Floride : Dans cet externat juif, 50 % des élèves ne sont pas juifs
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Floride : Dans cet externat juif, 50 % des élèves ne sont pas juifs

L'école communautaire Hershorin Schiff, à Sarasota, a multiplié par trois le nombre de ses inscriptions depuis 2015, avec des cours sur les valeurs, culture et pratiques juives

  • Les élèves de l'école communautaire Hershorin Schiff de Sarasota, en Floride, créent des panneaux pour le tableau périodique des éléments (Crédit : Ben Sales/JTA)
    Les élèves de l'école communautaire Hershorin Schiff de Sarasota, en Floride, créent des panneaux pour le tableau périodique des éléments (Crédit : Ben Sales/JTA)
  • Le couloir de l'école communautaire Hershorin Schiff de Sarasota, en Floride, décoré des 40 drapeaux représentant les pays dont les familles des élèves sont originaires (Crédit : Ben Sales/JTA)
    Le couloir de l'école communautaire Hershorin Schiff de Sarasota, en Floride, décoré des 40 drapeaux représentant les pays dont les familles des élèves sont originaires (Crédit : Ben Sales/JTA)
  • Dan Ceaser, principal de l'école Hershorin Schiff, a fait de la diversité de son établissement le cœur de son message (Crédit : Ben Sales/JTA)
    Dan Ceaser, principal de l'école Hershorin Schiff, a fait de la diversité de son établissement le cœur de son message (Crédit : Ben Sales/JTA)
  • Les élèves de l'école communautaire Hershorin Schiff de Sarasota, en Floride, créent des panneaux pour le tableau périodique des éléments (Crédit : Ben Sales/JTA)
    Les élèves de l'école communautaire Hershorin Schiff de Sarasota, en Floride, créent des panneaux pour le tableau périodique des éléments (Crédit : Ben Sales/JTA)

SARASOTA, Florida (JTA) — La majorité des écoles américaines s’investissent totalement pour Hanoukka – en partie pour rappeler à leurs élèves que les Juifs ont une fête d’hiver bien à eux.

Mais quand se profile le mois de décembre à l’externat communautaire Hershorin Schiff, au sud-ouest de la Floride, il y a finalement autant de chance de voir des enfants studieux dessiner avec soin des sapins de noël que des ménorah ou des dreidels.

Parce que l’école demande à ses élèves de créer leurs propres assiettes de fête – et que la moitié d’entre eux, dans cette école juive, n’appartiennent pas à la communauté juive.

« Même si nous n’enseignons que Hanoukka, si les enfants nous disent qu’ils sont excités parce qu’ils ont un arbre de noël et une ménorah dans leur maisons et que c’est important pour eux, nous allons en tenir compte et créer un espace pour qu’ils puissent partager ça », explique Dan Ceaser, directeur de l’école.

« Alors pendant que nous enseignons nos traditions juives, nous créons également un espace pour que les familles puissent partager leurs traditions et pour que nous puissions, nous aussi, leur rendre hommage », ajoute-t-il.

L’école a toujours été ouverte aux non-Juifs mais elle a commencé à souligner ce caractère inclusif – avec notamment une déclaration de mission ouvrant la porte aux « enfants de toutes confessions » – quand Ceaser, pour son premier emploi obtenu dans une école juive, est arrivé en 2015.

Depuis, les inscriptions au sein de l’établissement ont plus que triplé, passant de 67 élèves en 2015 à 275 pour l’année scolaire 2019-2020. L’externat accueille des enfants de la maternelle à la Quatrième dans une ville comptant environ 20 000 Juifs.

L’école s’efforce de trouver un équilibre entre l’enseignement des valeurs, de la culture et de des pratiques juives d’un côté tout en restant inclusive de l’autre.

En plus du judaïsme, l’école en appelle aux familles en soulignant sa diversité (les familles des élèves ne représentent pas moins de 40 pays) tout en prônant une philosophie d’apprentissage indépendante et basée sur les projets.

L’établissement cherche explicitement à représenter un modèle pour d’autres écoles juives, alors que les établissements non-orthodoxes sont aux prises avec la hausse des coûts et une affiliation déclinante.

Une autre expérimentation mise en oeuvre dans l’éducation juive, le pensionnat de l’American Hebrew Academy, situé en Caroline du nord, a fermé ses postes cette année de manière abrupte, en invoquant des difficultés financières.

Depuis plus d’une décennie, les écoles privées sous contrat, qui enseignent en hébreu, poursuivent un modèle similaire. Elles sont ouvertes aux enfants de toutes confessions et de toutes origines et, dans le but d’accepter un financement public, elles soulignent la culture israélienne plutôt que l’identité religieuse.

Ce qui place l’école de Sarasota à part, c’est que, contrairement aux établissements privés sous contrat, elle se dit explicitement juive. Les enfants y prient, ils y mangent casher et ils fêtent le Shabbat. Les frais de scolarité diffèrent selon la situation financière des familles mais la moyenne s’élève à 9 300 dollars par enfant.

Les élèves de l’école communautaire Hershorin Schiff de Sarasota, en Floride, créent des panneaux pour le tableau périodique des éléments (Crédit : Ben Sales/JTA)

« La meilleure manière de combattre l’antisémitisme et les injustices, ce n’est pas seulement d’éduquer les Juifs mais d’éduquer aussi les non-Juifs sur l’importance du respect de tous », note Ceader. « Nous vous accueillons tous tels que vous êtes et nous nous réjouissons de ce que vous nous apportez. Et ceci en termes de confession, d’affiliation, de culture, d’ethnicité, de familles s’identifiant elles-mêmes comme non-traditionnelles ».

