Gantz: le prochain gouvernement éloignera Israël du droit et de la démocratie
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Gantz: le prochain gouvernement éloignera Israël du droit et de la démocratie

Le chef de Kakhol lavan affirme que la prochaine coalition sera focalisée à protéger Netanyahu des poursuites judiciaires

Le chef de Kakhol lavan Benny Gantz s'exprime au quartier général du parti à Tel Aviv, le 10 avril 2019 (Flash90).
Le chef de Kakhol lavan Benny Gantz s'exprime au quartier général du parti à Tel Aviv, le 10 avril 2019 (Flash90).

Benny Gantz, le chef du parti Kakhol lavan, a exclu de siéger dans un gouvernement dirigé par Benjamin Netanyahu, affirmant dimanche que le Premier ministre mettrait probablement en place une coalition pour le protéger de poursuites judiciaires dans diverses affaires de corruption.

S’exprimant lors d’un entretien télévisé qui a été diffusé quelques jours après avoir conduit son parti à obtenir 35 sièges, mais sans pour autant trouver le moyen former une coalition, on a demandé à Gantz d’affirmer de manière catégorique qu’il ne siégerait pas avec Netanyahu, alors que des rumeurs circulent selon lesquelles Kakhol lavan chercherait à former un gouvernement d’unité laïc avec le Likud.

« De mon point de vue, Netanyahu va former une coalition qui sera occupée à renforcer sa position juridique et qui, au final, éloignera Israël du droit et de la démocratie », a déclaré Gantz au programme d’enquête « Uvda » de la Douzième chaîne, en référence aux inculpations qui visent Netanyahu.

Netanyahu est suspecté dans trois enquêtes criminelles, baptisées par la police les affaires 1000, 2000 et 4000, dans lesquelles les enquêteurs ont recommandé de l’inculper pour corruption. Le procureur général Avichai Mandelblit a annoncé en février qu’il avait l’intention d’inculper Netanyahu dans les trois affaires, dans l’attente d’une audition.

Des spéculations ont circulé indiquant que Netanyahu pourrait profiter de sa nouvelle force politique pour faire avancer une loi qui le protégerait de poursuites tant qu’il reste au poste de Premier ministre. Il conditionnerait l’entrée dans son nouveau gouvernement à un potentiel soutien pour ce que l’on a qualifié de « loi française », – une législation qui immuniserait un Premier ministre en poste de poursuites judiciaires. Netanyahu a donné publiquement des signaux contradictoires quant à savoir s’il chercherait ou non à faire adopter une telle législation.

Dimanche, la Treizième chaîne a annoncé que Netanyahu envisageait de nommer le ministre du tourisme Yariv Levin comme ministre de la Justice si le Likud gardait le porte-feuille. Levin est connu pour sa position dure à l’égard du système judiciaire en Israël, il considère qu’il est dominé par des libéraux et qu’il est bien trop orienté politiquement.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu salue ses sympathisants après la clôture du scrutin des élections générales israéliennes à Tel Aviv, Israël, le mercredi 10 avril 2019. (AP Photo/Ariel Schalit)

Gantz a déclaré qu’il ne soutiendrait en aucune manière de telles décisions. « De mon point de vue, notre travail consiste à renforcer le droit et la démocratie en Israël pour tous les citoyens, alors siéger avec Netanyahu n’est pas une option ».

Samedi, le numéro 2 de Kakhol lavan, Yair Lapid a démenti des informations qui laissaient entendre que des négociations secrètes avaient lieu avec Yisrael Beytenu d’Avidgor Liberman sur un possible gouvernement d’unité avec le Likud et le parti de centre droit Koulanou de Moshe Kahlon.

Ces derniers jours, des articles parus dans des médias en hébreu ont affirmé que Lapid avait rencontré Liberman à Vienne pour discuter d’une union de leurs forces dans une coalition qui inclurait les 36 sièges du Likud, les 35 sièges de Kakhol lavan, les 5 sièges d’Yisrael Beytenu, et les 4 sièges de Koulanou dans ce qui serait une majorité écrasante de 80 sièges à la Knesset. Cette formation mettrait en dehors du jeu politique les partis ultra-orthodoxes du Shas, de Yahadout HaTorah et de l’Union des partis de droite pour faire adopter des lois auxquelles ils sont fortement opposés.

