos frères qui savent qui nous sommes vraiment. »

Les publications de West évoquaient des tropes communs, qui ont circulé parmi les communautés israélites afro-américaines, et notamment ceux qui estiment qu’ils sont les descendants des premiers Israélites.

Vendredi après-midi, le compte Twitter de West était toujours bien actif.

Le compte Twitter de Mark Finchem, candidat Républicain de l’Arizona au poste de Secrétaire d’État, dont le compte avait été suspendu, vient lui aussi d’être rétabli.

Finchem, qui a reçu 10 000 dollars de dons de la milice anti-gouvernementale d’extrême droite Oath Keepers, dont il se défend de faire partie, publiait fréquemment des contenus sur les milliardaires juifs George Soros et Mike Bloomberg, dont il estime qu’ils « financent » son adversaire Démocrate.

Il s’est par ailleurs réjoui et félicité du soutien d’Andrew Torba, antisémite décomplexé et fondateur de la plate-forme de réseaux sociaux Gab, qui abrite un grand nombre d’utilisateurs antisémites.

De gauche à droite, Kristina Karamo, candidate au poste de Secrétaire d’État du Michigan, Mark Finchem, candidat au poste de Secrétaire d’État de l’Arizona et Jim Marchant, candidat au poste de Secrétaire d’État du Nevada, assistent à une conférence en lien avec les théories complotistes sur le vote et les revendications -infondées – sur l’élection présidentielle de 2020, dans un hôtel de West Palm Beach, en Floride, le 10 septembre 2022. (Crédit : AP Photo/Jim Rassol)

Le compte de Finchem a été rétabli une semaine avant les élections de mi-mandat et avant l’entretien de Musk avec l’ADL.

Le candidat, qui refuse toujours les résultats de l’élection de 2020, a remercié Musk de l’avoir réintégré, déclarant : « Twitter est bien meilleur avec vous aux commandes ».

Comme d’autres politiciens de droite et personnalités des médias qui font régulièrement référence à Soros, Finchem a déclaré qu’un tel comportement n’avait rien d’antisémite.

Il a réfuté les accusations d’antisémitisme en déclarant : « J’aime les Juifs », mais il a souvent qualifié ses adversaires de « marxistes », accusation que les antisémites, remontant au prédicateur radio de l’époque de la Grande Dépression, le père Coughlin, réservaient aux Juifs libéraux ou laïcs.

Tous ces événements s’ajoutent à la vague de licenciements à laquelle les employés de Twitter se préparaient, vendredi. Plus de la moitié des 7 500 employés seraient concernés, plongeant l’entreprise dans un chaos indescriptible tandis que Musk s’emploie à revoir toute l’organisation.

Ces licenciements pourraient clairement obérer la faculté de Twitter à revoir sa politique de modération des contenus et de rétablissement des comptes suspendus. Musk a déclaré qu’un tel processus prendrait « des semaines ».

Le siège social de Twitter, sur Market Street, le 4 novembre 2022 à San Francisco, en Californie. (Crédit : David Odisho/Getty Images/AFP)

Musk ne dévie pas de sa trajectoire, en dépit des menaces contre les synagogues, qui se multiplient, et des utilisateurs juifs. qui expriment colère et déception.

Certains assurent qu’ils vont quitter Twitter.

« Nous appelons les annonceurs à renoncer à leur présence sur Twitter jusqu’à ce que la plateforme ait apporté la preuve de son engagement à rester un endroit sûr pour les annonceurs et pour tous les membres de la société », a déclaré Stop Hate For Profit dans son communiqué.

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