Aide à Gaza : Israël veut un mécanisme international pour contourner le Hamas
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Aide à Gaza : Israël veut un mécanisme international pour contourner le Hamas

L'armée israélienne accuse le Hamas de détourner l'aide internationale à destination de l'enclave paupérisée à des fins militaires; Gantz veut que l'AP soit plus active à Gaza

Le chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, assiste à une conférence de la Douzième chaîne à Jérusalem, le 7 mars 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, assiste à une conférence de la Douzième chaîne à Jérusalem, le 7 mars 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministère israélien de la Défense a indiqué lundi que les plans de reconstruction dans la bande de Gaza devront passer par « un mécanisme » international afin de contourner le groupe terroriste du Hamas palestinien, au pouvoir dans l’enclave, pour atteindre directement la population.

L’armée israélienne accuse le Hamas de détourner l’aide internationale à destination de l’enclave paupérisée à des fins militaires et d’utiliser le métal des canalisations pour en faire des roquettes.

La bande de Gaza est de facto contrôlée depuis 2007 par les islamistes du Hamas après avoir chassé férocement le Fatah en 2006, suite au désengagement unilatéral d’Israël en 2005.

« Pour atteindre les objectifs de réhabilitation de Gaza sans que cela ne constitue une menace pour Israël, le peuple de Gaza ou la région, les efforts de reconstruction devront impliquer un large éventail d’acteurs », a indiqué à l’AFP un responsable du ministère de la Défense sous le couvert de l’anonymat.

Selon ce responsable, le financement et l’organisation de la reconstruction doivent passer par « la création d’un mécanisme impliquant les principaux acteurs, dont les États-Unis et l’Europe », mais aussi des acteurs régionaux comme les pays du Golfe, ainsi que l’Égypte, médiateur traditionnel entre le Hamas et Israël, et la Jordanie voisine.

Le ministère, dirigé par l’ancien chef d’état major de l’armée Benny Gantz, demande « une implication plus complète de l’Autorité Palestinienne [de Mahmoud Abbas], pour éviter d’augmenter les ressources du Hamas et afin d’atteindre (directement) la population » de l’enclave.

Gantz a ajouté qu’Israël n’autoriserait pas une reconstruction totale de Gaza avant que le Hamas ne restitue les deux civils israéliens et les dépouilles de deux soldats retenus en otage par le groupe terroriste depuis plus de six ans.

Le Hamas a rejeté cette condition.

« L’agenda le plus préférable, selon moi, est de renforcer l’Autorité palestinienne autant que possible et de ne pas laisser le Hamas être le seul à définir l’ordre du jour, hors de la bande de Gaza mais aussi à Gaza », a-t-il déclaré.

Alors qu’il lui était demandé s’il exprimait son propre point de vue ou si ce dernier était également celui du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Gantz a déclaré qu’il s’agissait de son positionnement personnel.

« Je ne sais pas ce que pense Netanyahu », a-t-il continué.

La manière de renforcer l’Autorité palestinienne et de marginaliser le Hamas, a poursuivi Gantz, est d’impliquer le plus grand nombre d’États arabes que possible – en particulier les pays du Golfe, l’Égypte et la Jordanie, en plus des États-Unis et de l’Union européenne. Gantz a souligné de manière significative l’implication du Qatar, avec lequel Israël n’entretient pas de relations diplomatiques et qui est un pays proche de la Turquie. Doha a tenu un rôle déterminant en termes de médiation entre l’État juif et le Hamas, ces dernières années, fournissant – et retenant parfois – des aides financières au groupe terroriste et aux fonctionnaires civils de la bande.

« Mais je fais la distinction entre l’aide humanitaire de base comme l’alimentation, l’eau et l’électricité, qui sont indispensables à la population, et un autre niveau d’aides que nous devons conditionner au retour des captifs », a continué Gantz.

Le ministre de la Défense n’a pas expliqué les mécanismes précis qui pourraient être utilisés pour aider Gaza sans enrichir pour autant le groupe terroriste du Hamas – une question qui est un défi, depuis longtemps, pour les pays et les organisations qui cherchent à investir dans l’enclave.

Gantz a précisé qu’il était impossible d’empêcher le Hamas de reconstruire en profitant des matériaux « à double usage » tels que le ciment. « Je ne suis pas naïf : certains matériaux qui vont entrer, après que nous les ayons supervisés, seront en définitive utilisés par le Hamas », a-t-il affirmé.

Il a dit que tandis que le Hamas tentait de faire entrer des armes à Gaza, le groupe terroriste était apte à produire ses propres minutions au sein de l’enclave côtière – et que cette aptitude devenait croissante.

Le gouvernement se trouve au cœur de discussions portant sur la manière de garantir que l’argent et les approvisionnements qui entreront à Gaza ne seront pas utilisés par le Hamas. Des équipes du ministère de la Défense et du bureau du Premier ministre travaillent sur ce problème, a noté Gantz.

Le président américain Joe Biden avait annoncé samedi son intention de mettre en place une aide financière « majeure » pour « reconstruire Gaza » mais sans donner au Hamas « l’opportunité de rebâtir son système d’armement », incluant notamment un arsenal bien fourni grâce à l’aide de l’Iran notamment et des tunnels tapissant toute l’enclave pour permettre aux agents du Hamas de se déplacer et de mener des tirs de roquettes et autres attaques…

Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, est attendu mardi dans la région, pour des entretiens avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, notamment à ce sujet.

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