Dans l’entretien, Gantz a indiqué qu’il s’efforcerait de contrer Netanyahu depuis l’opposition.

« Nous n’allons pas rejoindre un gouvernement Netanyahu, nous resterons dans l’opposition et nous lutterons, a-t-il déclaré. C’est la première semaine des dix prochaines années. Je vais pleinement m’y consacrer. »

Il a également déclaré être confiant que Kakhol lavan, une alliance de plusieurs partis, resterait ensemble dans l’opposition.

Les responsables du parti politique Kakhol lavan de Benny Gantz (2 à gauche), Boogie Yaalon, Gabi Ashkenazi et Yair Lapid tiennent une conférence de presse au quartier général du parti à Tel Aviv, le 10 avril 2019. (Flash90)

« Regardons tout d’abord l’ampleur de notre réussite [aux élections]. C’est vraiment sans précédent », a déclaré Gantz, un ancien chef de l’armée, pour souligner que le parti avait obtenu 35 sièges.

Tout en reconnaissant qu’il n’emménagerait pas immédiatement dans la résidence du Premier ministre, Gantz a exprimé sa confiance qu’il y serait à l’avenir. « Un jour, je serai clairement le Premier ministre, a-t-il dit. C’est du 100 % ».

Interrogé pour savoir ce qu’il aurait fait différemment lors de la campagne, Gantz a dit qu’il regrettait son « discours de la victoire » après la publication des premiers résultats.

« Le soir de l’élection, j’aurais baissé de deux crans le sentiment de victoire », a déclaré Gantz. « Nous voulions donner un sentiment de confiance et de reconnaissance du travail de nos militants ».

L’ancien chef de l’armée israélienne a prononcé un discours prématuré de victoire mardi soir après qu’une estimation eut montré que son parti était en bonne position pour renverser le Likud de Netanyahu, même si deux sondages indiquaient au contraire une voie toute tracée vers la victoire pour le Premier ministre en poste. Gantz a promis d’ »être le Premier ministre de tout le monde et pas seulement de ceux qui ont voté pour moi… Nous devons réfléchir à comment nous pouvons travailler ensemble, à comment nous pouvons faire parler tout le monde ».

Benny Gantz, leader de l’alliance politique Kakhol lavan, revendique la victoire à l’issue des élections du 9 avril 2019, dans un discours à Tel Aviv. (MENAHEM KAHANA / AFP)

« Il sait comment mener une bonne campagne », a concédé Gantz. « J’aimerais bien apprendre cela de lui, mais m’abaisser autant, aux niveaux où il était prêt à aller, en aucune manière. Dans ces situations, Netanyahu a dépassé les bornes. »

« En tant que Premier ministre, Netanyahu ne peut pas jouer sur deux tableaux : tout d’abord on gagne, et ensuite on essaie de réparer les choses. Il en a encore plus fait pour diviser le pays. »

Dans son discours de victoire deux heures plus tard le soir de l’élection, Netanyahu a déclaré qu’il allait mettre en place une coalition de droite, mais qu’il chercherait à être le Premier ministre de tous les Israéliens, de droite et de gauche, Juifs et non-Juifs.

Trois jours après l’élection et au lendemain de la victoire décisive de Netanyahu, confirmée par un décompte complet de votes, le président de Kakhol lavan a appelé le chef du Likud vendredi matin pour le féliciter.

Gantz a indiqué, dans ce qui a été une conversation très brève, qu’il avait voulu attendre d’appeler jusqu’à ce que la commission centrale électorale annonce les résultats finaux, ce qu’elle a fait jeudi soir.

« Avec la fin du décompte des votes et l’annonce de résultats finaux, je vous félicite pour votre réussite aux élections. Nous continuerons à servir les citoyens d’Israël, et je vous souhaite à vous ainsi qu’à tout Israël une joyeuse fête [de Pâques à venir], » a déclaré Gantz à Netanyahu, selon un communiqué fourni par un porte-parole de Kakhol lavan.

« Merci, je vous souhaite une joyeuse fête. Nous ramènerons le calme en Israël, chacun comme il le peut. Bon Shabbat », a répondu Netanyahu, reconnaissant la nature agitée de la campagne dans un communiqué de la courte conversation publié par le Likud.

Le Premier ministre devrait être chargé par le président Reuven Rivlin de former une coalition plus tard dans la semaine.

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