Gabi Ashkenazi: Israël renforcera l’Autorité palestinienne au détriment du Hamas
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Gabi Ashkenazi: Israël renforcera l’Autorité palestinienne au détriment du Hamas

Netanyahu soutient l'initiative ; le ministre des Affaires étrangères sortant affirme que les États-Unis s'engagent à étendre les accords d'Abraham

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi s'entretient avec les médias lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de Chypre, de Grèce, d'Israël et des Émirats arabes unis à Paphos, Chypre, le 16 avril 2021. (Crédit : Iakovos Hatzistavrou Pool via AP)
Le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi s'entretient avec les médias lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de Chypre, de Grèce, d'Israël et des Émirats arabes unis à Paphos, Chypre, le 16 avril 2021. (Crédit : Iakovos Hatzistavrou Pool via AP)

Le ministre sortant des Affaires étrangères, Gabi Ashkenazi a déclaré mardi qu’Israël avait décidé de renforcer l’Autorité palestinienne (AP) face au Hamas.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu soutient cette décision, ont déclaré des sources gouvernementales au Times of Israel, qui consiste notamment à donner à l’AP un rôle plus significatif dans la reconstruction de la bande de Gaza après le conflit de 11 jours qui a opposé Israël au Hamas en mai.

Ashkenazi a déclaré que des groupes de travail gouvernementaux étaient en train de peaufiner les détails de cette approche, en étroite collaboration avec l’administration américaine.

« Le gouvernement s’efforce actuellement de définir des modalités précises pour atteindre cet objectif », a-t-il dit, notamment en ce qui concerne le rôle de l’Autorité palestinienne dans la reconstruction de la bande de Gaza, dirigée de facto par le groupe terroriste palestinien du Hamas.

Ashkenazi s’exprimait lors d’une conférence de presse durant laquelle il résumait son mandat de 13 mois en tant que principal diplomate d’Israël.

De gauche à droite : le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Abdullah bin Zayed Al-Nahyan participent à la signature des accords d’Abraham à la Maison Blanche le 15 septembre 2020. (Crédit : Saul Loeb / AFP)

En mai, le New York Times a rapporté que les États-Unis envisageaient de piloter un dispositif international de plusieurs milliards de dollars pour aider à la reconstruction de Gaza après les combats. L’objectif, disait-il, est en partie de « faire pression, par des promesses de soutien financier, sur le Hamas pour qu’il ne reprenne pas les combats ».

Le plan d’aide annoncé, qui sera probablement coordonné par les Nations unies, est conditionné par le fait que le Hamas ne reprenne pas ses tirs de roquettes vers Israël.

Le mois dernier, le ministère israélien de la Défense avait récemment indiqué que les plans de reconstruction dans la bande de Gaza devront passer par « un mécanisme » international afin de contourner le groupe terroriste du Hamas palestinien, au pouvoir dans l’enclave, pour atteindre directement la population.

L’armée israélienne accuse le Hamas de détourner l’aide internationale à destination de l’enclave paupérisée à des fins militaires et d’utiliser le métal des canalisations pour en faire des roquettes.

Le ministre de la Défense Benny Gantz s’adresse aux médias à Jérusalem, le 31 mai 2021. (Crédit : Emmanuel DUNAND / AFP)

L’agenda le plus préférable, selon moi, est de renforcer l’Autorité palestinienne autant que possible et de ne pas laisser le Hamas être le seul à définir l’ordre du jour, hors de la bande de Gaza mais aussi à Gaza », avait-il déclaré.

La manière de renforcer l’Autorité palestinienne et de marginaliser le Hamas, a poursuivi Gantz, est d’impliquer le plus grand nombre d’États arabes que possible – en particulier les pays du Golfe, l’Égypte et la Jordanie, en plus des États-Unis et de l’Union européenne. Gantz a souligné de manière significative l’implication du Qatar, avec lequel Israël n’entretient pas de relations diplomatiques et qui est un pays proche de la Turquie. Doha a tenu un rôle déterminant en termes de médiation entre l’État juif et le Hamas, ces dernières années, fournissant – et retenant parfois – des aides financières au groupe terroriste et aux fonctionnaires civils de la bande.

« Mais je fais la distinction entre l’aide humanitaire de base comme l’alimentation, l’eau et l’électricité, qui sont indispensables à la population, et un autre niveau d’aides que nous devons conditionner au retour des captifs », avait continué Gantz.

Par ailleurs, dix-sept sénateurs démocrates ont écrit mardi dernier au secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, pour lui demander de se pencher sur la « situation d’urgence humanitaire » dans la bande de Gaza, après la guerre du mois dernier, entre Israël et les groupes terroristes dans l’enclave côtière.

