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Opinion

Gare à Ben Gvir, étoile montante de l’extrême-droite à la vision destructrice

Assuré d'avoir une place au cabinet si Netanyahu reprend le pouvoir, la star de ces élections prône un élan kahaniste vers un Israël ni démocratique, ni authentiquement Juif

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le député Itamar Ben Gvir du parti d'extrême-droite Otzma Yehudit sur le marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 22 juillet 2022. (Crédit :  Yonatan Sindel/Flash90)
Le député Itamar Ben Gvir du parti d'extrême-droite Otzma Yehudit sur le marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 22 juillet 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans un message filmé qui a été diffusé mardi, le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu a supplié Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, les chefs des partis d’extrême-droite Otzma Yehudit et du Sionisme religieux actuellement en conflit, de mettre de côté leurs différends et de renouveler l’alliance qui leur avait permis de remporter six sièges lors des élections de l’année dernière. Netanyahu l’a dit : « Seule une liste commune garantira que ces partis franchiront le seuil de représentation électorale » – et qu’ils entreront ainsi avec certitude à la Knesset lors du scrutin du 1er novembre.

Si l’une des deux formations orthodoxes et nationalistes devaient rester en-deçà de ce seuil, ce sont des dizaines de milliers de bulletins en faveur du bloc de Netanyahu qui partiraient à la poubelle et avec eux, peut-être, la perspective d’un retour de l’ancien Premier ministre au pouvoir. « Nous ne pouvons pas prendre le risque », a averti le leader du Likud en se rappelant, sans aucun doute, du désastre survenu en 2019 quand Otzma Yehudit de Ben Gvir, qui s’était présenté en solo, n’était pas parvenu à franchir le seuil de représentation électorale, emmenant dans sa défaite 83 609 votes.

Cela fait trois ans que Netanyahu joue les intermédiaires pour le compte de Ben-Gvir – et il a permis ainsi de façon honteuse d’introduire un provocateur dangereux et habile dans la sphère politique mainstream.

Ben Gvir est un fervent admirateur du rabbin Meir Kahane, un homme raciste qui prônait l’expulsion des Arabes israéliens du pays. Adolescent, il a été activiste du mouvement Kach de Kahane et il a été reconnu coupable d’incitation au racisme en 2007 pour avoir brandi un panneau, lors d’une manifestation, sur lequel était écrit : « Expulsez l’ennemi arabe ». Il a depuis remis à sa sauce la demande d’expulsion telle qu’elle était formulée par Kahane – et il a évité une interdiction parlementaire – en déclarant qu’il voulait « seulement » faire quitter le territoire aux Arabes israéliens qu’il considère « comme des traîtres ».

Il a attisé sans relâche les frictions entre les Israéliens Juifs et Arabes – il avait installé un « bureau » parlementaire avec ses partisans à Shiekh Jarrah, un quartier disputé de Jérusalem-Est, ce qui avait entraîné des émeutes quelques jours avant le déclenchement de la guerre entre Israël et le Hamas, dans la bande de Gaza, au mois de mai 2011 ; il avait amené ses loyalistes pendant ce conflit dans les villes mixtes israéliennes, ce qui lui avait valu d’être accusé par le chef de la police nationale d’avoir encouragé les pires violences inter-communautaires de l’Histoire récente d’Israël.

Il s’est allié à certains des mouvements et activistes juifs les plus déplorables du pays – et notamment à Lehava, une organisation suprématiste et anti-assimilation, et à Noam, une faction ouvertement violemment homophobe.

Jusqu’à ce qu’il commence à lui porter préjudice politiquement, il conservait une photo de Baruch Goldstein qui, en 1994, avait massacré 29 Palestiniens au tombeau des Patriarches de Hébron, sur le mur de son salon. Il ne l’a cependant jamais désavoué.

Et c’est grâce aux négociations de Netanyahu que Ben-Gvir a pu enfin faire son entrée à la Knesset au mois de mars de l’année dernière, sur la liste de Smotrich. Mais les choses ont changé depuis.

Énergique, éloquent et de plus en plus talentueux politiquement, Ben Gvir a connu une ascension jusqu’à présent dans la campagne électorale – tirant apparemment son soutien des électeurs de droite qui considèrent Netanyahu et Smotrich comme trop mous. Il est apprécié par les jeunes séfarades mécontents (qui s’identifient aux origines kurdes irakiennes de Ben Gvir) et par certains membres de la communauté ultra-orthodoxe (après une éducation laïque, il s’est tourné vers le judaïsme orthodoxe). Dans les sondages qui partent de l’hypothèse que lui-même et Smotrich feront liste commune, le parti Sionisme religieux est d’ores et déjà crédité de 10 à 13 sièges au Parlement, fort de 120 membres. Si Ben Gvir devait prendre la tête de ce partenariat, les enquêtes d’opinion (à prendre avec précaution) prédisent qu’il pourrait remporter 13 sièges.

