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Gary Shteyngart revient sur une circoncision ratée dans un court métrage

Le film s’inspire d’un essai publié en 2021 dans The New Yorker, où l’écrivain juif évoquait son opération à 7 ans, peu après son arrivée de Russie aux États-Unis

L'auteur Gary Shteyngart tient un concombre dans le court métrage documentaire « The Man Who Got Cut Wrong » (L'homme qui a été mal circoncis). (Crédit : Capture d'écran/« The New Yorker »/YouTube)
L'auteur Gary Shteyngart tient un concombre dans le court métrage documentaire « The Man Who Got Cut Wrong » (L'homme qui a été mal circoncis). (Crédit : Capture d'écran/« The New Yorker »/YouTube)

New York Jewish Week via JTA – « Ce pays a brisé mon pénis, mais il n’a pas pu briser mon esprit. »

C’est ainsi que l’écrivain juif Gary Shteyngart ouvre The Guy Who Got Cut Wrong, un nouveau documentaire produit par The New Yorker, qui revient sur la circoncision ratée qu’il a subie à l’âge de sept ans, peu après avoir immigré de Russie vers les États-Unis.

Raconté avec un mélange d’humour, de pudeur et de douleur, ce film de vingt minutes, tourné presque entièrement en noir et blanc, est signé Dana Ben-Ari. La documentariste est notamment connue pour Breastmilk, un film salué par The Cut comme un « documentaire magnifiquement cru sur l’allaitement maternel ».

The Guy Who Got Cut Wrong explore les premières années de Shteyngart aux États-Unis et sa relation compliquée à son propre corps, qu’il dit avoir « vraiment détesté » durant son enfance. Le film s’appuie sur un essai publié en 2021 dans The New Yorker relatant le même épisode malheureux. Très commenté à sa sortie, le texte avait été applaudi par les mouvements « intactivistes » opposés à la circoncision, mais critiqué par certains Juifs, estimant que Shteyngart tournait en dérision un rituel traditionnellement pratiqué sur les nourrissons de huit jours, et non sur des enfants de sept ans.

Sur des images d’archives en noir et blanc de son enfance new-yorkaise – dont une où il pose devant une machine à écrire –, Shteyngart raconte comment tout a commencé.

Installée dans un quartier majoritairement russe du Queens, sa famille avait été encouragée par un membre du mouvement Chabad à faire pratiquer la circoncision sur l’enfant, pour marquer leur appartenance au judaïsme. « Il ne s’agissait pas seulement d’être accepté par la religion, mais aussi par notre nouveau pays, ce que nous essayions désespérément de faire », explique-t-il dans le film. « Si c’est ce qu’on fait en Amérique, alors c’est ce qu’on fait en Amérique. Je n’allais pas m’y opposer. »

L’article original de Gary Shteyngart sur sa circoncision a été publié dans le numéro du 11 octobre 2021 du New Yorker. (Crédit : Jewish Week)

Mais l’intervention chirurgicale pour l’ablation de son prépuce, interdite en Union soviétique dans le cadre de la politique antireligieuse du gouvernement, a mal cicatrisé.

« Il y avait des morceaux de peau superflus partout, des morceaux de peau qui pendaient, en somme », raconte Shteyngart, expliquant que cette blessure a nourri une relation négative à son corps et accentué le sentiment « d’altérité » qu’il ressentait déjà en tant que nouvel immigrant aux États-Unis.

Ben-Ari explique avoir été inspirée par la lecture de l’essai de Shteyngart. Pendant le tournage de Breastmilk, la question de la circoncision revenait souvent. « J’ai parlé à de nombreux parents et grands-parents juifs, très partagés et tourmentés par ce sujet », raconte-t-elle.

La réalisatrice souligne qu’elle et Shteyngart partagent des « parcours similaires » : née en Israël de parents russes, elle a elle aussi immigré à New York lorsqu’elle était enfant.

« Je m’intéresse également à la manière dont on traite les traumatismes, et les Juifs ont une longue tradition d’utilisation de l’humour pour les surmonter », ajoute-t-elle. « Et je pense que ce film y parvient plutôt bien. »

Shteyngart, 53 ans, est l’auteur de plusieurs ouvrages salués par la critique. Son dernier roman, Vera, or Faith, publié en août, met en scène une fillette russo-coréenne de dix ans évoluant dans une famille aux dynamiques complexes, au sein d’une Amérique dystopique du futur. Dans son roman Absurdistan, paru en 2006, le personnage principal, un Juif laïc, est le fils d’un oligarque russe et victime, lui aussi, d’une circoncision ratée.

Le membre mutilé de Shteyngart avait presque entièrement guéri après quelques années, mais à l’été 2020, la blessure s’est aggravée, l’obligeant à entreprendre un long parcours pour soulager la douleur. Dans le film, il raconte avoir porté un bandage qui ressemblait à un collier « élisabéthain » pour chien, essayé de nombreuses crèmes et cherché sans relâche des pantalons suffisamment confortables pour supporter la douleur au quotidien. Celle-ci rendait la marche presque impossible, le privant d’un espace de réflexion essentiel à son travail d’écriture.

Gary Shteyngart (à gauche) et Ester Won assistent à la 72ᵉ cérémonie des Writers Guild Awards à l’Edison Ballroom, le 1ᵉʳ février 2020 à New York. (Crédit : Roy Rochlin/Getty Images pour Writers Guild of America, East/AFP)

« L’une des choses qui m’effrayaient le plus était de ne pas pouvoir marcher plus de dix minutes », se souvient-il. « Pendant un moment, j’étais très inquiet : je me demandais comment je trouverais des idées si je ne pouvais plus marcher. Personne ne pouvait me dire si cela allait s’arrêter un jour, et l’idée d’être impuissant face à cette douleur était terrifiante. »

Heureusement, la douleur a aujourd’hui presque entièrement disparu. Dans son essai publié en 2021, Shteyngart raconte qu’une crème à base d’amitriptyline, un antidépresseur tricyclique, a fini par atténuer la douleur chronique.

L’auteur ne prend pas position pour ou contre la circoncision dans le film, et ne rend pas la tradition juive responsable de sa souffrance.

« Je ne considère pas cela comme une question purement juive, mais comme une question américaine », explique-t-il. « Et je ne privilégie pas les pénis juifs par rapport aux pénis non juifs. Je me sens mieux quand personne ne souffre. »

Pour Ben-Ari, The Guy Who Got Cut Wrong est avant tout une œuvre qui invite à la réflexion et au dialogue.

« Je pense que c’est une démarche typiquement juive », dit-elle. « Ce n’est évidemment pas une attitude exclusivement juive, mais les Juifs ont cette habitude de s’interroger. Et c’est, d’une certaine manière, une responsabilité. »

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