Le secrétaire d’État américain Anthony Blinken lors d’une conférence de presse avec le ministre danois des Affaires étrangères à Copenhague, le 17 mai 2021. (Crédit : SAUL LOEB / POOL / AFP)

« Pour que ce cessez-le-feu soit durable et évite un renouvellement du cycle de la violence, il est essentiel que nous améliorions les conditions désastreuses dans la bande de Gaza, qui ne font que contribuer au désespoir et alimenter davantage l’extrémisme », ont écrit les législateurs dans la lettre, dont les auteurs sont les sénateurs Chris Van Hollen, Tim Kaine et John Bennett, Chris Murphy et Jeff Merkley, et rapportée en premier par Axios.

L’administration Biden a déjà exprimé son intérêt à s’engager dans les plans de reconstruction de Gaza, et Blinken était dans la région la semaine dernière pour des entretiens à ce sujet.

A LIRE : Les Etats-Unis peuvent-ils aider à reconstruire Gaza en contournant le Hamas ?

Les relations israélo-américaines à l’ère de l’administration Biden

Ashkenazi s’est dit satisfait de l’état des relations entre Israël et l’administration Biden. « Les liens sont quotidiens et réguliers », a-t-il déclaré.

Il a également déclaré que les États-Unis n’ont pas pris de mesures pour faire marche arrière sur l’une des politiques de l’administration Trump à l’égard d’Israël.

« Je ne connais aucune décision que Trump a prise au sujet d’Israël qui ait été annulée – pas Jérusalem, pas l’ambassade, pas les accords d’Abraham », a-t-il dit.

L’administration Biden a toutefois annoncé en mai qu’elle rouvrirait le consulat américain à Jérusalem, qui avait historiquement servi de représentant de facto auprès des Palestiniens.

En 2019, l’administration Trump a fusionné le consulat de Jérusalem, vieux de 175 ans, avec l’ambassade américaine dans la ville, qui avait été transférée de Tel Aviv un an plus tôt. Une grande partie du personnel de la mission historique de la rue Agron, dans le centre-ville de Jérusalem-Ouest, a conservé les mêmes fonctions, mais dans le cadre d’une nouvelle unité des affaires palestiniennes formée sous l’égide plus large des relations américaines avec Israël.

Ashkenazi a déclaré qu’il considérait cette décision comme faisant partie de la politique de l’administration envers les Palestiniens, et non envers Israël.

Ashkenazi, qui a précédé Benny Gantz au poste de chef d’état-major de Tsahal, est entré en politique avant les élections d’avril 2019, rejoignant l’alliance naissante des partis centristes Kakhol lavan. Il est resté aux côtés de Gantz après que le leader de Kakhol lavan a décidé de former une coalition avec Netanyahu en 2020, ce qui a entraîné la rupture de l’alliance du parti avec Yesh Atid, et est devenu ministre des Affaires étrangères en mai dernier lorsque le gouvernement a prêté serment.

En décembre, Ashkenazi a annoncé qu’il quitterait le parti Kakhol lavan tout en restant ministre des Affaires étrangères aussi longtemps que Gantz le souhaitait ou jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement. Un nouveau gouvernement doit maintenant entrer en fonction dimanche, le leader de Yesh Atid, Yair Lapid, devant prendre la tête du ministère des Affaires étrangères.

Des sources du ministère des Affaires étrangères ont déclaré mardi que les objectifs du ministère dans ses relations avec les États-Unis pendant le mandat d’Ashkenazi étaient de gérer la transition entre Trump et Biden, de maintenir un dialogue continu et transparent, de développer les accords d’Abraham, de créer des groupes de travail conjoints sur des questions d’intérêt commun et de coopérer sur le développement régional et le changement climatique.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, rencontre le secrétaire d’État américain Antony Blinken dans son bureau à Jérusalem, le 25 mai 2021. (Crédit : Haim Zach / GPO)

Le ministre des Affaires étrangères a également déclaré que la nouvelle administration américaine soutient pleinement les accords d’Abraham et qu’il s’attend à ce que Biden nomme un envoyé spécial chargé de faire avancer les liens avec les pays qui n’ont pas encore reconnu Israël.

L’ancien ambassadeur américain en Israël, Dan Shapiro, est le principal candidat pour ce rôle, selon le Washington Post.

L’ancien ambassadeur américain en Israël Dan Shapiro participe à une séance d’adieu à la Knesset avant son départ, le 17 janvier 2017. (Miriam Alster/Flash90)

En 2020, l’administration Trump a négocié des accords de normalisation entre Israël et le Soudan, le Maroc, les Émirats arabes unis et Bahreïn. Le poids lourd régional qu’est l’Arabie saoudite s’est jusqu’à présent abstenu de formaliser ses liens avec Israël, mais a donné son feu vert aux survols de l’État juif, dans un signe implicite d’approbation.

Ashkenazi a révélé que le secrétaire d’État américain Antony Blinken lui a dit que l’administration Biden « adhère aux accords d’Abraham et souhaite vivement les étendre ».

« Il s’agit d’un type de paix différent », a déclaré Ashkenazi, ajoutant que les relations s’accélèrent dans les liens de gouvernement à gouvernement, d’entreprise à entreprise et de peuple à peuple. Il a qualifié ces nouvelles relations « d’irréversibles ».