S’ils se présentent séparément, Otzma Yehudit de Ben Gvir pourrait glaner huit sièges, disent les sondages, et Smotrich resterait à la traîne, avec cinq sièges. Mais si une enquête d’opinion de la Treizième chaîne, dont les résultats ont été révélés mercredi soir, a signalé que les deux formations prenaient encore de l’avance, avec Ben Gvir à neuf sièges et Smotrich à sept sièges, la chaîne Kan a indiqué que Smotrich n’entrerait que de justesse à la Knesset avec quatre sièges. La Douzième chaîne, pour sa part, a anticipé un Smotrich dont les résultats se situeraient bien en-deçà du seuil de représentation au Parlement, qui est de 3,25 %.

L’appel en faveur de l’unité lancé par Netanyahu à l’extrême-droite n’est pas adressé à Ben Gvir – c’est une évidence. Il s’est adressé à Smotrich dont le parti Sionisme religieux, à en juger par les prédictions des sondages peu fiables mais influents, pourrait échouer à intégrer la Knesset s’il devait choisir de ne pas établir de partenariat avec son ancien allié devenu son rival.

Si la faction de Smotrich affirme que c’est Ben Gvir qui est à l’origine du blocage d’une nouvelle alliance, ce dernier a posté sur Twitter, mercredi, un document qu’il a signé et qui établit un partenariat égalitaire entre Otzma Yehudit et le parti Sionisme religieux, avec Smotrich à la première place, Ben Gvir à la deuxième et leurs candidats respectifs se succédant les uns aux autres sur la liste. S’il aurait pu revendiquer la première place en raison de sa popularité croissante, Ben Gvir, astucieux, prend soin de ne pas en faire trop ; il veut avoir la certitude qu’il ne sera pas mis en cause si Smotrich, petit à petit éclipsé, doit se présenter et échouer sans lui.

Le député Itamar Ben Gvir lors d’une manifestation en soutien aux policiers à Tel Aviv, le 16 août 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Ayant orchestré le partenariat entre les deux hommes, Netanyahu, anticipant la victoire aux élections, avait déclaré au mois de février 2021 qu’il voulait qu’Otzma Yehudit intègre sa « coalition » mais que son leader « n’était pas apte » à devenir ministre. Alors qu’il lui était demandé au cours d’un entretien diffusé sur une chaîne de télévision pourquoi Ben Gvir, dont la candidature parlementaire avait été avancée avec enthousiasme, ne pouvait pas être à la hauteur d’une fonction de gouvernance, le Premier ministre de l’époque avait d’abord tenté d’esquiver la question avant de déclarer que « ses positionnements ne sont pas les miens ».

En fin de compte, l’alliance la plus improbable de toute l’Histoire du pays – unie dans sa seule hostilité à l’égard de Netanyahu – s’était formée et l’avait écarté du pouvoir après ce scrutin, et la question d’un ministre Ben Gvir était ainsi devenue hors-sujet. Mais si Netanyahu est en capacité de rassembler une coalition à l’issue du vote du mois de novembre, elle sera nécessairement dépendante de Ben Gvir d’une manière ou d’une autre – qu’il se soit allié ou non avec Smotrich – et le Premier ministre de retour à son poste ne sera plus en mesure de refuser à « l’inapte » Ben Gvir une place à la table du cabinet.

Ben Gvir avait attiré l’attention du pays pour la première fois dans une interview diffusée à la télévision quand il avait 19 ans, au mois d’octobre 1995, quelques semaines avant l’assassinat de Yitzhak Rabin, quand il avait brandi le sigle Cadillac arraché sur la voiture du Premier ministre et qu’il avait déclaré : « On a accédé à sa voiture ; on accèdera aussi à lui ».

Avec cette élection, Ben Gvir accède à Israël et il est en route, potentiellement, pour obtenir Israël : Diriger un ministère n’est pas l’objectif ultime des ambitions de Ben Gvir, c’est une certitude.

Cette fonction ministérielle serait néanmoins le lieu privilégié d’où il pourrait commencer à remodeler Israël selon sa vision kahaniste incendiaire, une vision où Israël ne serait plus un pays démocratique ni authentiquement juif : L’annexion de territoires assortie du refus d’octroyer aux résidents arabes le droit de vote. Ou l’exercice de la « pleine souveraineté » sur le mont du Temple, la levée du drapeau israélien sur le site et la suppression « de toutes les autorités islamiques du Waqf qui cherchent à nuire aux Juifs ». L’avancée des agendas de ses alliés de Lehava et de Noam. La « réforme » du système judiciaire pour mettre l’accent sur les valeurs juives au détriment des valeurs démocratiques. Et l’expulsion, bien sûr, des Arabes israéliens « traîtres ».

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