Gantz nie tout piratage russe ; la firme de cybersécurité parle de « diffamation »
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Gantz nie tout piratage russe ; la firme de cybersécurité parle de « diffamation »

Le chef du groupe CGI affirme que sa firme a identifié qu'un élement d'Europe de l'est est à l'origine de la brèche de sécurité qui a "infecté" 4 ou 5 téléphones du parti

Benny Ganz, chef du parti Kakhol lavan, au téléphone pendant un meeting électoral, à Petah Tikva le 13 mars 2019. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)
Benny Ganz, chef du parti Kakhol lavan, au téléphone pendant un meeting électoral, à Petah Tikva le 13 mars 2019. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Une société de renseignement commerciale employée par Kakhol lavan pour identifier la sources des fuites médiatiques des hauts-rangs du parti centriste aurait découvert quelque chose de bien plus grave : un piratage russe à grande échelles des téléphones et des ordinateurs appartenant au chef du parti Benny Gantz et à d’autres membres de l’équipe de campagne.

Le journaliste politique de la Douzième chaîne Amit Segal a relayé un rapport du groupe CGI remis aux dirigeants de Kakhol lavan la semaine dernière. Le journaliste a évoqué une cyberattaque prolongée, « intense et inhabituelle »  dirigée contre le parti de centre-gauche qui a fourni aux attaquants l’intégralité du contenu des téléphones personnels de Gantz, de son directeur de cabinet Hod Betzer, de son chef de campagne Ido Har-Tov et de son conseiller de campagne Ronen Moshe. La Douzième chaîne n’a pas détaillé le piratage ni comment il a été attribué aux Russes.

Dans l’heure qui a suivi la diffusion, les responsables de Kakhol lavan ont critiqué ce reportage, affirmant que les conclusions de CGI étaient fausses et que le fondateur et PDG de la firme Zvika Nave avait fait fuiter le rapport à la Douzième chaîne pour faire pression sur l’équipe de campagne, pour qu’elle paye la facture de CGI, estimée par la chaîne télévisée entre 100 000 et 500 000 (28 000 et 142 000 $).

« Le rapport de [CGI] a soulevé des soupçons sur une tentative d’obtenir des informations [via le piratage russe présumé], mais cela s’est avéré être un total mensonge », a déclaré un responsable du parti à Tal Schneider, journaliste politique du journal économique Globes mercredi soir.

Zvika Nave, fondateur, propriétaire et PDG de la firme de cybersécurité CGI. (Autorisation)

Des responsables anonyme Kakhol lavan ont déclaré que les téléphones en question ont été confiés à une autre firme spécialisées en cybersécurité après que les dirigeants du parti ont reçu le rapport de CGI la semaine dernière. « Aucun appareil n’a été compromis », a déclaré un responsable.

CGI n’a pas explicitement démenti l’accusation auprès de Globes, mais a déclaré que sa facture avait été honorée.

Selon la Douzième chaîne, CGI a également rapporté que le réseau informatique interne de Kakhol lavan avait été piraté, et a exhorté le parti à porter plainte à la police.

Selon la chaîne, Kakhol lavan ne l’a pas fait.

Le parti Kakhol lavan a été formé avant les élections d’avril et réunit le parti Hossen LeYisrael de Gantz, le parti Yesh Atid de Yair Lapid et le parti Telem de Moshe Yaalon. Les médias ont évoqué des tensions entre les factions.

Un responsable anonyme de Yesh Atid a fustigé la faction de Gantz mercredi au sujet de l’affaire CGI, affirmant à la Douzième chaîne que « c’est un autre acte de bouffonnerie des gens de Gantz. En plein campagne électorale, embaucher des gens dont le métier est l’espionnage industriel, c’est inviter ces problèmes chez soi. Lapid rencontrer le quartet [des dirigeants de Kakhol lavan, que sont Gantz, Lapid, Yaalon et Gabi Ashkenazi] demain et exigera, dans des termes forts, que cet incident soit clos ».

De gauche à droite : Yair Lapid, Benny Gantz, Moshe Yaalon, Gabi Ashkenazi du parti Kakhol lavan lors du lancement officiel de sa campagne à Shefayim, 14 juillet 2019. (Gili Yaari/Flash90)

Selon les médias, c’est Betzer qui a fait appel au groupe CGI, un firme israélienne qui se targue d’employer des anciens membres des services du renseignement israéliens, pour repérer les « taupes » dans les hauts-rangs du parti après que des enregistrements de Gantz ont fuité dans les médias lors de la campagne pour les élections d’avril.

Kakhol lavan a lancé une enquête interne en mars, mais n’a pas identifié de coupable.

Dans l’un des enregistrements, on entend Gantz dire qu’il n’excluait pas totalement de s’unir à Benjamin Netanyahu, en dépit des déclarations publiques dans lesquels il affirme refuser de siéger dans un gouvernement avec le Premier ministre, en raison des allégations de corruption pesant sur lui. Dans ce même enregistrement, Gantz dit qu’il est disposé à faire certaines concessions aux partis ultra-orthodoxes pour les intégrer à une coalition qu’il chapeauterait.

