Galilée : Des graffitis sur une synagogue du mont Meron
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Galilée : Des graffitis sur une synagogue du mont Meron

Pour la seconde fois en quatre ans, ce lieu de culte du 3e siècle a été vandalisé par des extrémistes religieux près du tombeau de Rabbi Shimon bar Yochai, un sage talmudique

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Uri Berger, archéologue à l'est de la Haute-Galilée, a porté plainte auprès de la police pour l'acte de vandalisme commis à la réserve naturelle du mont Meron le 4 mars 2019 (Crédit : Nadia Azar/Autorité israélienne des antiquités)
Uri Berger, archéologue à l'est de la Haute-Galilée, a porté plainte auprès de la police pour l'acte de vandalisme commis à la réserve naturelle du mont Meron le 4 mars 2019 (Crédit : Nadia Azar/Autorité israélienne des antiquités)

Un archéologue de l’Autorité israélienne des Antiquités (AAI) a découvert des graffitis écrits à la bombe sur une synagogue vieille de 1 800 ans, située dans la réserve naturelle du mont Meron en Galilée, lundi.

Cette synagogue du 3e siècle se trouve près du tombeau de Rabbi Shimon bar Yochai, également connu sous le nom de Rashbi, un sage du 2e siècle de l’ère commune dont les visions apparaissent dans tout le Mishnah et le Talmud.

En lettres rouges, les vandales ont écrit « Avertissements » à plusieurs endroits, là où se dresse la synagogue antique.

L’un des murs a été recouvert de l’inscription – sans ironie, semble-t-il – « Ce lieu saint ne sera pas profané. Vous avez été averti ». D’autres graffitis ont pris pour cible directement l’Autorité des antiquités, disant « Il n’y aura pas de parc archéologique ici » et « le mont Meron n’est pas abandonné ».

Uri Berger, archéologue à l’est de la Haute-Galilée, a porté plainte auprès de la police pour l’acte de vandalisme commis à la réserve naturelle du mont Meron le 4 mars 2019 (Crédit : Nadia Azar/Autorité israélienne des antiquités)

L’archéologue Uri Berger de l’IAA se trouvait lundi sur les lieux pour faire le point sur les dégâts. À la suite de son inspection, il a porté plainte auprès de la police, et une enquête a été ouverte par le département de lutte contre le vol de l’Autorité.

Ce n’est pas la première fois que ce site est profané par des vandales. En 2015, alors que les lieux venaient d’être rénovés, une inscription bariolée paraphrasant le proverbe populaire de la secte hassidique de Bratslav, « Na Nach Nachma Nachman MeYerushalayim », avait été découverte.

Les graffitis trouvés sur une synagogue du 3e siècle sur le mont Meron en 2015 après des travaux de rénovation du site (Crédit : Autorité israélienne des Antiquités)

Selon Uri Berger, cet acte de vandalisme dénué de sens a été perpétré par « une poignée d’excentriques qui, tout en clamant l’avoir fait au nom de la foi, portent préjudice au patrimoine juif national qui nous appartient à tous ».

« Vous avez été avertis », dit ce graffiti fait sur une synagogue de 1800 ans dans la réserve naturelle du mont Méron en Galilée, découvert le 4 mars 2019 (Crédit : Autorité des antiquités israélienne)

Comparant la destruction de la synagogue de Galilée à une série d’actes de vandalisme récents perpétrés à l’étranger, il a expliqué qu’une « profanation non juive d’une synagogue de la diaspora blesse et met en colère mais lorsqu’une telle chose est commise par des Juifs ici, sur la terre d’Israël, c’est impossible à comprendre ».

Le site de la synagogue, où aucune fouille active n’est programmée, fait l’objet de travaux de conservation dans le cadre d’un projet gouvernemental et fait partie d’une réserve naturelle. Aucun parc archéologique n’y est prévu.

La réserve du mont Meron recouvre un vaste périmètre de terres sauvages qui étaient destinées à la conservation sous les termes du Mandat britannique, en 1942. Pendant des milliers d’années, le mont Meron a été associé aux tombeaux des sages rabbiniques ainsi qu’aux chefs spirituels druzes. Le tombeau de Rabbi Shimon bar Yochai est un lieu de pèlerinage pour des dizaines de milliers de personnes à la date-anniversaire présumée de sa mort, à Lag B’Omer, 33e jour au cours du décompte d’Omer, après Pessah.

Celui qui s’était dressé contre les envahisseurs romains est connu pour son savoir profond et pénétrant et pour sa force spirituelle. Le texte fondateur du mysticisme juif, la Kabbale, lui a été attribué – un fait sur lequel la majorité des spécialistes sont en désaccord.

La synagogue de la réserve naturelle du mont Meron en 2015 suite à la rénovation (Crédit : Autorité israélienne des Antiquités)

Dans un fameux conte du Talmud, présent dans le Tractate Shabbat 33b, le rabbin et son fils Elazar passèrent douze années dans une grotte, se cachant des Romains qui les avaient condamnés à mort pour leurs déclarations contre l’empire. A la fin des 12 années durant lesquelles le père et le fils ne se nourrissèrent que de caroubes, le prophète Elie apparut à eux et leur donna l’autorisation de retourner dans le monde.

Constatant le manque de connaissance de la Torah et de sérieux chez les fermiers locaux, les yeux des deux hommes s’allumèrent tels des lasers. Leurs regards suffirent à raser tout ce qui se trouvait dans leur champ de vision.

On ne peut que se demander ce que le père et le fils auraient fait aux délinquants anonymes venus vandaliser une synagogue au nom de la religion.

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