La meilleure manière de combattre l’antisémitisme et les injustices, ce n’est pas seulement d’éduquer les Juifs mais d’éduquer aussi les non-Juifs

Les enfants, à l’école, apprennent le calendrier juif, les fêtes, ils étudient Israël et ils prient tous les matins. A partir du CE1, ils apprennent tous l’anglais, l’hébreu et l’espagnol. L’année suivante, les élèves peuvent choisir d’étudier l’une de ces deux langues de manière intensive.

Il y a également quelques programmes d’histoire religieuse que les élèves peuvent choisir – depuis les religions dans le monde aux études juives jusqu’à un programme juif traditionnel plus intensif, quatre jours par semaine, qui est dirigé par le rabbin Chaim Steinmetz, directeur de la communauté ‘Habad-Loubavitch des comtés de Sarasota & de Manatee, qui comptera une poignée d’enfants cette année.

Dan Ceaser, principal de l’école Hershorin Schiff, a fait de la diversité de son établissement le cœur de son message (Crédit : Ben Sales/JTA)

« C’est cool de comparer les deux religions », s’exclame Matthew Cook, qui va rentrer en Quatrième et qui est lui-même catholique pratiquant. « La Challah et le vin, ça se ressemble beaucoup, c’est du pain et du vin – presque la même chose. Simplement, pour moi, ça représente le corps et le sang du christ ».

Pendant le cours d’hébreu, on apprend à commander un falafel ou on écoute des chanteurs classiques israéliens, dit Snait Ben-Herut, professeure d’hébreu. Ben-Herut affirme donner aux enfants une image d’ensemble de l’histoire juive, qui peut suffisamment les intéresser pour qu’ils s’intéressent à la langue. Les élèves du collège se rendent en Israël une fois tous les deux ans.

« On met moins l’accent sur l’écrit et la lecture et plus sur l’expression orale en hébreu », continue l’enseignante. « On se penche particulièrement sur l’aspect culturel – l’argot israélien, la musique israélienne, la gastronomie israélienne. On met en exergue l’hébreu en tant que langue vivante et cohérente ».

Les élèves de l’école communautaire Hershorin Schiff de Sarasota, en Floride, créent des panneaux pour le tableau périodique des éléments (Crédit : Ben Sales/JTA)

L’école tente également de répondre aux besoins de ses divers élèves en se montrant flexible en général. Les cours accueillent souvent des élèves de multiples niveaux d’enseignement. Le programme est basé sur le projet – et les enfants peuvent ainsi se salir (littéralement) les mains dans un jardin, choisissant quels légumes y planter, ou il peuvent discuter des moyens de construire un poulailler dans le cadre de l’école – ce qui s’est, en fait, d’ores et déjà concrétisé.

Scott Pressman, le père juif de deux élèves de l’école, apprécie de pouvoir les placer dans un environnement juif qui ne les coupe pas pour autant de la majorité non-juive du pays.

« L’établissement permet à nos enfants de grandir avec des valeurs juives tout en épousant également le multiculturalisme », explique-t-il. « Il permet à nos enfants de se préparer à entrer dans une communauté diversifiée, qu’ils le fassent académiquement, ou multiculturellement, ou encore au travail. Nous ne vivons pas dans un microcosme juif », ajoute-t-il.

Le révérend Kelly Fitzgerald, à la tête de la First Presbyterian Church de Sarasota, a pour sa part envoyé ses trois enfants à l’école il y a deux ans. Elle siège maintenant dans le conseil d’administration de l’établissement.

Si elle se réjouit du mode d’apprentissage basé sur les projets et des leçons de jardinage prônés par l’externat, elle estime également qu’envoyer ses enfants chrétiens dans une école juive est précieux.

Récemment, elle marchait en compagnie de sa fille au supermarché et elle s’est saisie, dans un rayon, d’un repas pré-préparé pour l’école, constitué de viande, de fromage et de biscuit salé. Sa fille l’a obligée à le reposer : Il n’était pas casher. Ses enfants lui ont également demandé d’allumer une ménorah pour Hanoukka.

Le couloir de l’école communautaire Hershorin Schiff de Sarasota, en Floride, décoré des 40 drapeaux représentant les pays dont les familles des élèves sont originaires (Crédit : Ben Sales/JTA)

« Je ne me sens pas menacée parce que je vais dans une école juive », dit Fitzgerald. « Certains estiment peut-être, dans la communauté chrétienne, que ce n’est pas un choix approprié mais je pense que nous devons vivre en tant que société baignant dans une culture interconfessionnelle ».

Pour Ceaser, l’atmosphère et la philosophie de l’école ont pour objectif de créer de l’empathie autour des différentes expériences des enfants, qu’elles soient religieuses ou autres. Un couloir de l’école est décoré des drapeaux des pays dont les familles des élèves sont originaires.

Ceaser se souvient qu’après la pose des drapeaux, un groupe composé de filles d’une classe de cinquième était venu demander à ce que le drapeau népalais soit retourné. Il était placé dans la mauvaise direction, avaient-elles dit, ce qui pouvait blesser les sentiments de leur amie népalaise.

« Elles insistaient : ‘Non, nous devons nous parler dès maintenant’, » se souvient-il. « Vous avez accroché ce drapeau et notre amie semble bouleversée : elle va vraiment avoir le sentiment de ne pas être respectée. »

« Je suis le principal et ce sont pourtant ces filles qui m’arrêtent pour prendre la défense de l’une de leurs amies », s’amuse-t-il.

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