Gabbay s’attaque aux rabbins sionistes
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Gabbay s’attaque aux rabbins sionistes

Le chef du Parti travailliste affirme que les sionistes-religieux ont cessé leur "examen de conscience" après le meurtre de Rabin quand ils ont repris "une position de pouvoir"

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Le chef de l'Union sioniste Avi Gabbay, lors d'une réunion de faction au Parlement israélien le 12 février 2018. (Miriam Alster/Flash90)
Le chef de l'Union sioniste Avi Gabbay, lors d'une réunion de faction au Parlement israélien le 12 février 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Le président du Parti travailliste Avi Gabbay a lancé mardi une attaque contre les rabbins sionistes religieux, les accusant d’avoir semé la discorde entre Israéliens avec leur « silence » sur les commentaires désobligeants de leurs collègues contre les femmes et les homosexuels, et leur opposition à l’accord de la zone mixte du mur Occidental.

« Au cours des dernières années, à chaque point de discorde dans la société israélienne, la présence de rabbins hardals [sionistes qui embrassent les mœurs religieuses ultra-orthodoxes] a été remarquée », a déclaré Gabbay à la Conférence de Jérusalem, organisée par le journal de droite B’Sheva. « Et elle se distinguait, malheureusement, surtout quand elle était discordante, extrême, discriminatoire et provocatrice. »

Dans un discours agressif devant un auditoire sioniste largement religieux, Gabbay insinua en outre que « l’examen de conscience » parmi les orthodoxes nationaux après l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin en 1995 « a pris fin au moment où vous êtes revenu à un poste de pouvoir ».

En réponse, Naftali Bennett, chef du parti HaBayit HaYehudi, déclarait qu’il rejetait les « fausses accusations » de Gabbay et l’exhortait à adopter un ton plus conciliant.

Les soldates du Bataillon de Caracal se préparent pour une expédition dans le cadre de leur entraînement le 3 septembre 2014. (Hadas Parush/Flash90)

Plus largement, Gabbay dénonça une série d’infractions présumées commises par les dirigeants rabbiniques sionistes religieux, depuis le fait que les Juifs réformistes et conservateurs soient rétrogradés en « Juifs de seconde zone » en soutenant la volte-face du gouvernement sur l’accord du mur Occidental, jusqu’au silence sur la corruption du gouvernement et les lois qui « détruisent la démocratie ».

« Quand le rabbin d’une académie pré-militaire accuse l’armée de recruter des filles et de les rendre « non juives », vous vous taisez, a dit Gabbay.

« Quand ce même rabbin rabaisse la communauté LGBT – oui, le temps est venu pour vous de reconnaître la réalité; les LGBT sont aussi dans votre communauté, et ils ne sont pas moins bons que quiconque – vous restez silencieux. »

Il faisait référence aux déclarations du rabbin Yigal Levinstein, de l’académie pré-militaire d’Eli, qui, en mars 2017, a déclaré que le service militaire rendait les femmes « folles » et avait précédemment qualifié les hommes homosexuels de « déviants ».

Levinstein a plus tard convenu que son ton avait été « inapproprié » et a regretté de « blesser les gens », mais il a dit qu’il ne « retirait pas un seul mot de ce que je pense ». Ses déclarations, à l’époque, ont été condamnées par l’Union des académies pré-militaires religieuses, et les dirigeants de 28 yeshivot dans une lettre ouverte qualifiant les commentaires de Levinstein comme étant « inappropriés » et « irrespectueux ».

Le même mois, les rabbins orthodoxes libéraux ont interdit à leurs fidèles de servir dans certaines unités mixtes de l’armée, appelant également les chefs de l’armée israélienne à faire preuve de sensibilité envers les soldats religieux et à ne pas les pousser dans un « ghetto » au sein de l’armée.

Gabbay a également accusé des rabbins orthodoxes modérés de garder le silence sur une lettre signée en 2010 par 18 rabbins demandant aux résidents de Safed de ne pas louer leur appartement à des non-juifs. Il a également fait allusion aux propos tenus récemment par le rabbin Yosef Kelner, également de la yeshiva pré-militaire d’Eli, qui a qualifié les femmes de « faibles d’esprit » et a affirmé qu’elles possédaient une capacité limitée en matière de spiritualité.

