Forum de la Shoah : Discours du Premier ministre israélien à Yad Vashem
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Forum de la Shoah : Discours du Premier ministre israélien à Yad Vashem

Netanyahu a remercié les dignitaires étrangers pour leur engagement dans la lutte contre l'antisémitisme, rappelant le besoin "[d']affronter les menaces quand elles sont petites"

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au 5e Forum de la Shoah, à Jérusalem, le 23 janvier 2020. (Crédit by Abir SULTAN / POOL / AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au 5e Forum de la Shoah, à Jérusalem, le 23 janvier 2020. (Crédit by Abir SULTAN / POOL / AFP)

« Honorables dignitaires, Président Reuven Rivlin, nous vous félicitons d’avoir initié cette importante conférence. Mes frères et sœurs survivants de la Shoah, Justes parmi les nations.

Les Justes parmi les nations qui ont risqué non seulement leur propre vie, mais aussi celle de leurs familles pour sauver des Juifs pendant la Shoah. Les arbres sur cette terre sacrée de Yad Vashem témoignent de leur courage remarquable et extraordinaire.

Vos Majestés, Vos Altesses Royales, Présidents, Monsieur le Vice-président, les premiers ministres, et les nombreux invités de marque et dignitaires réunis ici.

Votre présence à Jérusalem honore la mémoire des six millions de victimes de la Shoah. Israël et le peuple juif vous remercient.

Auschwitz et Jérusalem : un abîme et un sommet. Auschwitz – l’extermination. Jérusalem – la renaissance. Auschwitz – l’esclavage. Jérusalem – la liberté. Auschwitz – la mort. Jérusalem – la vie. Il y a soixante-quinze ans, notre peuple – le peuple juif – est sorti du plus grand champ de bataille de l’histoire de l’humanité. Les survivants n’oublient rien : l’impuissance, la souffrance sans fin, les flammes et la fumée, le deuil et la perte. Mais ils se souviennent aussi, avec une profonde gratitude, du jour de la libération, de l’entrée de l’Armée rouge à Auschwitz, de l’immense sacrifice des alliés, des soldats et des peuples.

J’arrive ici, avec le président Rivlin et le président Poutine, d’une cérémonie émouvante, l’inauguration du monument à la mémoire des victimes du siège de Leningrad. C’est un exemple du prix inconcevable de la victoire sur les nazis. Mais surtout aujourd’hui, il faut le dire : pour les six millions de nos concitoyens, dont 1,5 million d’enfants, les portes de l’enfer ont été forcées trop tard. Trop tard. À la base de la renaissance de l’État d’Israël se trouve donc un impératif principal : il n’y aura jamais de second Shoah. En tant que Premier ministre d’Israël, c’est mon obligation suprême.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président russe Vladimir Poutine inaugurent le monument de Jérusalem le 23 janvier 2020, en mémoire des habitants de Leningrad pendant le siège de la ville par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. (Crédit : Alexey NIKOLSKY / SPUTNIK / AFP)

Mesdames et Messieurs,

Israël est éternellement reconnaissant de l’immense sacrifice qui a été consenti par les alliés, par les peuples et les soldats, pour vaincre les nazis et sauver notre civilisation commune. Sans ce sacrifice, il n’y aurait pas de survivants aujourd’hui.

Mais nous nous souvenons aussi qu’il y a environ 80 ans, lorsque le peuple juif a été anéanti, le monde nous a largement tourné le dos, nous laissant à la plus amère des destinées.

Pour beaucoup, Auschwitz est le symbole ultime du mal. C’est certainement cela. Les bras tatoués de ceux qui sont passés sous ses portes infâmes, les piles de chaussures et de lunettes saisies aux dépossédés dans leurs derniers moments, les chambres à gaz et les crématoires qui ont transformé des millions de personnes en cendres, tout cela témoigne des horribles profondeurs dans lesquelles l’humanité peut sombrer.

Mais pour le peuple juif, Auschwitz est plus que le symbole ultime du mal.