Ashkenazi a également mentionné un traité fiscal qu’Israël a signé avec les Émirats arabes unis la semaine dernière, notant que l’accord n’avait pas été affecté par les combats entre Israël et le Hamas.

Les deux pays ont déjà signé plusieurs traités, notamment sur les vols directs et les déplacements sans visa, la protection des investissements, la science et la technologie.

Israël a déjà signé 29 accords avec les quatre pays avec lesquels il a conclu des accords au cours de l’année dernière, a indiqué le ministère des affaires étrangères, et 29 autres sont en préparation.

Le ministère a également ouvert de nouveaux bureaux diplomatiques aux EAU, à Bahreïn et au Maroc.

Tariq Bin Hendi, directeur général de l’Abu Dhabi Investment Office, signe virtuellement un accord de coopération avec David Leffler, directeur général du ministère de l’Économie et de l’Industrie d’Israël (à l’écran). (Autorisation)

Ashkenazi a reconnu qu’il y avait encore beaucoup de travail à faire.

« Avec le Maroc, nous ne sommes pas au même niveau de relations qu’avec les EAU et Bahreïn », a-t-il déclaré.

Il a souligné que les accords de paix existants avec l’Égypte et la Jordanie restent des atouts stratégiques essentiels pour Israël. « La Jordanie est stable, et l’Égypte est du bon côté en termes de stabilité et de sécurité », a-t-il déclaré.

« En même temps, nous n’avons pas profité pleinement de la paix avec eux… Nous avons encore beaucoup de travail à faire à ce sujet. »

La diplomatie dans l’ombre du Covid

Ashkenazi a relevé des réalisations importantes dans les efforts diplomatiques d’Israël contre l’Iran et ses alliés dans la région.

Depuis mai 2020, neuf pays – l’Autriche, le Kosovo, la Lituanie, la Lettonie, la Suisse, la République tchèque, la Slovénie, l’Estonie et le Guatemala – ont désigné le Hezbollah chiite libanais armé comme une organisation terroriste.

Photo prise le 16 décembre dans le village de Meiss al-Jabal. La FINUL observe les opérations d’excavation par l’armée israélienne du côté israélien de la frontière. A droite, un drapeau du Hezbollah. (Crédit : AP/Mahmoud Zayyat/AFP)

Il a également fait valoir qu’Israël entretenait un dialogue intensif et productif avec les six puissances mondiales qui ont signé l’accord nucléaire de 2015 avec l’Iran. Des pourparlers sur l’adhésion de l’Iran et des États-Unis à cet accord sont en cours à Vienne.

Ashkenazi a affirmé que la position internationale d’Israël s’est améliorée au cours de l’année dernière, malgré le conflit du mois dernier avec le Hamas. Il a souligné les 44 visites de hauts responsables en Israël, dont huit visites de hauts responsables américains et 26 visites de dirigeants européens et de hauts diplomates.

Le ministre des Affaires étrangères a noté que les conversations que les nations européennes ont tenues avec Israël au cours de l’année écoulée sont passées des désaccords sur les plans d’annexion de la vallée du Jourdain – auxquels Gantz et lui-même se sont opposés – à des discussions plus productives sur la normalisation régionale et la participation d’Israël aux initiatives scientifiques et diplomatiques européennes.

Israël devrait rejoindre Horizon Europe, le programme de recherche et d’innovation de l’UE d’une durée de sept ans, d’ici la fin de 2021.

Le chef de la diplomatie britannique Dominic Raab rencontre son homologue israélien Gabi Ashkenazi à Jérusalem, le 25 août 2020. (Autorisation : Miri Shimonovich)

Israël a également progressé dans ses liens avec les nations africaines, selon Ashkenazi. Il a souligné l’augmentation des votes favorables des nations africaines sur les questions relatives à Israël dans les forums internationaux, ainsi que les réactions positives aux tentatives d’Israël de rejoindre l’Union africaine en tant qu’État observateur.

La pandémie de COVID-19 a présenté des défis uniques mais aussi des opportunités pour la diplomatie israélienne, a déclaré Ashkenazi. Le ministère des Affaires étrangères a dû aider les citoyens qui tentaient de rentrer en Israël et a aidé les Juifs qui faisaient leur aliyah au cours de l’année écoulée. Il a également investi des ressources importantes pour faire revenir les diplomates israéliens afin qu’ils soient vaccinés et pour vacciner les diplomates étrangers en Israël.

Israël a acheminé par avion des équipements de protection et du matériel médical dans le pays, en particulier au début de la pandémie. Lorsqu’il a pris le contrôle de l’épidémie et est devenu un leader mondial de la vaccination, le ministère des Affaires étrangères a mené l’effort de « diplomatie de la vaccination », dans le cadre duquel les nations amies ont reçu des doses excédentaires de vaccins COVID-19. Israël a également envoyé par avion des équipements médicaux en Inde et dans d’autres pays confrontés à des épidémies.

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