Gadi Mozes, ex-otage, trouve une victoire dans son retour dans les champs de Nir Oz
Mais le plus ancien otage survivant se sent trahi par les ministres du gouvernement, qui ne l'ont pas contacté au cours des 10 mois qui ont suivi sa libération et qui continuent de s'opposer à une enquête nationale

Enfin de retour dans son cher Nir Oz, l’ancien otage Gadi Mozes dit être rempli d’espoir grâce aux jeunes volontaires qui sont venus aider à reconstruire la communauté, en plantant des champs luxuriants qui s’étendent jusqu’à la frontière avec Gaza.
Mais le réconfort de cet agriculteur de 81 ans – il est le plus âgé des otages survivants – est doux-amer, gâché par son dégoût pour le gouvernement, qu’il accuse d’avoir ignoré les captifs qui ont été rapatriés et de continuer à ne pas vouloir assumer ses responsabilités pour les échecs qui avaient entraîné le pogrom commis dans le sud d’Israël par le Hamas, le 7 octobre 2023, une attaque sanglante qui avait semé la mort et la destruction.
Pas un seul ministre n’a décroché son téléphone pour souhaiter la bienvenue à Mozes depuis son retour de captivité – il était détenu dans l’enclave par le groupe terroriste du Jihad islamique palestinien – au mois de janvier, dans le cadre du dernier cessez-le-feu à Gaza, a-t-il expliqué jeudi devant les caméras de la Treizième chaîne.
« Cela montre bien leur personnalité », a dit Mozes. « Est-ce que je ne suis pas un citoyen ? Suis-je un citoyen de seconde zone ? »
En revanche, a confié l’octogénaire, le président Isaac Herzog lui a parlé au téléphone dès le lendemain de son retour, et l’ambassadeur allemand en Israël, Steffen Seibert, a discuté avec lui pendant une heure et demie alors qu’il était encore à l’hôpital, tout de suite après sa libération. « Il m’a parlé en hébreu, en anglais, comme vous voulez ».
L’ancien chef de l’armée israélienne Herzi Halevi, qui était à la tête des forces armées pendant l’offensive menée par le Hamas et pendant le début de la guerre qui avait suivi à Gaza, lui a rendu visite à trois reprises pour s’excuser et pour assumer ses responsabilités dans le cadre de cette débâcle sécuritaire, a ajouté Mozes.
« Mais c’est le commandant de l’armée. Lui aussi a un commandant, mais ce commandant est introuvable », a déploré Mozes, debout au milieu des stèles de ceux qui, a-t-il dit, ont été « sacrifiés en vain », le jour du pogrom – avec parmi eux la femme qui était sa compagne, Efrat Katz, et ses camarades de la génération fondatrice de Nir Oz.
« Le pouvoir s’accompagne de responsabilités », a affirmé Mozes. « Je ne comprends pas comment ces politiciens peuvent rester assis là, obstinément, à chercher des boucs émissaires pour se donner bonne conscience ».
Il a ajouté que les défaillances entourant l’attaque sanglante du 7 octobre qui avait été menée par les hommes armés du Hamas devaient faire l’objet d’investigations dans le cadre d’une commission d’enquête nationale – ce que le gouvernement refuse, car les membres d’une telle commission seraient sélectionnés par les autorités judiciaires.
« Une commission d’enquête indépendante et non partisane doit être chargée d’examiner tout ce qui s’est passé ce matin-là et elle doit déterminer qui ont été les responsables de la plus grande débâcle de l’Histoire d’Israël », a continué Mozes.
Mozes est bien décidé à reconstruire le kibboutz – même si les membres plus jeunes, ainsi qu’un grand nombre de résidents plus âgés, sont partis. Mais cela ne vaudrait-il pas la peine de conserver une partie des ruines, à des fins de mémoire ?… A cette question, il a répondu : « Cela vaut également la peine de construire une communauté animée et de ne pas vivre dans un cimetière ».
Les jeunes qui redonnent vie au kibboutz sont dans leur majorité issus de mouvements de jeunesse et d’académies pré-militaires. Selon la chaîne d’information N12, environ 90 personnes, dont Mozes, vivent désormais à plein temps à Nir Oz. Deux-tiers à peu-près des habitants sont issus du mouvement de jeunesse HaShomer HaTzair et de l’académie pré-militaire Maaleh HaDerech.
« Je tiens à remercier tout particulièrement les jeunes qui travaillent dans l’agriculture », a noté Mozes dans le reportage télévisé.
Rester là-bas pendant 480 jours, parmi tous ces voyous, et se retrouver soudainement de ce côté-ci pour semer quelque chose de nouveau jusqu’à la clôture, c’est le signe que nous sommes sur la bonne voie
Les récoltes de 2024 – Mozes n’était pas au kibbouz, à ce moment-là, pour les planter – ont été parmi les meilleures de toute l’Histoire de cette communauté formée il y a sept décennies, a-t-il raconté, debout dans l’un des nouveaux champs de romarin verdoyants du kibboutz, près de la barrière frontalière qui sépare Israël de Gaza.
« Quand je suis revenu, ils m’ont dit : ‘On a planté quelque chose de nouveau, si tu veux te joindre à nous’, et j’ai répondu : ‘Avec plaisir' », s’est souvenu Mozes. « Une semaine après mon retour, je me suis retrouvé ici et je me suis dit : ‘Rester là-bas pendant 480 jours, parmi tous ces voyous, et se retrouver soudainement de ce côté-ci pour semer quelque chose de nouveau jusqu’à la clôture, c’est le signe que nous sommes sur la bonne voie’. »
Environ un quart des 400 membres environ de Nir Oz avaient été kidnappés ou assassinés lors de l’attaque sanglante du Hamas qui avait déclenché la guerre de Gaza. Une enquête qui a été menée par l’armée israélienne a révélé que les premiers soldats sont arrivés au kibboutz environ 40 minutes après le départ du dernier terroriste.
Mozes avait été enlevé à son domicile dans le kibboutz. Katz, sa compagne, avait été kidnappée séparément, avec sa fille Doron et ses deux petites-filles. Une enquête de l’armée de l’air menée quelques mois plus tard avait révélé que Katz avait probablement été tuée par les tirs d’hélicoptères israéliens qui visaient les terroristes qui l’emmenaient à Gaza.
Mozes a montré à N12 le champ où sa compagne a perdu la vie. « Pour éliminer deux autres terroristes, ils ont tué ma compagne », a-t-il déploré. « C’était ici. Ils n’ont même pas réussi à passer la frontière ».
Mozes se rend au cimetière environ trois fois par semaine pour se recueillir sur la tombe de Katz, rendant aussi une visite aux nombreux amis qu’il a perdus lors du pogrom, a-t-il déclaré.
Sinon, il passe la majorité de son temps dans les champs, comme il le fait depuis des décennies. Dans l’interview, il est particulièrement fier de ses carottes et de son romarin.
« C’est une victoire immense. Ceux qui ne savent pas ce qu’est un triomphe de l’esprit ne peuvent pas comprendre cela », a-t-il confié.