C’est aussi le symbole ultime de l’impuissance juive. C’est le point culminant de ce qui peut arriver lorsque notre peuple n’a pas de voix, pas de terre, pas de bouclier.

Aujourd’hui, nous avons une voix, nous avons une terre et nous avons un bouclier. Aujourd’hui, notre voix est entendue à la Maison Blanche et au Kremlin, dans les salles des Nations unies et du Congrès américain, à Londres, Paris et Berlin, et dans d’innombrables capitales du monde entier, dont beaucoup sont représentées ici aujourd’hui.

Aujourd’hui, nous avons une terre – notre ancienne patrie que nous avons ramenée à la vie, où nous avons rassemblé les exilés de notre peuple, et dans laquelle nous avons construit un État avancé et puissant.

Et aujourd’hui, nous avons un bouclier. Et quel bouclier. À maintes reprises, la force de nos armes, le courage de nos soldats et l’esprit de notre peuple ont prévalu contre ceux qui cherchaient à nous détruire. Notre main est tendue en paix à tous nos voisins, et un nombre croissant d’entre eux la saisissent pour construire avec Israël des ponts d’espoir et de réconciliation.

Mesdames et Messieurs,

Le peuple juif a tiré les leçons de la Shoah : prendre, toujours prendre au sérieux les menaces de ceux qui cherchent notre destruction ; affronter les menaces quand elles sont petites ; et surtout, même si nous apprécions profondément le grand soutien de nos amis, avoir toujours le pouvoir de nous défendre par nous-mêmes. Nous avons appris qu’Israël doit toujours rester maître de son destin.

L’État juif a tiré les leçons de la Shoah. Le monde les a-t-il retenues ?

Il y a quelques signes d’espoir – et ce rassemblement extraordinaire en est un. Aujourd’hui, les dangers du racisme, des idéologies haineuses et de l’antisémitisme sont mieux compris. Beaucoup reconnaissent une vérité simple : ce qui commence par la haine des Juifs ne finit pas avec les Juifs. Sont représentés ici aujourd’hui des gouvernements qui comprennent que la lutte contre l’antisémitisme sous toutes ses formes protège également leurs sociétés.

Et Israël en est profondément conscient. Nous apprécions également, comme beaucoup le comprennent, comme l’a dit hier le président Macron, que l’anti-sionisme n’est que la dernière forme d’antisémitisme. Ce sont là de véritables signes d’espoir, de compréhension et de connaissance de la manière de protéger notre civilisation et notre monde.

Et pourtant, je suis inquiet. Je suis préoccupé par le fait que nous n’ayons pas encore vu de position unifiée et résolue contre le régime le plus antisémite de la planète – un régime qui cherche ouvertement à développer des armes nucléaires et à anéantir le seul et unique État juif.

Israël salue le président Trump et le vice-président Pence pour avoir affronté les tyrans de Téhéran qui soumettent leur propre peuple et menacent la paix et la sécurité du monde entier. Ils menacent la paix et la sécurité de tout le monde au Moyen-Orient et de tous ceux qui se trouvent au-delà. J’appelle tous les gouvernements à se joindre à l’effort vital de confrontation de l’Iran.

En tout état de cause, je tiens à assurer à nouveau à notre peuple et à tous nos amis qu’Israël fera tout ce qui est en son pouvoir pour défendre son État, défendre son peuple et défendre l’avenir juif.

Mesdames et Messieurs, en tant que Premier ministre d’Israël, je vous promets que les mots « Plus jamais ça » ne seront pas un slogan vide de sens, mais un éternel appel à l’action. Avec cet appel, nous poursuivrons notre merveilleux voyage de la renaissance de notre peuple qui a émergé de la vallée des os secs. Des os [atzamot] à l’indépendance [atzmaut], et de l’indépendance à la force [otzma], d’Auschwitz à Jérusalem, des ténèbres à la lumière. Selon les mots du prophète Isaïe, « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière ».

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