Un deuxième enregistrement révèle que que Gantz a dit, à la veille des élections, que Netanyahu ne serait pas contre que Gantz meure.

Les dirigeants du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, (à gauche), et le député Yair Lapid, lors d’une conférence de presse, à Tel Aviv, le 31 mars 2019. (Flash90)

Nave est le fondateur, propriétaire et PDG de CGI. Le président de la firme est Yaakov Peri ancien chef des services de sécurité du Shin Beth et ancien ministre du parti Yesh Atid.

Le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz a rejeté jeudi ce reportage télévisé, suggérant qu’il s’agissait d’un coup de ses rivaux politiques.

Cependant, le président de la firme de renseignement CGI, qui a mis au jour la fraude de sécurité présumée, a défendu le travail de ses équipes, affirmant que ces attaques étaient de la « pure diffamation » et que quatre ou cinq téléphones appartenant au parti étaient « infectés », probablement par un élément d’Europe de l’est.

Yaakov Peri a également révélé qu’en plus d’avoir été sollicité pour identifier les sources des fuites médiatique des hauts-rangs du parti, Kakhol lavan a aussi demandé à CGI de fournir des informations sur ses rivaux.

Interrogé par la radio militaire sur l’existence d’informations identifiant un piratage russe au sein du parti, Gantz a déclaré jeudi qu’il « n’y a rien de tout cela ».

Yaakov Peri, ancien chef du Shin Beth (Crédit : Yonatan Sindel/Flash 90)

« Plus d’une personnalité politique tente de nous porter atteinte. Je ne veux pas penser que des Russes agissent contre nous et je ne veux pas penser qu’il y a une entité ici, qui les monte contre nous, et il n’y a aucun résultat qui prouve cela », a-t-il ajouté.

Gantz a déclaré que le CGI a soumis un rapport montrant une suspicion de brèche dans la sécurité, mais « elle a été vérifiée et s’est avérée incorrecte ».

« Le rapport que nous avons reçu ne montrait aucune implication russe », a déclaré Gantz a la radio militaire.

Il a confirmé qu’une autre société a été employée pour contrôler le travail de CGI et qu’elle a déterminé qu’il n’y avait aucune brèche et que « personne n’a été impacté ».

« Il se peut que CGI n’ait pas fait du bon travail », a déclaré Gantz. « Nous sommes censés vérifier nos informations de sécurité et c’est ce que nous avons fait – je sais d’où vient tout ce tapage et nous allons le gérer. »

Gantz a refusé d’élaborer sur le travail réalisé avec CGI, affirmant que la collaboration sera achevée dans les jours à venir.

Mercredi, la Douzième chaîne a rapporté que CGI avait compilé un rapport pour le parti qui évoquait des informations sur un piratage par les Russes.

Cependant, le président de CGI Yaakov Peri a déclaré au radiodiffuseur public Kan que sa compagnie n’a pas spécifié que la Russie était à l’origine du piratage.

« Nous les avons informés d’une ‘infection’ de 4 ou 5 téléphones et leur avons suggéré de contacte la police. Nous n’avons pas spécifiquement parlé de la Russie. Nous avons parlé d’une entité hostile – presque certainement d’Europe de l’Est. Vous devez demander au client pourquoi ils n’ont pas contacté la police. »

Peri a suggéré que Kakhol lavan « tente de tirer sur le messager » et que les allégations de mensonge sont « de la pure diffamation ».

Peri a également révélé que Kakhol lavan avait également mandaté sa firme pour obtenir des informations sur les partis rivaux.

« Quand Kakhol lavan a fait appel à nos services, ce qui est encore le cas, ils ont demandé de travailler sur les fuites et aussi des informations qui aideraient leurs campagnes, des informations sur leurs rivaux. »

Il a souligné que c’est Kakhol lavan qui a pris contact avec sa firme.

« Ils nous ont demandé de fournir des informations de sécurité, et si nous pouvions leur donner des élements dont ils pourraient se servir, et qui pourrait être de l’espionnage industriel contre les autres. »

Cependant, il a souligné que le CGI n’a pas été sollicité pour obtenir des informations sur le député Omer Yankelevitch, qui a été identifié dans les médias au début de l’année comme cible de Likud pour un éventuel transfert vers le parti au pouvoir.

Gantz a déjà dû faire face à des fuites de rapports plus tôt cette année selon lesquelles son téléphone portable aurait été piraté par l’Iran. En mars, l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne a confirmé que son téléphone avait été compromis, mais a souligné qu’il ne contenait aucun renseignement de sécurité sensible ni aucune information incriminante.

Le Likud de Netanyahu a tenté d’utiliser le piratage dont Gantz avait informé l’année dernière par les responsables de la sécurité israélienne, suggérant que le fait que des pirates informatiques puissent compromettre son téléphone le rendait inapte à diriger le pays. Gantz a déclaré que la fuite dans les médias au sujet de la faille était politiquement motivée.

Kakhol lavan a terminé deuxième derrière le Likud de Netanyahu aux élections d’avril. Il est actuellement au coude à coude avec le parti au pouvoir avant le vote du 17 septembre, que Netanyahu a initié après avoir échoué à former un gouvernement après le dernier vote.

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