Le rabbin Yigal Levinstein pendant la conférence « Sion et Jérusalem », en juillet 2016. (Crédit : capture d’écran Youtube)

« Et admettons-le. Cela ne se termine pas seulement par le silence sur les déclarations des rabbins », poursuit Gabbay. Lorsque le Premier ministre et ses ministres incitent la moitié de la nation à s’en prendre à eux et les qualifient de « traîtres » et d' »ennemis », vous restez silencieux.

« Ce silence a résonné pendant les journées d’Oslo et a atteint un sommet avant le meurtre de Rabin, a dit Gabbay. « Vous avez peut-être fait un examen de conscience, mais il s’est terminé au moment où vous êtes revenu à une position de pouvoir. »

Il a déclaré que les rabbins sionistes religieux ont joué « un rôle actif » en s’opposant à l’accord du gouvernement pour construire une place de prière non orthodoxe au Mur occidental.

« Lorsque des millions de Juifs conservateurs et réformistes sont victimes de discrimination sur la place du mur Occidental et que le gouvernement israélien les transforme en Juifs de seconde zone, non seulement vous restez silencieux, mais vous jouez un rôle actif dans cette radicalisation, qui n’est étayée par aucune loi juive », a-t-il déclaré.

Les Femmes du Mur prient au mur Occidental le 12 mars 2013. (crédit photo: Miriam Alster/Flash90)

« Pour l’amour du ciel, quand cesserez-vous de vous taire ? Quand avez-vous abandonné le peuple juif ? » a-t-il ajouté.

S’adressant aux « sionistes religieux modérés » mais silencieux « qui sont d’accord avec cette critique », Gabbay les exhorta à s’exprimer.

« Je profite de cette tribune pour vous dire, les voix modérées. Dans votre silence, vous validez ces affirmations graves », dit-il, « et c’est pourquoi vous approfondissez et élargissez le clivage au sein du peuple juif ».

Bennett, le chef du parti HaBayit HaYehudi, a blâmé Gabbay pour son ton.

« C’est la mauvaise approche, Avi, » a-t-il tweeté. Tu as attaqué des centaines de dirigeants publics qui ont élevé des générations de jeunes hommes et de jeunes femmes qui consacrent leur vie au service du public : dans l’armée, dans l’éducation, dans les implantations, en périphérie et dans tous les domaines de la vie.

« Je suis fier d’eux et je rejette ces fausses accusations. Il est légitime et même de notre devoir de débattre. Pas avec des accusations, mais avec une oreille attentive. Nous sommes frères », ajouta Bennett.

Le président du Parti travailliste, Avi Gabbay, à gauche, et le président de HaBayit HaYehudi Naftali Bennett, lors d’un débat dirigé par Sarah Beck, au centre, dans l’implantation d’Efrat, en Cisjordanie, le 31 juillet 2017. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israël)

Depuis qu’il a été élu président du parti travailliste en juillet, Gabbay a juré de remplacer le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors des prochaines élections. Mais l’ancien ministre du parti Koulanou, qui a démissionné du gouvernement en 2016 avec une diatribe accusant la coalition d’avoir conduit Israël à la « destruction », a irrité les membres de sa base avec un soupçon de virage à droite.

À la fin de l’année dernière, il a qualifié les implantations de Cisjordanie de « beau visage dévoué du sionisme » et a déclaré qu’il ne les évacuerait pas dans le cadre d’un accord de paix avec les Palestiniens.

Ce mois-ci, cependant, il a déclaré qu’il encouragerait un plan unilatéral de désengagement de la Cisjordanie s’il ne parvenait pas à conclure un accord de paix avec les Palestiniens en tant que Premier ministre.

En novembre, Gabbay a déclaré que la gauche avait « oublié ce que signifie d’être juif », se faisant l’écho d’un fameux commentaire de la part de Netanyahu, il y a plus de vingt ans. Depuis, il a cherché à introduire des valeurs juives plus traditionnelles dans son parti, tout en rejetant la coercition religieuse et en réclamant des transports publics le samedi, jour de repos juif.

Le Times of Israel a contribué à cet article.

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